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sans la plus grande nécessité, dit ce compositeur fameux (Leçons sur la musique); j'ai craché jusqu'à 6 et 8 palettes de sang, dans différents accès qui revenaient périodiquement deux fois par jour et deux fois par nuit. Tout se calmait à la fin, en buvant un peu d'orgeat dans l'eau de graine de lin... Après le dernier accès, je restai deux fois 24 heures couché sur le dos sans parler et sans remuer. La saignée, en affaiblissant les vaisseaux, ajoutet-il très judicieusement, prépare à de nouvelles hémorrhagies.
Grâce à cette conduite prudente, malgré le chagrin d'avoir perdu ses trois filles de la maladie qu'il leur avait transmise, et quoique phtisique avéré, Grétry parvint à l'âge de 78 ans ; par contre, le ministre italien Cavour succombait, le 18 novembre 1861, âgé de 69 ans, victime du broussaisisme (i) : on lui fit, dans sa dernière maladie, pas moins de sept saignées, sans préjudice de nombreuses applications de sangsues (2).
Bouillaud, Dubois (d'Amiens), Saucerotte, ont été les derniers champions de la saignée, à titre de traitement systématique. Beau et Trousseau furent des premiers à entrer dans la voie d'une réaction
(i) Chronique médicale, i5 oct. 1910, 681-2.
(2) Le roi Victor-Emmanuel était, lui aussi, un partisan de la saignée. Il se faisait souvent saigner debout, avant de partir pour la chasse. Les médecins piémontais abusaient de la saignée, c'était la mode ; d'où le nom de saignée à la Sarde (Lettres inédites de Marie-Antoinette et de Marie-Clotilde de France, note 1 de la p. 268).'
salutaire. « Si les médecins connaissaient la marche habituelle des maladies, écrivait Trousseau, ils saigneraient moins souvent qu'ils ne le font, et ils ne renouvelleraient pas la phlébotomie, alors qu'ils ont cru devoir la pratiquer une première fois. »
« Ce n'est pas impunément, concluait à son tour Bricheteau, à la fin d'une étude sur les effets physiologiques et les indications thérapeutiques de la saignée (i), ce n'est pas impunément qu'on peut retirer une certaine quantité de sang à un homme sain et à plus forte raison à un malade... La moindre soustraction de sang peut produire, dans certaines conditions, des effets nuisibles... L'influence de la saignée n'est que passagère, elle n'est pas durable. »
C'était le glas d'un régime à l'agonie; l'abus avait été criant; la proscription fut trop absolue.
Sans demander un retour aux excès d'antan, il nous sera permis de déplorer qu'on ait renoncé, au moins dans certaines maladies, à un remède qui avait fait ses preuves. Sans doute, l'avènement des doctrines microbiennes ne saurait contribuer à relever le prestige de la phlébotomie, mais le retour au bon sens pourrait bien, quelque jour, faire déserter le laboratoire pour l'hôpital; ce jour-là, nous serions
(i) Bulletin gén. de thérap., 1868.
bien surpris si la méthode des émissions sanguines ne se relevait pas du discrédit sous lequel on a prétendu à jamais l'accabler (i).
(i) On y revient déjà, du reste, dans des cas d'éclampsie, d'œdème pulmonaire, de pneumonie, etc. Pour la technique, elle est exposée dans les manuels de petite chirurgie pratique, tel que celui de Tuffier et P. Desfosses, dont la première édition (igoS) contient de curieuses reproductions d'anciennes gravures relatives à la saignée.