LES VISITES A L'ACCOUCHÉE LE LIT DE PARADE
Jadis, la naissance d'un enfant était l'occasion de cérémonies, de réjouissances, dont nous avons laissé perdre la tradition. Nos pères avaient, dira-t-on, plus que nous des loisirs, mais ils considéraient comme un bonheur la venue au inonde d'un petit être et ils tenaient à ce que leur joie f^t partagée par leurs parents et leurs amis.
La naissance d'un fils, surtout, était bien accueillie et grâces l'on en rendait au ciel. Un écrivain et moraliste italien du xv* siècle (i), après avoir fait visiter sa nouvelle demeure à la femme qu'il vient d'épouser, lui ordonne de s'agenouiller sur un prie- Dieu et de solliciter du ciel, avec lui, « des richesses, des amis et des enfants mâles )).^
(i) L, Batt. Alberti, Opère volgari ; Florence, i843-i849.
l34 MOEURS INTIMES DU PASSÉ
Il était alors admis que les enfants mâles recevaient une âme quarante jours après la conception, et les filles seulement dans le quatrième mois. Une sagefemme de Rome, impliquée dans une affaire d'infanticide, présenta pour sa défense cette raison, qu'elle n'avait pas cru commettre un crime en jetant un cadavre aux latrines, puisque c'était celui d'une fille conçue depuis deux mois seulement et qui, par suite, ne pouvait encore avoir d'âme.
On tenait tellement à avoir un garçon que des paris s'engageaient pour connaître à l'avance le sexe de l'enfant à naîtreT II y avait, dans la capitale de la chrétienté, au seizième siècle, une catégorie de courtiers d'un genre spécial, qui s'occupaient exclusivement de transactions de ce genre et recevaient une rémunération proportionnée à l'importance de la somme engagée. Le Saint-Siège leur avait consenti le monopole de leur industrie et fixé leur nombre à quarante ; mais il y eut de tels excès de commis, que le pape Sixte-Quint, d'abord, en réduisit le nombre du quart, puis exigea d'eux une caution de 3oo écus d'or ; leur interdisant, en outre, « de ne jamais faire d'association avec une sagefemme, de ne point prêter leur intermédiaire aux paris engagés sur la naissance d'enfants nés de servantes ou de nourrices, de s'abstenir de toute négociation les jours fériés, et de contresigner les cédules d'engagements. » Plus tard, on interdit les