ASTROLOGUE-MÉDECIN, TIRANT UN HOROSCOPE DE NAISSANCE
(D'après une estampe de Jean Rueff, XVI^ siècle.)
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paris durant la semaine sainte ; finalement on supprima les courtiers à Rome comme à Gênes, où la coutume s'était introduite (i).
Avant que l'accouchement ait lieu, « le ventre arondissant à leurs femmes, incontinent on appelle le devin. Les parens s'enquièrent si c; sera fils ou fille ; ils demandent sa destinée » (2).
On fait venir un astrologue, qui passe pour « instruit des secrets de la nature )> ; celui-ci interroge longuement sur les circonstances de la conception, examine l'accouchée, braque sa lunette sur les astres et conclut par un horoscope assez vague pour répondre à toutes les conjonctures. Cela n'empêche point d'ajouter foi à toutes les superstitions qui ont cours, comme de « toujours se chausser d'abord le pied droit », si l'on veut avoir des enfants « surtout mâles » ; de manger cru un poulet plumé, tandis que le mari mangera le cou de la bête, afin d'éloigner de l'enfant les maladies, particulièrement les maux de gorge ; de couper en sept une pièce d'étoffe de lin et de l'appliquer sur le ventre de la femme en gésine ; de lui faire boire de l'eau bouillie, réduite au quart de son volume ; de lui
(i) E. RoDocANACHi, op. înfra cit.
(2) Déclaration contenant la manière de bien instruire les enfants dès leur commencement, par Sadolet, traduction Saliat (Paris, i537) ; cité par E. Rodocanachi, La femme italienne à Vépoque de la Renaissance.
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faire avaler un morceau de pomme cuite, pour la préserver de la fièvre, etc.
Dès la naissance du nouveau-né, la chambre de l'accouchée devenait , un lieu de pèlerinage. On était tout à la joie et on tenait à la faire partager, quand venait au monde celui qu'on avait tant espéré. Connaissances et parents, tous étaient conviés à partager le bonheur des jeunes époux (i).
La mode exigeait que l'accouchée restât alitée pendant deux semaines ; mais combien prolongeaient ce far îiiente, « en leur lit mollement couchées », jusqu'à quatre semaines et plus ! Quel prétexte à étaler le luxe de son mobilier, la richesse et l'élégance d'un costume approprié à la circonstance !
Chez les plus fortunées, princesses et grandes dames, la chambre de gésihe ou de parement est toute tendue de damas bleu, ou de velours cramoisi, « bien enlevée de personnages, bestes et oiseaux et de perles, rubis et dyamans » ; mais ces tentures à personnages ne sont mises en place que lorsque l'accouchée n'a plus à redouter la fièvre de lait, afin qu'elle n'en conçoive aucune frayeur qui puisse nuire à son rétablissement.
(i) On lit, dans Le Miroir de Mariage, d'Eustache Deschamps, ces vers équivalant à une peinture de mœurs : On va aux nopces, or au corps Or aux estuves, et puis dehors ; On s'en va à la relevée D'une gisant nouvel levée.
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Parfois, le ciel, les lentes et courtines sont blancs, mais le choix des couleurs varie avec le goût et les ressources de chacun. Il en est qui veulent une chambre tendue de tapisseries, et on y marche sur des tapis « pareils à or. » Ce n'est que lorsque la dame est demeurée veuve étant grosse, qu' a elle doit faire tendre sa chambre toute de noir, et toute la chambre en bas tapissée de drap noir, et sur son lit un drap blanc, et le dressoir couvert de nappes, comme il appartient sans vaisselle... » Hormis cette circonstance, c'est le bleu ou le vert qui prédominent.
Sur le lit, qui mérite une description spéciale, sont posées des couvertes « d'hermines mouchetées, doublées de fin drap violet. Au-dessus de ces couvertures , deux beaux draps de fin couvrechief de crespe empesé. » D'autres fois, le lit est <( tendu de satin cramoisi et le couvertoir de même ; courtines de samit cramoisi troussées ; à un bout du chevet, un grand carreau de drap d'or cramoisi ; autour du lit, un grand tapis velu (à haute laine). » Près du chevet des lits, « une chaise à haut dossier, couverte de drap d'or cramoisi, avec un carreau de même; devant le feu, une couchette basse à roulettes ; audessus des lits, un grand ciel de drap de damas vert. » Les comtesses sont, par exception, autorisées à avoir deux grands lits, « séparés par une allée de quatre ou . cinq pieds de large » ; « ils ne
UNE CHAMBRE d'aCCOUCHÉE, EN HOLLANDE.
