‹ Moeurs intimes du passé (volume 2)Chapitre 48 sur 71 · JA VISITE A LA SAGE-FEMME · texte numérisé non relu

JA VISITE A LA SAGE-FEMME

(Frontispia» illustré d'un ouvrage allemand ancien.)

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d'avoir un fils, une douzaine de fourchettes d'argent ; elles lui avaient coûté huit florins (i).

De nombreux visiteurs étaient conviés, afin que ce déploiement de richesses eût le plus de spectateurs possible. A côté du lit, on trouvait <( maint muguet et causeur, par grand'gloirc couché sur une chaire de lin velours de drap d'or ou broché ».

L'accouchée (( dessus son corps porte un corset d'un fin drap d'or frisé », dont tous les dimanches elle change. Elle se tient en expositinri sur son lit, parée comme une châsse.

Contre ce débordement de luxe, lois et règlements restaient impuissants. Des statuts de Milan 'avaient interdit les courtepointes de soie brodée, ou travaillées d'or et d'argent, les coussins recouverts de soie ou garnis de boutons d'or, d'argent, de soie, de perles, les ciels de lit en étoffes précieuses, les camisoles de soie dont se revêtaient les accouchées, et leur permettaient seulement des couvertures de soie.

En 1537, le Sénat de Venise avait-défendu, aux nobles comme aux bourgeoises, de recevoir pendant/leurs couches d'autres personnes que leurs parents, sous peine d'une amende de 3o ducats. Une amende de 10 ducats était infligée aux sages-femmes qui n'avaient pas, dans le terme de trois jours,

(i) Ricordi di Rinuccîni, 25i. (E. Rodocanachi, op. cit.).

notifié au bureau des Pompe (chargé, d'une manière générale, de faire respecter les édits somptuaires), le nom et le domicile du père de l'enfant qui venait de naître. Pour s'assurer de l'exécution de la loi, le notaire ordonnait au capitaine et au valet des Pompe de visiter les maisons dans lesquelles ils avaient le droit d'entrer, de pénétrer jusque dans la chambre de l'accouchée, afin de s'assurer que les prescriptions de la loi étaient observées. Ceux qui s'y opposaient, nobles ou bourgeois, étaient condamnés à une amende de dix ducats ; quant aux gens du peuple, ils encouraient la peine de la prison, du bannissement ou des galères.

Mais un proverbe toscan dit : L'uomo fa le leggi, la donna i costumi : les hommes font les lois, les femmes font les coutumes. Peu à peu on transgressa les règlements, finalement on les éluda.

Au xvii' siècle, à Florence, les visites aux accouchées avaient lieu comme par le passé, à cela près que les mères de celles-ci , leurs sœurs ou leurs belles-mères n'accompagnaient plus les visiteurs jusqu'à la porte de la maison, comme autrefois ; elles s'arrêtaient en haut de l'escalier.

L'opulence du mobilier, la finesse de la literie, n'avaient subi aucune modification ; bien au contraire, elles n'avaient fait que croître. Les femmes de qualité, lorsqu'elles étaient en couches et qu'elles commençaient à recevoir des visites, plaçaient dans

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leur chambre un dressoir ; ce dressoir, selon la condition de l'accouchée, était plus ou moins luxueusement orné. On observait à ce sujet une véritable étiquette.

Pour « les comtesses et autres grandes dames », le dressoir portait un dais de velours avec son dossier, mais il ne pouvait avoir que trois gradins : sur les gradins, on plaçait de grandes coupes, des pots, des flacons d'argent ; et, sur la console, deux drageoirs, deux chandeliers d'argent, ou d'autres pièces pareilles à celles des gradins.

Les fils puînés de chevaliers-bannerets pouvaient donner à leurs femmes en couches un dressoir à deux degrés ; pour les femm^es « de bon lieu et non titrées », il devait être sans gradins.

A coté du buffet, était une petite table, chargée en permanence de viandes, de pâtisseries, de vins délicats, et recouverte d'une nappe blanche brodée.

