‹ Moeurs intimes du passé (volume 2)Chapitre 42 sur 71 · PORTANT LA BULLA · texte numérisé non relu

PORTANT LA BULLA

(Statuette trouvée

à Viterbe, Italie.

{Musée de Bruxelles.)

I(i) Au XVIII* siècle, un Père Jésuite composa tout un traité

tJSAGSS ET COUTUMES DISPARUS lOg

D'autres fois, on les enveloppait dans un drapel, qui leur serrait les bras au corps et parfois servait à leur encapuchonner la tête.

Dans les familles riches, au lieu de bandelettes de toile, on enroulait autour de l'enfant des rubans ornées de pierreries (i). A défaut de la mère, la nourrice était chargée de mettre le maillot à son nourrisson.

Ce fut, de tout temps, un travail que d'emmailloter un enfant : aussi la position de la nourrice est-elle soigneusement réglée (2). Elle doit s'asseoir à plat, par terre, « les jambes étendues et jointes ''l'une contre l'autre »; puis elle posera, le long de ses jambes, un oreiller allongé : cet oreiller constituera le lit de torture du nouveau-né. Quelque incommode que puisse nous paraître cette situation, nos pères la trouvaient, apparemment, préférable à celle qui consiste à placer l'enfant sur ses genoux. Les Français du moyen âge vêtaient leurs enfants à la romaine, mais ils avaient encore aggravé une coutume funeste et barbare dès le principe.

sur les inconvénients du maillot, qu'il fit suivre d'un second, pour en démontrer les avantages (G.-B. Roberti, Raccolta di varia Opérette ; Bologne, 1767, vol. i).

(i) La Famille d'autrefois, par Henri Bouchot (Paris, 1887), i63 et passim.

(a) M» italien lia, f* 21 {Bihl. Nat.) ; Triptyque de l'Ecole de Sienne ; Présentation de saint Jean, de Ghirlandajo, etc.

L'emmaillotement était pratiqué dès la plus haute antiquité : le livre de Job signale l'existence du maillot. Les Grecs emmaillotaient leurs enfants, mais les nouveau-nés étaient libres relativement dans leurs langes, qui ne devaient serrer que les membres inférieurs. Des bandes de linge servaient à entourer le corps de l'enfant, en lui laissant une certaine liberté.

Les nourrices Spartiates ne devaient entourer les nourrissons d'aucun lien ; il en fut de même chez les Ethiopiens et les anciens Egyptiens ; plus tard, on abandonnera cette tradition et on ligotera les petits êtres, (( soit dans le but de maintenir les enfants dans une position régulière, d'empêcher les vices de conformation..., soit peut-être dans le but de les immobiliser et de pouvoir ainsi, en toute sécurité, les laisser seuls, pendant que les mères et les esclaves vaquent à d'autres occupations » (i).

Soranus d'Ephèse, dans son Traité des maladies des femmes, qui date du premier siècle de notre ère, a indiqué en termes dépourvus d'ambiguïté comment on procédait à l'enveloppement de l'enfant :

Celui-ci, dit-il, sera placé sur les genoux de la sagefemme et, avec des bandes de laine, on lui enveloppera chaque membre successivement, en commençant par les

(i) Le vêtement de l'enfant en bas âge, son histoire, son hygiène, par le Dr Gust. Spira {Bébé, i5 janvier 1905).

extrémités; les bras seront appliqués le long du corps, maintenus par des bandes. Les membres inférieurs ayant été enveloppés séparément, les deux pieds seront appliqués l'un sur l'autre. Enfin, de larges bandes entoureront l'enfant de la poitrine aux pieds.

Dans ce réseau de bandages entrecroisés, l'enfant ressemblait assez à la chrysalide d'un papillon : il nous apparaît ainsi dans de vieilles Bibles historiées (i), dans les tableaux des Primitifs, dans les haut-reliefs, bien connus, de Luca délia Robbia.

Certaines sages-femmes enveloppaient le nouveau-né, aussitôt après l'accouchement, dans une peau de mouton récemment écorché, ou le frictionnaient avec de la farine et une couenne de lard. La plupart mettaient, dès la naissance, l'enfant dans un grand bain, auquel on ajoutait des roses, du laurier ou du vin. Ce bain devait être tiède et on le continuait, chaque jour, durant quelques semaines.

Barberino conseille les bains tièdes donnés dans la chambre môme de l'enfant ; mais qu'on se garde, dit-il, d'y mettre des herbes, du vin, de l'eau de rose, de la lessive ou du soufre ! Ce n'est que le bain donné, qu'on corrigera la direction vicieuse des membres. Sur ce point encore, l'auteur italien prodigue ses conseils : si l'enfant a les doigts trop courts, on les allongera en les lui étirant chaque

(i) BiBL. Nat., Ms fr., n» i66, fol. 89, col. r, pièce 3 ; ro., ibid,, n» làb, <° 36 v°.

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