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)SSE, XVII<^ siècle.)
USAGES ET COUTUMES DISPARUS 2o3
Paris. Bourgeoises comme châtelaines envoient leurs enfants en nourrice, et il existe, pour répondre à ce besoin, une industrie agricole d'élevage humain très florissante, mais un peu aléatoire pour ceux qui s'y livrent, car il arrive parfois que des enfants ne leur sont pas réclamés par leurs parents et leur restent pour compte.
11 est rare que la nourrice soit acceptée dans la famille et occupe jusqu'à la fin de ses jours une situation privilégiée. Si quelque mari veut encourager sa femme à allaiter elle-même son enfant, il se trouve toujours quelque ami du couple pour lui en faire honte : ne voit-il pas comme sa femme est épuisée P C'est à coup sûr pour esquiver les frais de nourrice ; a-t-on idée d'une avarice aussi sordide P Et le malheureux époux baisse la tête et ne souffle mot. Sur mille mères dénaturées qui, pour conserver leur beauté et « frescheté », et aussi parce que ce n'est pas la coutume, se refusent à donner le sein à leurs enfants, à peine en est-il une qui consente à nourrir elle-même, comme cette femme d'un pasteur protestant qui a mis son premier enfant en nourrice, mais qui, au second, revenue à des sentiments meilleurs, nourrit elle-même le dernier-né, malgré une enflure du sein, « qui lui fait jeter les hauts cris toute la nuit... et pleurer à chaudes larmes » (i).
(i) Paul de FÉLicE, Les Protestants d'autrefois : Education Instruction. (Paris, 1900).
20l\ MOliUllS IINTIMKS DU PASSE
A tout prendre, cela n'est-il pas préférable que de changer à tout instant de nourrice à la moindre incommodité de l'enfançon, comme il arrivait en dépit de toutes les précautions ?
Voyez Mme de Sévigné « dans tout le feu et toute l'autorité de son rôle de grand'maman. » Sa fille, Pauline de Grignan, lui a confié son rejeton en partant pour la Provence, et celui-ci dépérit. Aussitôt elle en mande des nouvelles à la mère : toutes les alarmes de la bonne grand'mère se trahissent dans cette épître :
Je la trouvais pâle ces jours passés. Je trouvai que jamais les ... (pourquoi le mot de seins lui répugnei-il.^) de sa nourrice ne s'enfuyaient; la fantaisie me prit de croire qu'elle n'avait pas assez de lait. J'envoyai quérir Pecquct (le médecin), qui trouva que j'étais fort habile, et me dit qu'il fallait voir encore quelques jours. Il revint au bout de deux ou trois ; il trouva que la petite diminuait. Je vais chez Mme du Puy-du-Fou : elle vient ici ; elle trouve !a même chose ; mais parce qu'elle ne conclut jamais, elle dit qu'il fallait voir. « Et quoi voir, lui dis-je, madame ? » Je trouve par hasard une femme de Sucy qui me dit qu'elle connaissait une nourrice admi rable. Je l'ai fait venir; ce fut samedi. Dimanche, j'allai chez Mme de Bournonville lui dire le déplaisir que j'avais d'être obligée de lui rendre sa jolie nourrice. M. Pecquet était avec moi, qui dit l'état de l'enfant. L'après-dinée, une demoiselle de Mme de Bournonville vint au logis, et sans rien dire du sujet de sa venue, elle prie la nourrice de venir faire un tour chez Mme de Bournonville. Elle y va, on l'emmène le soir. On lui dit qu'elle ne retour-
nerait plus; elle se désespère. Le lendemain, je lui envoie dix louis d'or pour quatre mois et demi. Voilà qui est fait. Je fus chez Mme du Puy-du-Fou, qui m'approuva, et pour la petite, je la mis dès dimanche entre les mains de l'autre nourrice. Ce fut un plaisir de la voir téter, elle n'avait jamais tété de cette sorte. Sa nourrice avait peu de lait; celle-ci en a comme- une vache. C'est une bonne paysanne sans façons, de belles dents, des cheveux noirs, un teint hâlé, âgée de vingt-quatre ans; son lait a quatre mois; son enfant est beau comme un ange. Pecquet est ravi de songer que la petite n'a plus besoin; on voyait qu'elle en avait et qu'elle cherchait toujours. J'ai acquis une grande réputation dans cette occasion; je suis du moins comme l'apothicaire de Pourceaugnac, expéditive. Je n« dormais plus en repos de songer que la petite languissait, et du chagrin aussi d'ôter cette jolie femme, qui pour sa personne était à souhait; il ne lui manquait rien que du lait. Je donne à celle-ci deux cent cinquante livres par an, et je l'habillerai; mais ce sera fort modestement. Voilà comme nous disposons de vos affaires.
