‹ Moeurs intimes du passé (volume 2)Chapitre 41 sur 71 · LA NAISSANCE DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

LA NAISSANCE DE LA VIERGE

(D'après Albert DCrer )

lO/i MOEURS INTIMES DU PASSÉ

Et si, par force ou par contrainte, Pour baigner vous font despouiller, La corde contre la chair ceinte, Ayès toujours sans deslier;

Ne m'allès point lors l'eau brouiller, Fleurer les bouquets des poupines Saillir, taster, ne chastouiller Ne baiser entre les courtines (i).

Passe pour les dames qui demandaient à partager le bain de l'accouchée ; elles pouvaient au moins invoquer ce prétexte qu'en se baignant dans la même eau que cette dernière, elles avaient quelque chance de voir cesser leur stérilité (2).

Ce n'est pas seulement pour la (( gisante » que le « grant coquemar à tenir l'eau chaude lez feu » et <( une grant chadière à chaufer les bains )> s'étalent dans la pièce, il y a aussi un bassin de moindres dimensions pour y plonger le nouveauné. Mais auparavant, il y a le pansement du cordon, qu'on vient de sectionner et auquel il faut, sans tarder, procéder.

Sachez, édicté Aldebrandin que « si tost ke li enfas est nés, il le convient enveloper en roses broie, mellées en sel délié, et li doit on faire tranchier le boutin au bouc de iiij jous et mètre par deseure (par-

(i) L'Amant rendu cordelier à Vohservance d'Amour, par A. de MoNTAiGLON (1881), CCXXI-CRXXn. (2) Serées, de Bouchet, t. IV, 43.

USAGES ET COUTUMES DISPARUS Io5

dessus) pourre de sanc de dragon (poudre de sang- -dragon) et de sarcacol (?) et de coumin (cumin), de mirre, et i drapel (étoffe, chiffon) de lin mouillié en oile d'olive... ». Cette pratique, qui consistait à envelopper l'enfant dans des roses broyées avec du sel, n'avait pas encore disparu trois siècles plus tard : Ambroise Paré recommandait de laver le nouveau-né avec une décoction de roses rouges, à laquelle on ajoutait des feuilles de myrtil et du sel, « pour les membres conforter et pour oster l'humeur glueuse qui est en eulx », est-il expliqué dans un recueil antérieur (i). Après quoi il était prescrit d'enduire le palais et les gencives avec du miel, puis de baigner le nouveau-né.

Au sortir du bain, on l'oignait par tout le corps d'huile rosat ; puis on frottait tous ses membres, particulièrement chez les mâles, « de qui les membres doivent être plus durs que ceux des femelles, pour le labeur )>. Paré conseillait, par surcroît, de (( manier les doigts les uns après les autres, d'estendre et fléchir les jointures des bras et des jambes, voire par plusieurs et divers jours, afin de chasser quelque humeur superflue, qui pourroit estre en les joinctures. »

A la nourrice incombait de mettre son petit doigt

(i) Le Grand Propriétaire de toutes choses, translaté de latin en françois, par maistre Jean Gorbicbon, édit. de i556, liv. VI,

ch. IV, 5o V».

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MŒURS INTIMES DU PASSi

<( dedans le fondement... por mieux (pour mieux) les superfluités ospurgiei" » : afin de hâter, voulait-on dire, l'expulsion du méconium ; d«. veiller ensuite à n'avoir pas ses ongles rongés, afin « qu'elle ne puist (puisse) l'enfant grever (blesser) ». Autre précaution non moins justifiée : le nouvcau-né devait être placé en un lieu obscur, afin de dormir et garder 'sa vue bonne, car une trop grande lumière a blèce les yeulx qui sont trop tendres, et les fait devenir borgnes ».

Une recommandation qui, celle-là, n'était que trop suivie :

sous prétexte que les membres de l'enfant pouvaient se tordre ou 'prendre une position vicieuse, on les entourait de liens, qui les immobilisaient complètement : à la lettre, on les garrottait.

Dès leur naissance, les enfants étaient emmaillotés dans des langes blancs, et serrés par des bandes d'étoffe dispo

sées en croix, qui paralysaient tout mouvement (i

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