(D'après une estampe du xvii» fiècle.)
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doivent être couverts que de menu vair et si peut avoir couchette devant le feu ; mais elles ne doivent point avoir la chambre verte, comme la reyne et grandes princesses ont. »
<( Les femmes de seigneurs bannerets ont, en leur gésine, le grand lit et une couchette à un coin de la chambre, mais point de couchette devant le feu. Toutefois, depuis dix ans — ceci était écrit dans la deuxième moitié du quinzième siècle (i) — quelques dames de Flandre ont mis la couche devant le feu, ce dont on s'est bien moqué. »
Les bourgeois s'efforçaient à imiter le luxe des grandes dames, mais l'étiquette avait tout prévu. Le cérémonial ne pouvait être le même pour les femmes de la bourgeoisie, que pour les reines ou les princesses du sang.
C'est à la Renaissance qu'on fit parade de la plus grande magnificence. Un écrivain de cette époque, Gratien du Pont, l'auteur des Controverses des sexes masculin et féminin, va nous initier aux mystères de l'alcôve.
Voici le lit sur lequel, richement parée, repose la nouvelle accouchée, « appuyée sur de grands oreillers de soie cramoisie, à gros boutons de perles. »
Ce lit est d'anticque, c'est-à-dire à l'imitation de l'antique ; peint d'or, d'azur et d'acre (azur natu-
(i) Aliénor de Poitiers, Les Honneurs de la Cour.
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lel). Il est bien et richement cncourtiné (garni de rideaux). Parfois, il est chargé de <( dorures et de figures, qui semblaient véritables... couvert de draps fort riches, garnis de six coussins ». Ainsi était le lit d'une accouchée de Venise en 1428.
Quand le fils du roi de Portugal, Pierre, vint à Venise, il voulut visiter quelques habitations de patriciens. Elles lui semblèrent, disent les chroniqueurs contemporains, <( non pas des maisons privées, mais des palais dignes des plus grands princes et des rois ».
Conduit chez une noble dame qui venait d'accoucher, un prêtre milanais, se rendant à Jérusalepi, en passant par la cité des Doges, s'émerveillait du luxe de l'appartement et s'écriait « que la Reine de France, en pareil cas, n'ui:rait pas autant de pompe ». A l'entendre, la chambre 011 se tenait l'accouchée avait dû coûter 2.000 ducats, peut-être davantage.
Il y avait une cheminée tout en marbre de Carrare, luisant comme l'or, avec ses figures et ses feuillages si finement travaillés, que ni Praxitèle ni Phidias n'y auraient pu ajouter. « Le ciel de la chambre (plafond) était d'or et de bleu d'outremer ; les murs d'un travail tellement achevé qu'on ne le peut redire. » La boiserie, seule, était estimée, par l'enthousiaste narrateur, pas moins de cinq cents ducats ; le lit était immobile et fixé « à la véni-
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tienne » ; quant à ses ornements, couvertures, oreillers, etc., « c'était, en vérité, admirable ».
Mais le bon prêtre n'était pas au bout de ses étonnements. Vingt-cinq demoiselles vénitiennes, dont on eût été embarrassé de dire quelle était la plus belle, étaient venues rendre visite à l'accouchée. Elles étaient très honnêtement vêtues, (( ne montrant que quatre ou six doigts de nu sous les épaules, par devant et par derrière »; mais elles avaient sur la tête, sur le cou et aux doigts, tant de joyaux, or, pierres précieuses et perles, que, de l'avis de ceux qui étaient là, il y en avait pour la valeur de cent mille ducats.
u Leurs visages étaient fort bien peints et aussi le reste du nu qu'on voyait (i). » L'usage du fard était à peu près général à cette époque, en Italie, particulièrement à Venise et à Florence. Les Florentines avaient sur ce point une réputation des mieux établies. Un auteur du xiv^ siècle dit que les démons de l'enfer ne sont pas aussi noirs que les couleurs dont elles usent pour se farder.
