INTÉRIEUR DE FERME
(D'après un.dessin^,de VAN ()*TAm.)
USAGES ET COUTUMES DISPARUS Il5
matin, doucement et régulièrement ; s'il a les yeux louches, on disposera le lit de telle façon, que la lumière les redresse : s'il a le nez de travers, on le couchera d'un certain côté.
Qu'on évite de mettre les enfants trop près du feu, ils y pourraient tomber ; qu'op leur coupe les ongles de près, de peur qu'ils ne se griffent ; qu'on ne les fasse ni rire ni pleurer trop fort.
Ils dormiront la bouche fermée, « pour que les grillons n'entrent pas dedans ; ils fermeront les yeux, pour que les corbeaux ne les crèvent pas, comme cela s'est vu I » On doit les habituer à se servir de leurs deux mains, indifféremment.
Le façonnage de la tête appelle une attention spéciale. La tête est-elle « longue, poinctue au derrière », on mettra dessous quelque chose de dur et on liera le front avec un linge, (( pour presser et étreindre la tête, car celle-ci doit être comme une sphère de cire »,
Comme la remarque en a été judicieusement faite (i), on cliargeait d'autant plus la tête de l'enfant, que l'on couvrait son corps davantage. La coiffure faisait, d'ailleurs, le plus souvent partie du maillot et la bandelette allait chercher la tête, pour fia maintenir rigide et immobile, comme le reste du corps.
(i) D' Spira, op. cit.
Il 6 MOEURS INTIMES DU PASSÉ
Au moyen âge, outre que l'on rasait la tête de l'enfant, on l'enfermait dans le quatrième lange, « dont un des bords allait former une espèce de petit capuchon ». Les extrémités latérales du capuchon, pendantes, se reployaient intérieurement. Au XVIII* siècle, on faisait encore usage d'une triple coiffure.
Si l'on veut être amplement renseigné sur cette coutume antiphysiologique, il n'est que de lire ce qu'écrivait un médecin d'enfants vers 1740 :
A peine l'enfant est-il né qu'on s'empresse de le vêtir. Sa tête est chargée d'un béguin, d'une calotte de laine et d'une cornette. Une bande — j'aurais presque dit un licol — passe sous son menton, retient les extrémités de cette triple coiffure et force les oreilles à s'aplatir contre la tête. Des linges appliqués sur les oreilles achèvent de gêner leur développement naturel et leur ôtent presque toute communication avec l'air extérieur; d'autres linges sont distribués sous les aisselles, sur les aînés et servent à absorber la transpiration excessive que des vêtements trop chauds ont provoquée.
Le corps est revêtu d'ime chemise en toile, ouverte par derrière et qui descend jusqu'au nombril. Une camisole de mêmes forme et longueur couvre cette chemise. L'enfant, ainsi disposé, est étendu dans un linge qui lui enveloppe les deux épaules, vient se croiser par devant et est attaché, par une forte épingle, sur la poitrine. Les bras sont allongés des deux côtés de son corps; on presse ses genoux et ses jambes s'étendent ; on saisit cet instant pour l'enfermer entièrement dans le lange et avec lui lea
excréments qu'il peut rendre. Un autre lange, d'une laine moelleuse, sert d'enveloppe à ce premier et s'arrange de même. Pour donner plus de consistance au tout, on lie l'enfant et ses langes avec des bandes de toile, qu'on a soin de bien presser et de bien serrer : c'est là ce qu'on appelle emmailloter I Pour faire ce beau chef-d'œuvre, la nourrice ou la garde s'asseoit ordinairement par terre et l'enfant est étendu sur un oreiller. On serait tenté de croire, en la voyant envelopper, attacher, empaqueter l'enfant, qu'elle forme un ballot pour un autre hémisphère... Lorsque les bandes ont été serrées, on revient à la tête, on la fixe au moyen d'une petite bande de toile attachée des deux côtés sur les langes... Sans distinguer si l'on est dans le mois d'août ou de décembre, on le roule dans un troisième lange ou petite couverture de laine, qui, passant par-dessus sa tête, tient cette partie raide et assujettie. Viennent enfin les langes de parade, les langes de drap d'or ou de soie, les mousselines, les dentelles... (i)
C'est tout au plus si on voyait le nez et la bouche de l'innocente victime (2) 1
(i) Alph. Le Roy, op. cit.
(2) Actuellement, le maillot a disparu, du moins à peu près complètement. Il est, cependant, des pays 011 l'ancienne coutume s'est maintenue, notamment en Turquie d'Asie et en Italie (Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, nov.-déc. igoS, 4o5 et suiv.), et chez quelques-unes de nos populations rurales. Dans Je Jura et le Doubs, l'enfant habillé est placé dans un carré d'étoffe, lacé en arrière de haut en bas. Dans d'autres régions (Isère, Bouches-du-Rhône), les quatre membres sont pris dans le maillot ; mais, le plus souvent, les membres inférieurs sont libres. Dans certains départements, comme le Rhône, les enfants conservent le maillot primitif jusqu'à dix mois ou un an.
Il8 MŒURS iNfEMES DU PASSÉ
Il est cependant des médecins pour prôner l'emmaillotage. Une des gloires de la Faculté au XVII* siècle, le D' Mauriceau, l'accoucheur célèbre, dont l'enseigne Au bon médecin bat au vent, comme telles enseignes de sages-femmes d'autrefois, Mauriceau n'hésite pas à déclarer que « cet emmaillotement est nécessaire pour donner à ce petit corps l'attitude droite, qui est la plus décente ; sinon elle ne saurait se tenir sur ses deux pieds et marcherait peut-être à quatre pattes. » On connaît maintenant la raison pour laquelle on ligotait l'infortuné : c'est par la peur de le voir devenir quadrupède.
L'emmaillotage terminé, l'enfant était disposé dans son berceau, oti l'on mettait généralement de la paille et, par-dessus tout, deux matelas, un oreiller et une couverture, que l'on, attachait aux bords du lit, de manière à maintenir le poupon étroitement serré.
On berçait le nourrisson <( à celle fin que la chaleur esmeuve l'enfant à dormir par les fumées qui montent au cerveau ».
■ Les berceaux les plus primitifs paraissent avoir été formés d'un morceau de tronc d'arbre, creusé avec de petits trous sur les bords, pour livrer passage aux bandelettes destinées à empêcher le marmot de se mouvoir. Les paysans grecs se servent.