Veut-on savoir qu'elles étaient, à cette époque, les qualités que devait présenter une bonne nourrice ? Elles sont énumérées ci-dessous :
Prenez-la, dit un auteur du xvi" siècle, intendant des finances et jurisconsulte, qui vivait à Loudun, en Poitou, et qui a écrit un traité pratique de pédoirophie, dédié au roi Henri III ; prenez une nourrice, dit Scévoie de Sainte-Marthe, « qui ne soit ni jeune ni vieille, qui ne soit point trop grasse, mais aussi qui ne soit pas maigre; qui ait le teint vif, ce qui marque sa vigueur naturelle;
2o6 MOEURS INTIMES DU PASSE
qu'elle ait les bras et le col longs, la poitrine large, les mamelles rondes, qui sortent bien, ne manquent pas de couleur, et jettent en abondance comme une pluye de lait'. Mais ce lait il le faut bien choisir, car il y en a de qualitez bien différentes. Celui qui est doux au goût, et le plus blanc, est le meilleur; au contraire, celui qui n'a pas une bonne odeur ne vaut rien, comme aussi celui qui s'attache aux doigts à cause de son épaisseur, ou qui en tombe aussitôt pour être trop fluide. Observez encore que celle que vous voulez prendre pour nourrice ne soit point enceinte; qu'il y ait peu qu'elle soit accouchée, et qu'elle n'ait point fait une fausse couche. Enfin, il faut que dans son esprit et dans sa personne, tout marque de la propreté, et qu'on voye un air de gayeté répandu sur son visage...
Nos pères estimaient qu'une bonne nourrice ne doit pas avoir moins de 25 ans, ni plus de 35.
Il faut qu'elle ait porté son enfant à terme, (( la fausse couche étant un témoignage assuré de la mauvaise disposition du corps et des humeurs » (i).
Il est bon qu'elle soit accouchée d'un mâle, parce qu'elle sera plus forte et plus robuste ^e si elle avait eu une fille. 11 est aussi expédient qu'une bonne nourrice ait été grosse deux ou trois fois, « car les mamelles qui ont coutume de s'emplir ont les vaisseaux plus larges et capables de contenir plus de lait ».
(i) Nous nous référons, pour les conditions à remplir par une bonne nourrice, à la Méthode dVlever les enfans selon les règles de la médecine, etc., du sieur Guérin, docteur en médecine de la Faculté de Paris (1676) ; nous traduisons seulement en français moderne.
On veillera à ce que la femme qui doit nourrir soit d'une bonne santé habituelle : elle doit avoir ni gales, ni ulcères, qui sont des signes indubitables d'un sang vicieux, et par conséquent d'un mauvais lait.
Elle ne devra pas loucher, parce que l'enfant, ayant « les yeux tendres et flexibles », prendrait l'habitude de regarder de la même, manière.
Elle aura le visage frais, bien coloré, exempt de pustules, « qui marquent un sang acre et pétillant ». On choisira, de préférence, une brune, plutôt qu'une blonde ou une rousse.
Francesco Barberino, un notaire ami de Boccace, a exposé les conditions que doit remplir une bonne nourrice ; elles ne diffèrent pas sensiblement des précédentes : « Qu'elle ait de 26 à 3o ans ; qu'elle ressemble autant que possible à la mère ; que son teint soit clair, son encolure forte, sa poitrine ample, sa chair ferme, son haleine saine ; qu'elle soit plutôt grasse que maigre ; qu'elle ait les mamelles développées, mais sans exagération, et les dents bien propres. » Qu'elle ne soit, ajoute-t-il, (( ni hautaine, ni colère, ni mélancolique, ni folle, ni trop paresseuse ». Et surtout qu'elle ne soit pas rousse ! Longtemps on eut de la prévention contre les rousseaux. Un siècle plus tard, Alberti recommandait aux parents de s'assurer que la nourrice ne fût ni épileptique, ni lépreuse (i).
(i) Cf. E. BoDocANACHi, La Femme italienne à la Renaissance.
2o8 MŒURS INTIMES DU PASSE
Une bonne nourrice aura la poitrine large et carre'e, sans toutefois être trop grasse. Pour ce qui regarde les mamelles, « elle ne doit point les avoir pendantes, mais d'une juste grandeur, accomp^née d'un peu de fermeté, en sorte qu'elles contiennent beaucoup) de lait. » Si les mamelles sout trop dures, « elles pressent le nez de l'enfant et roblig(*nt à les quitter, par le dégoût qu'il en a ; ou lui écachcnt le nez et le rendent cainus, si la faim le contraint à tetter, malgré le mal qu'il en peut ressentir ; si le bout des mamelles est enfoncé, l'enfant ne le peul tenir à sa bouche et le sucer qu'avec beaucoup de peine ; s'il est trop gros, il lui emplit la bouche cl l'empêche de se servir de sa langue pour sucer et pour avaler. » On demandait encore à la femme qui allait être nourrice, d'être chaste, compatissante ; d'aimer l'enfant qu'on lui confiait ; de ne pas se mettre en colère ; d'être toujours propre.