Cette table avait ses tasses particulières : il n'était pas permis de se servir, pour boire, de celles du buffet.

Nul autre qu'une femme ne pouvait offrir du vin ou des dragées. Si la personne qui venait en visite était une princesse, ce n'était pas à elle directement qu'on présentait le drageoir, mais à la dame qui la suivait, afin que celle-ci le lui présentât.

L'auteur des Honneurs de la Cour, qui nous fournit ces particularités, a soin de faire remarquer qu'aux

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couches d'Isabelle de Bourbon, bru du duc de Bourgogne Philippe, l'étiquette observée fût différente : le dressoir avait quatre degrés, au lieu de trois ; au velours on avait substitué un drap d'or cramoisi, bordé de velours noir ; quant à la console, au lieu de deux drageoirs, elle en portait trois, qui étaient en or et enrichis de pierreries. Plus tard, les dressoirs perdirent leur nom : sous le règne d'Henri III, la Cour les nomma des crédences, d'un mot italien flui avait la même signification,

A l'imitation des grands, les bourgeois et même le populaire voulurent avoir des dressoirs. Le poète. Eustache Deschamps, mort vers i/iao, détaillant dans une longue salire contre le mariage tous les inconvénients de celui-ci, dit, entre autre choses : a II vous faudra pintes, pots, aiguières, dressoir, avec beaucoup de vaisselle, sinon d'argent, au moins de plomb et d'étain (i). »

De tout temps, on peut dire que le luxe a été conhigieu.v. Christine de Pisan, qui vivait à Paris au temps de Charles VI, revint un jour scandalisée (l'une visite qu'elle avait faile à la femme d'un marchand, (( et non des plus importants de la ville, mais de ceux qui achètent en gros et vendent en détail ». Elle avait trouvé la dame dans une cham-

(i) Hiit. de la Vie privée des Français, par M. Legrand d'Aussy, t. III (1782).

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bre (( encourtinée de tapisserie, faite à la devise d'elle », c'est-à-dire à son chiffre, « ouvrée très richement de fin or de Chippre ». Le lit, « grand et bel », était « encourtiné d'un moult beau parement )). Les tapis sur lesquels on marchait, « tous pareils à or » ; les grands draps « ouvrez de parements, qui passoient plus d'ung espan par soubz la couvertouere », et « de si fine toile de Reims, qu'ils estoient prisez à trois cens francs. Et tout par dessus ledict couvertouer à or tissu, estoit ung autre^ grand drap de lin, aussi délié que soye, tout d'une pièce et sans cousture, qui est une chbse nouvelle ment trouvée... et de moult grand coust... »

Dans cette chambre était un « grand dressoir, tout paré, couvert de vaisselle dorée » ; et dans le lit reposait « la gisante, vestue de drap de soye, tainct en cramoisy, appuyée de grandz oreillez de pareille soye, à gros boutons de perles, atournée comme un damoyselle ,» (comme une femme noble). Et Dieu sait, ajoute Christine, vertueusement indignée, « les autres superfluz despens de festes, baigneries, de diverses assemblées, selon les usaiges de Paris à accouchées, les unes plus que les autres, qui là furent faites en cette gésine » (i).

Christine de Pisan fut si révoltée par le spectacle auquel elle venait d'assister, qu'elle en fit part à la

(i) Alf. Franklin, La Vie privée au temps des premiers Capétiens, t. II (Paris, Emile-Paul, 1911).

UNE CHAMBRE D ACC(

(D'après

-ANDB, AU XYIIl"" SIÈCLE.

du temps.)

USAGES ET COUTUMES DISPARUS l55

reine. Puisque les petites gens avaient une si grande abondance de richesses, il n'y avait qu'à les écraser d'impôts, pour leur apprendre que les femmes du commun ne doivent pas se livrer à des dépenses exagérées, au point qjie la Reine de France ellemême n'en pourrait faire davantage. Inutile d'ajouter que l'on continua, comme devant, à se livrer aux mêmes écarts.

