J TEMPS DE LOUIS XIII
LHAJi Bosse.)
USAGES ET COUTUMES DISPARUS laS
encore aujourd'hui, de pareils berceaux (i) ; plus lard, les berceaux seront posés sur deux morceaux de bois courbes. On ne rencontre de§ berceaux suspendus au-dessus du sol sur deux montants, que dans les manuscrits ou bas-reliefs du xv* siècle : ces montants sont fixes et le berceau se meut au moyen de deux tourillons.
Les enfants, représentés dans leur berceau ou entre les bras de leur nourrice, ont toujours le corps et les bras soigneusement emmaillotés et entourés de bandelettes, la tête seule restant libre : il en sera ainsi jusqu'à la publication de l'Emile, et pourtant, avant J.-J. Rousseau, d'autres écrivains, le philosophe Locke entres autres, avaient proclamé qu'il faut laisser à la nature le soin de façonner le corps comme elle le juge à propos ; mais ces sages conseils n'avaient pas été entendus.
Les berceaux étaient alors dépourvus de rideaux (2) ; les litë des grandes personnes étaient munis d'amples courtines, à l'abri desquelles, la nuit, on mettait le berceau de l'enfant : toute la famille reposait sous une tente commune.
Ces objets, d'usage quotidien, que sont les ber-
(i) Dictionnaire raisonné du mobilier français, de l'époque carlovingienne à la Renaissance, par E. Viollet-le-Duc, t. I, art. Berceau.
(a) Il vint un temps où on les garnit de rideaux de soie ; on les dorait ou on les surmontait de cerceaux d'or ou d'argent.
ceaux, on les retrouve à peu près tels qu'ils étaient au temps de Charlemagne ou de Clovis ; les berceaux mérovingiens et carlovingiens ne différaient des nôtres que par les peintures dont ils étaient ornés, ou par leur bois plus ou moins ouvragé. Ce qui ne change pas, c'est, près de la couchette, la mère ou la nourrice, assise sur une chaise de bois, filant ou cousant, agitant la berceuse du pied, tout en psalmodiant quelque vieille chanson, et souriant à l'enfant serré dans son maillot comme dans un corset de torture.
Le poète Eustache Deschamps (i), qui nous a donné des mœurs de son temps une si vivante description, a résumée en trois vers les soins à donner aux nouveau-nés :
Il les jaut emmailloter
Et tendrement envelopper,
Bercer, nectoier, conjouir.
(( Les nourrices doivent aucunes fois chanter auprès de l'enfant, pour donner plaisance au sens de l'enfant, pour la douceur de la voix » (è).
A peine remis dans sa couchette, on le recouvrait de couvertures ou de peaux, ayant soin que ses jambes ne fussent ni renversées, ni retournées.
(i) Le Miroir de Mariage, édition Tarbé, i865, in-8. (2) J. CoRBiCHDN, toc. cii.
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Une amusante gravure sur bois (i), publiée vers 1570, nous montre des petits enfants aux mains de leur maman ou de leur chambrière ; ils sont au nombre de trois, à peu près du même âge, séparés seulement par quelques mois de différence. Le dernier venu des enfançons est dans un large berceau à capote mobile, comme on en voit encore dans nos campagnes ; un autre, habillé d'une robe, tient un hochet dans une de ses mains et tette sa nourrice ; le troisième, déjà grandet, est enfermé dans un chariot à roulettes, pour l'empêcher de tomber.
La mère douce, honneste et naturelle.
Berce l'enfant encore à la mammelle, Tout aussitost qu'il veult son cry pousser ; L'autre son fils par un hochet appaise ; La tierce fait le sien marcher à l'aise Au charriot, de peur de l'offenser.
Cette légende, placée au-dessous de la gravure qu'on vient de décrire, permet d'évoquer toute la vie des enfants du premier âge, chez nos bons aïeux.
