ENFANT AU MAILLOT
(Ecole italienne, xv« siècle.)
Or lui fault d'un pasté de lart, Or lui fault avoir d'une pomme;
Du fenouil vert et du serfeuil,
Du cresson veult, et des prunelles,
Des cerises, boulons et cenelles,
Des eufs en paste, et des eufs frits
De mésange, des cochevis,
Des arondes et des lignettes,
Chardonneriaux et alouettes.
Tarins, pinçons et estourneaulx;
Or veult des pastés de chevreaulx,
De cerf, de biche et de sangler;
Or veult tout le monde aveugler; 4
Or veult lièvres, or veult conins ;
Or lui refault de plusieurs vins :
Vin de Saint-Jehan et vin d'Espaigne,
Vin de Ryn, et vin d'Alemaigne,
Vin d'Auxerre et vin de Bourgongne,
Vin de Beaune et vin de Gascongne
Vin de Chabloix (Chablis), vin de Givry,
Vin de Vertus, vin d'Irancy,
Vin d'Orliens et Saint-Pourçain (i).
Le mari est dans les transes, mais il se garde de contrarier sa « dame » : îl a vu trop d'enfants ve-
(i) Toute la pièce d'Eustache Deschamps, dont nous ne citons qu'un fragment, serait à reproduire ; c'est un véritable traité de gastronomie au xv* siècle, qu'a composé l'auteur du Miroir de Mariage, Comme l'a dit son commentateur, le poète donne, sans s'en douter, des lettres de noblesse à maints crus dont personne avant lui n'avait parlé.
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nus au monde avec des bêtes plus ou moins monstrueuses sur le corps, des poissons ou des hures de sanglier désirés par la mère, à qui on les a cruellement refusés.
Mais il n'est pas au terme de ses appréhensions. La grossesse s'est poursuivie sans trop de heurts, comment l'accouchement va-t-il se passer ? Pourvu qu'il ne soit pas trop laborieux, que quelque mauvaise position ne vienne le compliquer! Si la malchance ne s'en mêle, on peut espérer une naissance sans accroc.
Enfin, le grand jour est arrivé. Dans la salle, où brûle un feu ardent et clair, un cri a retenti : un petit animal humain, grimaçant, vient de faire son entrée dans cette vallée de larmes. Voici le poupon dans les bras de la matrone. Garçon ou fille ? C'est l'inévitable question.
Si c'est un garçon, l'allégresse est générale, le père ne se tient pas d'aise, la maman sourit de la joie qui éclate autour d'elle : fille ou garçon, elle aura la même affection pour l'être pétri de sa chair.
Pendant qu'il passe de mains en mains, de la sage-femme au papa, du papa à la matrone, une chambrière prépare la cuve pour le premier bain ; tandis qu'une autre chauffe, devant l'âtre, les langes dont on emmaillotera le nouveau-né.
« La médecine recommandait le bain aux femmes
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