Souis Louis XI, les choses n'avaient pas changé. On lit dans Le Spécule des Pêcheurs, écrit en i/i68 :

L'accouchée est, dans son lit, plus parée qu'une épousée, coiffée à la coquarde, que diriez que c'est la teste d'une marotte ou d'une idole. Au regard des brasseroles (camisoles à manches courtes), elles sont de satin cramoisi ou satin de paille, satin blanc, velours, toile d'or ou d'argent, ou autres sortes qu'elle sait bien prendre et choisir. Elle a carcans autour du col, bracelets d'or, et est plus parée qu'idole ni reine de cartes.

La fin de cette exposition théâtrale était la messe de relevailles, où l'accouchée se rendait revêtue de son costume de noce, c'est-à-dire en robe écarlate ou vermeille, car l'usage, à la fin du moyen âge et plus tard encore, fut de se marier erî rouge (i).

Des femmes tenaient compagnie à l'accouchée jusqu'à ses relevailles ; elles l'aidaient à se lever, l'assistaient au bain, se baignaient même avec elle.

(i) QuicHEBAT, Histoire du Costume en France, 3i2-i3.

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On faisait de la musique, on dansait dans la chambre de gésine. De ménétriers

Et d'instruments y a telle mélodie, Tant de chansons, d'orgues et de plaisir. Que vous n'auriez, certes, autre désir Que d'écouler leurs accords et cadences Et comparer maintes sortes de danses (i).

Mais ce qui dominait la musique, les bruits de toute sorte, -c'était le caquet des commères et des visiteuses, qui tenaient concile dans la chambre de l'accouchée.

Ah I les langues vont bon train et tous les cancans, toutes les médisances, sur celui-ci, sur cellelà, sur les prétentions de l'une, sur le train de vie de l'autre, se donnent libre cours, pendant les semaines que durent les suites de couches !

Les unes parlent quant à leurs jalousies ; Les autres content celles de leurs maris Et (les mujj^uetz, desquels ils sont marris. Les unes parlent de leurs accoutrements, D'anneaux, de bagues, chaînes et vestements; Les autres disent que n'en peuvent avoir, Car leurs maris ne font pas leur devoir. Les autres parlent de leurs nobles lignages. De leurs prouesses et de leurs héritages.

(i) Gkatian Dupont, Controverses des sexes masculin et féminin.

USAGES ET COUTUMES DISPARUS ib'J

Les jeunes racontent leurs petites misères et leurs moindres malaises, avec force détails : « Je crois que je suis enceirite », dit une mariée ; « J'ai si mal aux reins, reprend une autre, que j'en mourrai soudainement ». *

Mais mon mari ne s'en rompt pas la teste, One ne me dit : Veux-tu rien, sotte ou beste ?

Les autres, <( celles qui ont en leur maison bellemère, belle-sœur ou beau-père », parlent

Du traitement mauvais que leur feront.

Les autres parlent de leur ménagerie (ménage)

Et font merveilles, selon leur baverie (à les entendre);

Mais Dieu sçait bien de quel sorte ont vécu

Ghiches de mailles (i) et larges d'un escu.

Et notre rigide censeur conclut :

Jamais leur langue n'a séjour ne repos, Incessamment parlent sans nul propos, Tout à coup quand elles se trouvent ensemble (2).

Visiblement, le poète en veut aux femmes et se montre à leur égard quelque peu impertinent. Il n'a cependant pas tout dit. Il n'a pas parlé, notamment, du mari de l'accouchée, dont l'auteur du

(i) On connaît le proverbe : ni sou, ni maille. (2) Etudes sur la vie privée de la Renaissance, par Ed. Boiï- NAPPÉ. Paris, 1898.

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livre célèbre connu sous le titre ironique : Les Quinze Joyes du mariage, nous a conté les tribulations. Le pauvre homme a beau se démener, il n'arrive pas à satisfaire les caprices de sa femme et surtout des commères qui (oM la garde autour d'elle.