A partir du sixième ou septième mois, on commençait à mettre la robe à l'enfant ; tous les jours, un peu plus longtemps, pendant un mois ou deux ; après quoi, on ne l'emmaillotera plus que la nuit,
(i) Elle fait partie d'une suite publiée chez Guillaume Le Bé (BiBL. Nat., Estampes, Ea 79). Nous la reproduisons p. 139.
jusqu'à l'âge de i8 mois ou i ans, à moins que sa faible complexion n'exige un plus long délai.
L'auteur de la Mère chrétienne (i) recommande une robe toute simplette, sans dentelles, ni toile fine, (( qui est rarement bonne ».
Il la faut, pour l'hiver, en bonne laine blanche ; pour l'été, en coton ou en fil, « bien tissu », sans aucun « atifet ». La robe était portée jusqu'à 5 ou 6 ans ; il suffisait d'en avoir quatre ou cinq par saison, pour les avoir toujours propres.
On gardait la robe, on le voit, assez longtemps, plus longtemps même que nous venons de le dire ; car à la première robe, à la « bavette » succédait la (( robe à collet ». Jean Rou rapporte, dans ses Mémoires (2), que mis au collège d'Harcourt à l'âge de 5 ans, il avait encore la bavette, « c'est-à-dire... pas encore cette longue robe à collet, qui précédait alors l'habillement des hauts-de-chausses ». Il passait, nous confesse-t-il, pour une « espèce de phénomène nouveau en ce lieu-là, et qui n'y avait jamais paru »,
Au collège, peut-être ; rriais ailleurs, même à la Cour, cela ne paraissait pas autrement choquant : le roitelet Louis XIII n'avait pas moins de 6 ans, lorsqu'on lui fit quitter la bavette pour la robe à
(i) La Haye, 1728 (cité par Paul de Félice, Les Frotestants d'autrefois, t. I, 1902).
(2) Edition Waddington (Paris, i854), t. I, 3.
l3o MŒURS INTIMES DU PASSE
collet. En ce temps, les enfants ne cessaient, de sitôt, d'être traités en enfants, et cela valait mieux sous bien des rapports.
Au commencement du xvii" siècle, les estampes d'Abraham Bosse (voir pa^es 117-120) «ont là pour en témoigner, les enfants de 2 ou 3 ans sont costumés comme les grandes personnes (i); ils paraissent, sous ce travestissement, beaucoup plus âgés qu'ils ne l'étaient réellement.
Les premiers jouets qu'on leur mettait entre les mains étaient les hochets dont il vient d'être parlé.
Les jeunes princes en avaient de très riches, que les comptes royaux ne manquent pas de mentionner (2) : ils étaient d'argent émaillé, parfois d'or et
(i) Dès que les enfants sortent du maillot, on les habille comme des grandes personnes. Le trousseau de la princesse Isabelle d'Esté, quand elle avait un an (1476), comprenait : une tunique de brocart d'argent, avec des manches d'étamine cramoisie, un manteau de velours vert, garni de taffetas d'Alexandrie et deux manteaux, l'un de couleur « rose séchée », l'autre de drap de Bologne. Elle avait, en outre, une pelisse en velours d'Alexandrie et une autre, de brocart d'or. Les enfants de la bourgeoisie portaient, de très bonne heure, des robes de soie fourrée, un petit manteau et des chaussons. Ginaldi se plaint qu'en son temps (xvi® siècle), on donne à Florence, aux enfants à la mamelle, « des vêtements qui conviendraient à des mariées. »
(3) Voici la mention d'un compte : a A Jean du Vivier, orfèvre et varlet de chambre du roy nostre seigneur, pour avoir rappareillé et mis à point un petit moulinet d'or garni de perles et de balais petits, pour l'esbatement de Mme Isabel France, XII s. p. ». De La.bokdb, Glossaire, art. Hochet
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USAGES Et COUTUMES DISPARUS
garnis de perles, portant le plus communément le blason royal. Les enfants peu fortunés se contentaient d'objets en os ou en métal.
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