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CHAPITRE QUATRIEME MRRES ET REMPLAÇANTES

La mère noiirrira-t-elle son enfant ? Le confieral-elle à une nourrice ?

Dans les premiers siècles, l'allaitement maternel ('•l;iit la règle. On ne trouve, au dire de Plutarque,

aucune trace de cette indigne pratique de louer (les nourrices et de sacrifier de tendres victimes à la cupidité et à l'avarice de mères empruntées. La nature, en remplissant de lait le sein des mères, montre qu'elles doivent elles-mêmes nourrir l'enfnnt qu'elles viennent de mettre au monde »..

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Chez les Hébreux, on n'avait recours à la « remplaçante », qu'en cas de mort de la mère, ou de maladie entravant l'allaitement.

Une mère qui refusait d'allaiter son enfant passait pour une « cruelle ». Non seulement chaque mère donnait avec empressement le sein à son enfant, mais elle s'y consacrait entièrement, comme à l'accomplissement d'une noble mission. La Bible parle, il est vrai, d'une nourrice autre que la mère (mcnecket) : notre hébraïsant confrère Schapiro (i) présume qu'il s'agit, on l'espèce, d'une nourrice sèche, chargée d'élever le nourrisson.

C'était, d'ordinaire, une esclave, qui restait attachée à la personne de son nourrisson pendant toute sa vie. Plus tard, cette coutume, si secourable à l'enfant, peu à peu se perdra, et la mère, surtout dans les classes riches, s'affranchissant de l'obligation d'allailer elle-même, prendra une nourrice.

L'allaitement se prolongeait jusqu'à l'âge de /| on 5 ans ; on le réduisit ensuite à 2 ans, puis à 18 mois.

Dans l'ancienne Egypte, l'allaitement maternel aurait été à peu près général, si l'on s'en rapporte aux monuments et aux bas-reliefs, qui nous montrent les mères allaitant leurs enfants, et les portant sur leur dos ou leurs épaules. Les femmes du harem

(i) Obstctriqae des anciens Hébreux (Paris, Champion, igo/j.)

USAGES ET COUTUMES DISPARUS l^i)

pouvaient, seules, se permettre de confier leur progéniture à des mercenaires ou à des esclaves.

La fonction de nourrice princière était des plus recherchées, et la « grande nourrice », en particulier celle qui donnait à téter « au jeune dieu », était un personnage de marque, invitée à toutes les cérémonies officielles et au couronnement du roi.

Le terme de « nourrice » s'appliquait même au gouverneur du prince, chargé de lui fournit la nourliturc intellectuelle, et plus d'un savant en vue était fier de pouvoir inscrire parmi ses titres celui de (( nourrice royale ».

Si, dans les familles riches et aisées, l'usage de la nourrice semble avoir été courant, les femmes du peuple devaient également avoir recours aux offices d'une remplaçante, ainsi qu'en témoigne un texte babylonien, datant de 5.000 ans avant J.-C. (i).*

Hammourabi, qui édicta des lois restées fameuses, paraît avoir été un zélé protecteur de la première enfance.

Si qnolqu'nn, dit-il, confie son enfant à une nourrice, et si l'enfant meurt entre ses mains, alors que cette nourrice aura élevé un autre enfant, sans avoir averti le père ou la mère, cette nourrice devra être poursuivie pour avoir élevé un autre enfant, sans en avoir averti le père on la mère, et on lui arrachera les seins.

(i) Presse médicale, 22 juin 1910.

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La durée de l'allaitement, plus longue que de nos jours, était habituellement de trois ans, ainsi que l'établissent les formules qui nous renseignent sur les antécédents de certains grands personnages :

Tu vins au monde après (\\ic la iniiT, l'init porté tant de mois, et son sein fut, jx'ndant trois annres, dans ta bouche.

En Grèce, à l'épocjuc horuéri(|UC, la mère ne se décharge de sa fonction naturelle que dans des circonstances exceptionnelles : Hécubc nourr-it Hector, Andromaque donne le sein à Astyanax, Pénélope à Télémaque. Cependant Euryclée, la fidèle nourrice d'Ulysse, l'élève avec la tendresse d'une mère et est la première à le reconnaître, quand il revient à Ithaque déguisé en mendiant. Dans les drames d'Euripide, l'héroïne prend souvent pour confidente sa nourrice.

Une des lois de Lycurgue ordonnait aux mères Spartiates de nourrir leur enfant ; ponr montrer à quel point ils considéraient l'allaitement maternel, les Lacédémoniens élurent, des deux fils de Thomiste, le cadet, parce que, seul, il avait été élevé par sa mère ; mais, avec le développement du bienêtre, on devait se relâcher de cette rigueur.

A Athènes, au temps de Périclès et de Démosthène, les parents aisés faisaient venir de Sparte des

femmes, parfois de bonne famille, qui, à la suite de revers de fortune, acceptaient cette situation peu honorables, car les nourrices ne jouissaient que d'une médiocre considération ; seulç, la misère- excusait ce métier « abject » ; de plus, le salaire était minime, ce qui montre le peu de cas qu'on en faisait.

Elles ne nourrissaient que rarement au domicile des parents ; elles emmenaient de préférence le nourrisson chez elles.

Alors, comme de nos jours, on se préoccupait de trouver des nourrices douces, sobres et parlant un pur langage. Les nourrices grecques étaient, le plus souvent, ignorantes, autant que négligentes et indélicates. Elles étaient, de plus, gourmandes, s'appropriant la nourriture de l'enfant quand il était plus âgé.

L'allaitement ne dépassait guère deux ans. Outre la nourrice qui donnait le sein, il y avait celle chargée de porter et d'amuser l'enfant, et qui était toujours de basse condition.

Les bonnes nourrices se rencontraient dans le monde bourgeois, aussi bien que dans les milieux plus riches, puisque, après leur mort, il en fut à qui on éleva des statues. Mais combien rares celles-là ; que de reproches la plupart s'attiraient, par la façon dont elles accomplissaient leur fonction I

On se plaint — déjà — qu'elles ne donnent à

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leur nourrisson que la moitié de la nourriture qui lui est nécessaire ; qu'elles ne savent pas distinguer la signification de ses cris. Aristophane, dans sa comédie Les Chevaliers (acte II, scène n), a fait de la nourrice de son temps un tableau qui n'a rien perdu de son coloris. « L'enfant a-t-il faim, la nourrice le couche ; soif, elle le met au bain ; sommeil, elle choisit ce moment pour agiter à ses oreilles des crotales. » La sottise des contes de nourrices est restée proverbiale.

A Rome, la coutume était que la mère allaitât son enfant, jusqu'au jour oii le luxe, introduit par l'effet des conquêtes, amena l'usage des' nourrices à gages.

Dans les dernières années de la République, c'était une preuve assurée de pauvreté dans une maison, que de voir une mère nourrir elle-même son enfant. Il fallait être Caton pour ne pas permettre à sa femme de se soustraire à ce devoir, et pour exiger qu'elle donnât le sein aux enfants de ses esclaves, « afin que la communauté de cette éducation première les attachât davantage à leurs jeunes maîtres ».

Si l'épouse d'Auguste nourrit ses enfants, si celle de l'empereur Théodose suivit cet exemple, d'autres empereurs, Octave, Néron, Gaïus Caligula, Tibère, durent se contenter d'un lait étranger.

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