Dans telles provinces, le Nord, par exemple, la visite à l'accouchée est surtout un prétexte à bien boire et bien manger : <( Quand approche le temps de l'enfantement, il convient que le mari ait cohimères à l'ordonnance de la dame », et qu'il se procure du vin, « dont elles boiront autant que l'on en bouteroit dans une botte. » Qu'il pleuve, qu'il gèle ou qu'il grêle, « elles desjeunent, elles mangent, maintenant boivent au lit, maintenant à la cuve. Et le pauvre homme va souvent voir comment le vin se porte, quand il voit terriblement boire. »

La femme manifeste-t-elle un désir, aussitôt le mari s'empresse ; mais celle-là trouve mauvais tout ce qui lui est offert et le rejette de méchante humeur. L'époux a beau faire, il ne parvient pas à la contenter.

Un jour, elle lui demande de lui préparer un mets,^ dont elle a grande envie, (( urig bon coulis de chapon au sucre » : lors, le bravé homme s'en va quérir le brouet pour sa dame « et la prie tant que elle en prend une partie pour l'amour de lui, ce dit-elle, en disant qu'il est très bon ».

Avant de quitter sa femme, l'époux recommande

USAGES ET COUTUMES DISPARUS ibç)

qu'on fasse bon feu dans sa chambre et qu'on ne s.'en aille d'auprès d'elle. Puis il part souper. « On lui apporte de la viande froide, qui n'est pas seulement demeurée des commères, mes est le demourant (le restant) des matrones, que elles ont patrouillé à journée (toute la journée) en beuvant Dieu sait comment. »

L'infortuné mari va eiifin se coucher.

Quinze jours se passent dans ces transes ; harassé, bafoué et... grugé, l'époux se hasarde enfin à faire une observation ; il demande à sa chère moitié quand il lui plaira de se lever. Alors la mégère éclate en imprécations :

Ha maudite soit l'eure, que je fus oncques née, et que je ne avorté mon enfant ! Elles furent hier céans quinze proudcs femmes, mes commères, qui vous ont fait grand honneur partout où elles me trouvent; mais elles n'avoient pas de viande qui fust digne pour les chambérières de leurs mésons, quand elles gisent (qualid elles sont en couches). Je le scay bien, je l'ay veu. Aussi elles s'en seèvent bien moquer entre elles... Hélas! il n'y a encore guère que je suy accouchée, et ne puis me soutenir; et il vous tarde bien que je sois jà patrouiller par la méson, à prendre la peine qui m'a tuée. Par Dieu, vous voudriez que je fusse morte, et je le vouldroie aussi ; et par ma foy, vous ne aviez que faire de estre en ménage.

Pour la calmer, le pauvre homme devra redou-

l6o MOEUBS INTIMES DU PASSÉ

bler d'attentions pour la « gisante », et surtout pour les commères insatiables, qui ne lui en sauront gré, tenant pour dues toutes ses gracieusetés.

Il n'y a qu'en Alsace* oti, semble-t-il, on ait tenté de lutter contre ces abus. La célèbre Coutume de Ferrette, dont on possède une rédaction datée de 1667, règle avec une intelligente bonhomie ce qui regarde les baptêmes. Elle permet de « servir un repas convenable, sans dépasser toutefois le nombre de quatre plats, aux femmes qui se sont donné de la peine pour assister l'accouchée, ainsi qu'aux parrains et marraines, lors des relevailles ; de bons amis pourront visiter l'accouchée et accepter chez elle un modeste repas » (i).

C'était une exception : les dépenses faites en cette circonstance étaient presque toujours considérables.

On recherche beaucoup aujourd'hui les comptes et les inventaires des siècles qui nous ont précédés ; on a d'autant plus raison que, derrière le chiffre le phis insignifiant en apparence, se cache un trait de mœurs. On a publié, il y a quelques années, le compte des fournitures faites à l'occasion des couches de la femme d'un gouverneur de Bourgogne en 1578, Mme Henri de Savoie, épouse de messire

(i) UAncienne Alsace à table, par Ch. Gérard, a45-6.