On savait déjà se noircir les yeux, et on employait certains onguents substantiels et gras, qui rendaient les dents noires et les lèvres vertes. Dans le cabinet d'une femme à la mode, on ne voyait « qu'herbes, racines, feuilles, alambics, matras,
(i) Ca3ola, Il viaggio a Jerusalemme (Milan, i855), cité par MoLMENTi, La Vie privée à Venise, 253 et suiv.
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cornues, fourneaux et tout l'attirail des chymistes. Elle avait plus de phioles et de boëtes qu'un apotlîiquaire. »
Le maquillage était la grande préoccupation des Italiennes, en dépit des railleries des satiriques et des objurgations des prédicateurs.
Pour le luxe, pour la coquetterie, l'Italie gardait le pas sur la France. On conte à ce propos une anecdote caractéristique. Lorsque, en lAgS, le roi Charles VIII descendit en Piémont, entre autres spectacles qu'on supposait de nature à l'intéresser, on lui présenta la reproduction d'une chambre d'accouchée d'une somptuosité inouïe. Le ciel du lit était de fin drap d'or vert ; l'étoffe des rideaux, de damas peint ; le reste, cramoisi. L'accouchée portait un vêtement violet et blanc, avec des manches de velours rouge, doublées de martre zibeline ; elle était ornée de quantité de bagues et de pierreries de toutes sortes, gros diamants, turquoises, cornalines, perles de prix ; à côté d'elle, se voyaient deux coussins en étoffes d'or, garnis aux coins de houppes et de boutons, et frangés de perles. Tout autour se tenaient « dames sans nombre, à faces angéliques », habillées de drap d'or et de satin, « le corps troussé frisquement de velours », ayant, elles aussi, dé gros diamants et des saphirs (i).
(i) V. la description complète, dans Ootavien de Saint- Gelais, Le Vergier d^honneur, i^qS.
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On décorait les chambres des accouchées de tableaux, de statues, de tentures et de tapisseries (i), et on y exposait tous les cadeaux que, selon la coutume, les membres de la famille ou les amis avaient envoyés pour la circonstance. C'étaient, le plus souvent, des cadeaux utiles (2) : Cino di Filippo offrit à la femme d'un de ses amis, qui venait
(i) F. Sansovino, Venitia, Cilla nobilissima (Venise, i58i).
(2) Les visiteurs n'arrivaient jamais les mains vides. Ainsi, à Limoges, lors de la naissance de la fille aînée du notaire, on voit défiler, chez ce dernier, le médecin porteur d'un pâté de poulet, d'une oie, d'un poulet rôti et d'une « tercière » de vin ; vient ensuite la marraine, avec trois pâtés, une oie, un cochon de lait, quatre poulets rôtis et deux tercières de vin. Les autres visiteurs sont chargés de différentes victuailles : pièces de bœuf, queue de mouton, fromages blancs, friandises diverses. Ces détails sont précieusement consignés sur son livre de raison, par maître Péconnet, notaire royal à Limoges (1487i5o2). Un autre livre de raison, d'un notaire de Besançon, nous instruit de ce qui se passait dans cette région : chaque naissance y était l'occasion de repas et de présents, dont le père suppute la valeur sur son registre, tenu soigneusement à jour ; parfois, dans son enthousiasme, il écrit et s'écrie, à la vue d'un chapon offert à sa femme : « Oncques n'en vis un si gras I » GuiBERT, Livres de raison limousins (Limoges, 1888), 178 et s. ; J. Gauthier, Mém. de VAc. de Besançon, 1886, i38 et s. Des règlements municipaux durent être édictés, dès le xni® siècle, pour restreindre les frais de ces visites et le nombre de visiteurs. Défense fut faite d'envoyer, à l'occasion des couches, des gâteaux, des oublies ou autres friandises, d'e faire des repas, de boire et de manger, et de donner aucun cadeau. A Montauban, il était interdit d'aller voir une accouchée, à moins d'être sa cousine seconde, au moins, ou sa commère, et ces visites ne pouvaient avoir lieu que le dimanche. (E. Fores- TiÉ, Livres de comptes des frères Bonis, xiv* siècle).
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