Qu'elle ne soit ne soie ne nicc, Mais ait bon pis, soit liée et gaie, Jeune, jolie et si resgaie Que son lait sur l'ongle se tiengne Et ne soit vert, et ja n'aviengne (i).
(i) « Une bonne nourrice doit avoir un lait qui soit blanc, de bonne odeur et de consistance médiocre, en sorte qu'en mettant une goutte sur l'ongle, elle ne coule point tant que l'ongle sera en repos, et coule doucement quand l'ongle sera
Que son lait ait un an passé,
Car l'enfant en seroit cassé
Et en vaudroit pis durement.
Se niasle a eu certainement,
Mieulx vault son lait que de femelle;
Encore se nourrice est belle,
Gointe, jolie et bien apperte,
Tant en vauldra mieux la desserte,
Et l'enfant qu'elle nourrira
Assez mieulx en adviendera.
Que de vieille, grosse et pesant.
Tels nourrices font à l'enfant
Moult de maulx par leur nourriture (i).
Les accidents que cause à l'enfant le mauvais lait de sa nourrice sont exposés en détail dans l'ouvrage dont nous avons tiré les précédentes indications ; de même il nous renseigne sur le régime de vivre que doit suivre une nourrice.
Ses aliments ordinaires seront, avec le pain, (( fait de pure fleur de blé, qui soit bien levé et bien cuit », de chair de veau, de mouton et de volailles, plutôt bouillies que rôties ; quelques fruits d'automne,
remué de sa place. Toutefois, celui qui est séreux vaut mieux que celui qui est épais, parce qu'étant pris en grande quantité, il nourrit médiocrement et ne lâche le ventre que les premières fois ; au lieu que celui qui est épais se caille, fait obstruction et ainsi ne nourrit presque point, quoiqu'on luimême il soit fort nourrissant ».
(i) Le Miroir de Mariage, par Ëust. Deschamps (second moitié du xiv« siècle).
oio MŒURS IMIMES DU PASSE
comme figues, raisins, pommes et poires. Les substances salées, les épices, les fruits d'été ne valent rien.
La femme qui nourrit ne boira pas d'eau avec excès et ne mangera point de bœuf, de pourceau, de légumes, de fromages, ni d'œufs durs, (( qui font un lait trop épais )>. On lui permettra un peu de vin, pour aider à la digestion ; ou, si elle le préfère, de la bière, « qui ne soit ni trouble ni aigre et dont l'usage Ini fera venir quantité de lait ». Pas de cidre ni de poiré, qui lâchent le ventre, ou produisent un lait aqueux et indigeste, capable de causer des tranchées à l'enfant. 'La nourrice n'aura aucun commerce avec son mari, (( de peur que son lait ne soit de mauvaise odeur, qu'elle n'ait ses ordinaires, ou qu'elle ne devienne grosse, au grand préjudice de son nourrisson, qui perdrait autant de bon lait, que l'enfant qu'elle concevrait attirerait de bon sang pour sa nourriture et son accroissement ».
Cependant la nourrice peut ou devenir enceinte, ou tomber malade, ou manquer de lait. Il faudra, dans ces cas, en prendre une nouvelle. « Il sera à propos que cette nouvelle nourrice lui donné (au nourrisson) à tetter tacitement dans un lieu obscur, jusqu'à ce qu'elle lui soit devenue familière ; que si, malgré son silence et l'obscurité du lieu, l'enfant ne veut point de son lait, elle mettra quelque peu de sucre en poudre au bout de sa mamelle, et lui présen-
USAGES ET COUTUMES DISPARUS a I I
tera à la bouche tant de fois qu'enfin elle la retienne ; ou lui fera rejaillir de son lait sur la bouche, jusqu'à tant que sa douceur le gagne, et lui en fasse avaler )>.
A ceux qui pouvaient s'en permettre le luxe, il était conseillé de prendre plusieurs nourrices. Soranus d'Ephèse, qui donne ce conseil, n'était pas partisan de l'allaitement par la mère. « Une femme qui allaite, disait-il, vieillit avant le temps ; elle ne prend d'aliments que pour une et donne ce qui est nécessaire à l'alimentation de l'enfant : il en résulte que la masse de son propre corps est bien moins nourrie ; aussi est-il préférable, pour elle, qu'elle suspende cette fonction, rétablisse ses forces et fasse des enfants. » Cette succion quotidienne ne pouvait qu'épuiser celle qui en était l'objet. Souvent les abcès, les tumeurs, les cancers des mamelles n'ont pas d'autre cause ; d'ailleurs, ajoute notre auteur, les enfants sont plus robustes s'ils sont nourris par une autre femme que leur mère.