^^ il

PI.ATEAI'X I) ACC.OUriHÉEs"

Représentant d-'S scènes d'accouchement, de toilette de nouveau-né et d'allaitenienl.)

USAGES ET COUTUMES DISPARUS l63

jharles de Vienne. L'énumération seule en fait velir l'eau à la bouche : ik jambons de Mayence, k louzaines de gixîs saucissons, cent livres de sucre, o livres de cannelle ; et du gingembre de Venise, it du fromage de Milan, et des poires d'Anvers, et les muscades du Levant, et des raisins de Corinthe ; ans parler de i5 livres de pruneaux de Tours, pru^ les de Gênes, grosses poires confîtes, pistaches, narmelade de coings, marmelade d'abricots, etc.. )n se doute qu'il y avait grande compagnie pour onsommer un pareil festin, dont l'accouchée prêtait sa part.

Ce fut longtemps, en effet, l'usage de faire mander les accouchées après la délivrance. Nos pères vaient parfaitement compris que l'acte physioloique de la parturition, avec les pertes et la faiblesse [ui en sont la conséquence, nécessitait une alimen- Rtion réparatrice.

Si nous n'étions renseignés sur ce point par les nciens médecins, nous le serions par les artistes, fous avons eu souvent l'occasion de le rappeler : es œuvres d'art fournissent les indications les dIus précises sur la vie familiale de nos ancêtres, /accouchement a été maintes fois représenté et lussi les suites de l'acte obstétrical. Les tableaux qui 'eprésentent la Nativité de la Vierge çonstitueraint, i eux seuls, une fort curieuse galerie.

L'accouchement de sainte Anne est représenté

l64 MCEURS INTIMES DU PASSÉ

presque toujours terminé. La mère de la Vierge demi-assise sur son lit, se lave les mains et, tandii qu'elle achève ses ablutions, on lui porte à man ger ; et ce ne sont pas des aliments légers qu'on lu sert, mais du bouillon, des œufs et, dans d'autre cas, un plateau bien garni, avec viande, volaille poisson, pain et gâteaux (i). Parfois on présente à L parturiente une boisson dans une coupe, une ai guière (2), ou une bouteille.

Les plats ou plateaux d'accouchées avaient un double destination : ou ils servaient à supporter le présents qu'on offrait aux femmes en couches ; 01 à leur apporter les mets qu'elles devaient prendre D'autres fois, celles-ci s'en servaient <( pour arrange les plats destinés à leur dîner ou à leur souper » (3)

Ces objets offrent un intérêt à la fois documen taire et artistique et ils apportent une contributioi

(i) Cf. la Chron. méd., i5 juin, i"'" et i5 octobre 1909 !«'• septembre 1910.

(2) « Guillaume Boucher (Guillelmus Carnifex), meurt à Pt ris. Savant médecin à la Faculté de Paris, envoyé en Alit magne pour les affaires de l'Université (1896), attaché au ducs d'Orléans et de Bourgogne, puis à Charles VI, Philippe 1 Hardi ne dédaigne pas de tenir 'sur les fonts baptismaux 1 fils de l'archiâtre, et il donne à l'accouchée un gobelet et un aiguière dorés, valant 76 1. 7 s. tournois. » A. Ch. Ephéméridt médicales (6 juillet i4io), de l'Union médicale.

(3) Monuments et Mémoires publiés par V Académie des Im criptions et Belles-Lettres, fondation Eugène Piot. Paris, L< roux, i894>

COUPE d'accouchement.

(Collection Dutuit.)

l66 MOEURS INTIMES DU PASSE

plus encore à l'histoire des mœurs qu'à l'histoire d( l'art, bien que les plus grands artistes n'aient pas dédaigné de mettre leur pinceau au service des événements les plus intimes : Raphaël et Jules Romair n'ont pas brossé seulement des fresques ou peini des tableaux de grandes dimensions, ils ont aussi fourni des dessins pour des vases de ma j clique (i),

Les sujets que représentent les deschi da parte sont empruntés, pour la plupart, à l'histoire sainte ou à la mythologie. Un de ces plateaux, conservé dans la galerie du chevalier Artaud de Montor, figure sainte Elisabeth, au moment où elle vient de mettre au jour saint Jean-Baptiste ; outre le grand nombre de personnes empressées à servir la mère, trois femmes s'occupent de l'enfant ; une fait des signes pour apaiser ses cris, une autre pince d'une espèce de guitare. Au bas du tableau est la date du i5 avril 1/128 (2).

Un plateau du musée de Berlin, attribué à Masaccio, montre l'accouchée, une dame noble de Florence, recevant la visite de ses amies, dans un chambre donnant sur une belle cour à arcades.

Deux serviteurs lui apportent, l'un sur un plat, l'autre sur un plateau rond, des gâteaux et des friandises. Ils sont précédés de deux sonneurs de

(i) Magasin pittoresque, VII, ga.

(2) Curiosités de l'Archéologie (Bibliothèque de poche), igS.

PLATEAU D ACCOUCIIKE.

(Attribué à Masaccio .;

PLATEAU d'accouchée.

(Collection André.)

MCEURS liNTlMËS DU PASSÉ 1^1

trompe. On présume que cette peinture avait été offerte en souvenir de l'heureux événement qu'elle représente.

Ces tableaux étaient accrochés, en manière de décoration, aux murs, aux colonnes ou aux cheminées. La peinture de certains d'entre eux est si lâchée, les couleurs si légèrement appliquées, qu'en certains endroits elles laissent transparaître le dessin de l'esquisse (i).

Le plat de Masaccio, dont il vient d'être question et qui est conservé au musée de Berlin, est une des plus belles céramiques de l'art de la Renaissance. Un plateau dodécagonal, faisant partie de la riche collection de M. et Mme Edouard André, offre une illustration plus intéressante encore que celle du plat de Berlin.

Six personnages s'avancent processionnellement, dont trois portent des plateaux circulaires : un, chargé de fleurs ; l'autre, de fruits ; le troisième, d'une sorte de galette. Dans le fond, à droite, l'accouchée est étendue dans un lit, aux rideaux tout cndentellés ; en avant, la nourrice berce l'enfant bien emmailloté.

Les costumes, au dire de quelqu'un qui a eu l'original (2) sous les yeux, remarquables par certaines notes d'un rouge vif, sont du milieu du xv* siècle.

(i) Gazette des Beaux-Arts, 1888, I, 476. (a) Monuments et Mémoires, etc., I, 220.

l'y 2 USAGES ET COUTUMES DISPARUS ^

Une architecture de style Renaissance encadre la scène.

Sur d'autres tableaux sont figurés des sujets bibliques : l'Entrevue de la reine de Saba et de Salonion, le Jugement de Salonion. Les panneaux sont circulaires ou à douze côtés. Ailleurs, on relève des sujets empruntés à la mythologie : le Jugement de Paris, VEnlèvement d'Hélène, attribués à Benozzo Gozzoli, V Accouchement de Myrrha, etc. ; ou des sujets allégoriques, tels que le Triomphe de l'Amour, le Triomphe de la Renommée.

L'usage des plateaux d'accouchées paraît s'être maintenu jusqu'en plein xvi* siècle (i). On offrit ensuite des coupes ou de simples tasses.

Les coupes, montées sur pied, ont à l'intérieur un médaillon, sur lequel figure une scène généralement assez réaliste : c'est une femme nue, entre deux enfants nus ; ou une femme assise, tenant dans ses bras un nouveau-né, alors que, près d'elle, un jeune garçon fait sécher du linge devant le feu.

La tasse est formée de deux coupes, qui se superposent et s'emboîtent par leurs bords. Le D"" Max-Bil-

(i) M. E. RoDocANAcni a reproduit, dans son très bel ouvrage sur la Femme italienne, quatre plateaux d'accouchées, dont trois de la collection Martin-Leroy, qui sont décores sur les deux faces ; et un du Musée national de Florence (collection Garraud).

TASSE d'accouchement ; majolique de Gubbio. (Début du XVI" siècle ; collection Dutuit.)

irjlx MœURS INTIMES DU PASSE

lard, qui en a donné une minutieuse description (i), croit que ces sortes de tasses étaient destinées à déverser alternativement, d'un bol dans l'autre, les liquides trop chauds, pour en faciliter le refroidissement.

Ces coupes et ces tasses d'accouchées sont conservées au musée du Petit Palais, dans la collection Dutuit. A notre connaissance, cette collection comprend deux de ces coupes, une tasse et un plat rond, signalés par le D' Billard, et qui représente l'accouchement de Myrrha. Tous ces objets accusent la facture du xvi". Ils attestent que les artistes de la Renaissance n'ont pas dédaigné de faire servir leur pinceau à raconter l'existence de tous les jours, les espérances et les joies de la vie de famille.

La peinture étendait alors son empire non seulement sur la décoration des parois et des voûtes, mais sur celles des armes, des meubles et jusqu'aux plus humbles ustensiles. Nous retrouvons là le reflet des usages et des sentiments d'une époque.

Mais nous sommes renseignés par ailleurs ; la littérature, le théâtre, sont des sources qu'il faudrait se garder de négliger.

Au commencement du xvii* siècle, dans une

(i) Dans VAs^psie, première année, n" 2 (juillet 1908).

USAGES ET COUTUMES DISPARUS l'jb

pièce (i), dirigée contre le mariage, le poète satirique et médecin, de Courval-Sonnet, fait allusion au luxe que déploient les femmes de son temps, dans la période qui suit l'accouchement. La coiffure à l'accouchée fut, un» certain temps, de mode. Les Costumes et Mœurs de France en donnent une gravure des plus suggestives.

Sous le rapport du luxe, l'accouchée du xvii* siècle n'a rien à envier à celle du xvi*. « Etendue à demi couchée sur une chaise longue, enveloppée dans le plus beau linge, l'accouchée se perd dans une infinité d'oreillers, grands et petits. On ne voit que dentelles artistement plissées et de grosses touffes de rubans. Elle attend sur ce trône les visites de tout le monde ; elle a tout préparé, pour qu'on admire jusqu'à son couvre-pied. »

Cette mode n'eut qu'un temps, M"® de Genlis le constate non sans mélancolie. « Autrefois, dit-elle, quoiqu'on fût habillée, sur une chaise-longue on avait toujours un couvre-pied. La décence l'exigeait ; car, ainsi couchée, le mouvement peut dé-

(i) Datée de 1622 et dont un fragment que nous citons a été reproduit par le D' Witkowski, dans ses Curiosités historiques sur les accouchements (1892), 2-6 :

Les toilettes de nuîct et les coiffes de couche, Brassière de satin, quand Madame est en couche, Sans oublier encore les coiffes de velours, La robbe de daaias avec tous ses atours.

Ma:rBS intimes nu passé

couvrir les pieds et même les jambes. D'ailleurs, un beau couvre-pied était une sorte de parure très élégante. On s'en passe communément aujourd'hui et rien n'a plus mauvaise grâce. »

L ACCOUCHEMENT DE MYKKHA.

(Majolique italienne d'Urbino ; début du xvir sii-cle'; collection Dutuit.) .

Une garde, placée à la porte, était chargée de <( flairer » tous les visiteurs et plus particulièrement les visiteuses, pour s'assurer qu'elles ne portaient pas sur elles quelque odeur pouvant incommoder l'accouchée. Si des accoucheurs autorisaient les

COUPE DAccoLCHEMENT ; majoliquc de Gubbio. (Milieu du xvr siècle ; collection Dutuit.)

odeurs fortes, comme celle du musc, de l'ambre ou de la civclle, la plupart les proscrivaient (i).

Il était interdit de parler à l'accouchée : où était le temps où les femmes faisaient dans la chambre de gésinc assaut de caquetage, si bien qu'on avait appelé caquctoires les chambres où se tenaient ces réunions, de même que les sièges ipii les garnissaient ?

L'intérêt (juon prend aux douleurs que l'accouchée a endurées, fait passer par-dessus toutes les consignes : on ne peut s^empecher de dire à celleci qu'on n'en a pas dormi de la nuit. <( Ce compliment est renouvelé par toutes les femmes qui arrivent. »

Après avoir congrûment loué le courage de l'accouchée, « on fait l'éloge de ses dentelles et de la façon dont elle est mise. On dit à chaque instant : parlons bas, et celle qui vient de donner ce conseil est la première à élever la voix fort haut... Quand une femme se porteroit assez bien pour être relevée de couches au bout du douzième jour, elle attendroit jusqu'au vingt-unième pour reparoitre. Jusqu'alors, elle doit, quand il entre quelqu'im, retomber sur sa chaise-longue, jouer la langueur ei^ l'abattement, recevoir trente visites, au lieu de

(i) Guii.LEMEAU, Accouchements, 809, cl Mauiugeau, 366.

promener dans un jardin et d'y jouir des douces influences de l'air » (i).

Ce « culte » de l'accouchée avait des fervents

PLATEAU D ACCOUCHKK.

{Le Jugement de Paris.)

dans les plus hautes classes de la société. Les princes ne manquaient jamais d'aller rendre visite aux

(i) Séb. MiiRciER, Tableau Je Paris, t. VI, 46 (Alf. Franklin, L'Enfant, 55).

ï8o MOEUhS INTIMES DU PASSÉ

femmes de la cour nouvellement accouchées, pour peu qu'ils eussent des liaisons avec elles.

Ils avaient la même politesse pour les dames attachées à leur maison. S'ils n'avaient pas avec elles de relations suivies, ils envoyaient un de leurs pages prendre des nouvelles (i).

On sait à combien de contestations de rang, à combien de disputes de préséance donnait lieu, autrefois, l'observation d'une étiquette rigoureuse. Entrait-on chez le Roi, l'huissier de l'antichambre ouvrait les deux battants de la porte, h pour les princes et princesses qui ont accoutumé de les ouvrir ; et pour les ambassadeurs, quand ils ont audience » (2). Oh ouvrait les deux battants pour les Altesses royales ; les Altesses sérénissimes n'avaient droit qu'à un seul battant. On ne commettait qu'une dérogation à ces règles sévères ; au moment où les princesses du sang accouchaient, toutes les portes de l'appartement étaient ouvertes, et tout le monde, sans exception, pouvait entrer (3).

Singulier privilège, dont jouissaient les reines et les princesses (à), de se donner en spectacle et d'éta-

(i) Mnie 4e GgNMS, Dict, d^s Etiquettes d^ la Cûur, 1. 1, iq

(2) Besongne, Etat de France, t. I, 169.

(3) Dict. des Etiquettes, I, 100.

(d) EUes ne s'en plaigaajç.At pas Q«t?e mesure, si noua

croyons ce qui nous est rapporté par un liistoriQgraphe. «

USAGES ET COUTUMES DISPARUS l8l

1er leur misère en public, alors que la moindre bourgeoise ou femme du peuple avait le pouvoir de se soustraire à une malveillante ou malsaine curiosité.

duchesse de Bourgogne, relate le D"" Robert Mullerhem (Die Wochenstube in der Kuiist ; Stuttgart, 1904), prenait un tel plaisir à ces réceptions, qu'elle ne quitta pas son lit durant tout le cours de sa grossesse ; ce qui, ajoute-t-il, n'empêcha pas cette princesse, dont les grâces et l'esprit faisaient l'agrément de la Cour, de donner, dans sa chambre, pendant ce laps de temps, des bals brillants et des soirées pleines de gaieté et d'entrain. »

NOURRICES EGYPTIENNKS.

'R;is-rf'iir|' rt'lalif à l;i nai<snrn'e (l'Ami-nophis III.

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