La nourrice doit se soumettre à^un régime jîarticulier. Le bain lui est défendu, car il rend le lait aqueux ; mais de^fréquentes onctions entretiennent la peau en bon état.
Afin de favoriser la sécrétion lactée, Soranus engage les nourrices à exercer particulièrement les parties supérieures du corps : le jeu de boules, les haltères, l'acte même de faire des lits, en obligeant à se courber, sont excellents. D'autres ne voient qu'avan-
tage à ce qu'elles aillent se promener le matin, pour favoriser leur digestion, et qu'elles montent, si possible, à cheval.
L'alimentation, au début de l'allaitement, sera très légère, afin que le lait ne devienne trop épais et que l'enfant, « dont le gosier est étroit », n'ait pas de difficulté à avaler. Quand il se fortifiera, la nourrice pourra se permettre une nourriture plus confortable : potages au gras, œufs, poissons, porc, lièvre, cerf, etc.
Si la sécrétion du lait diminuait ou était altérée, ou encore que le lait devînt trop gras, on confiait l'enfant à une autre nourrice ; non sans s'être assuré qu'il ne s'agissait pas d'une affection locale dont la guérison s'obtenait par des moyens qui nous font un peu sourire aujourd'hui : la déclamation, les distractions de toute sorte, des succions sur les mamelons, des aromates et des mamelles d'animaux, qu'on mangeait au moment des repas : de l'opothérapie avant la lettre ! De plus, on brûlait, dans la chambre de la nourrice, des hiboux, des chauves-souris, et l'on recouvrait les seins de la cendre de ces animaux.
Le lait était-il trop clair, on faisait manger à la nourrice de la bouillie de farine ou d'épeautre, avec des œufs mollets, des fruits du pinus pinea, des pieds de cochon de lait, dont la chair visqueuse rendait le lait plus consistant.
L'examen du lait était pratiqué avec le plus grand
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soin, du moins avec les moyens dont on disposait alors.
Pour être de bonne qualité, le lait devait être blanc et non bleuâtre, ne pas ressembler à du plâtre, être faiblement acide et se coaguler peu.
La répartition des tétées n'était pas réglementée : ou bien l'on donnait le sein à l'enfant toutes les fois qu'il pleurait; ou l'on cherchait à conn^iître le motif de ses pleurs. Si l'enfant pleure ou crie, c'est qu'il a chaud ou froid, qu'il est serré dans ses bandes, que quelque épingle le pique, que ses immondices l'écorchent, qu'il a peur ou qu'il a faim (i).
Si, en pleurant, il remue les lèvres, ouvre la bouche ou cherche à saisir le sein avec ses doigts, c'est signe qu'il a faim. Mais, remarque Soranus, il faut « qu'un long espace de temps se soit écoulé depuis qu'il a tété pour la dernière fois, car une nouvelle quantité de lait, donnée avant que la précédente n'ait été digérée, pourrait devenir mauvaise, la première étant acidifiée ».
Après le repas, on posera l'enfant sur un coussin, afin de lui éviter des mouvements susceptibles de troubler sa digestion, ou de le faire vomir.
L'alimentation exclusivement lactée était pratiquée, jusqu'au moment où le nourrisson était devenu ferme fau quarantième jour environ) : à ce
(i) GuÉRiN, op. cit., ch. xvm.
moment, on pouvait l'alimenter davantage, mais on attendait le plus souvent le sixième mois pour lui donner des farineux, de la mie de pain ramollie dans de l'eau mieîlée, dans du lait ou dans du vin également miellé.
Le sevrage ne devra être conseillé avant que l'enfant ait 2 ans ; il doit être effectué d'une manière progressive ; il sera toujours pratiqué au printemps ; les filles seront sevrées six mois plus tard que les garçons. Si, après le sevrage, l'enfant tombait malade, on le remettrait au sein jusqu'à sa guérison (i).
Dès qu'on les retirait de nourrice, il était dusagc qu'on donnât aux enfants des petits fauteuils de paille ou de jonc où on les faisait asseoir.
Un praticien du dix-huitième siècle (•?.) s'élève formellement contre cet usage.
Ces petits fauteuils sont enfoncés dans le milieu du siège... L'on assied les enfans dans ces fauteuils, et l'on commence ainsi, dès leurs tendres années, à leur corrompre peu à peu la taille. Il faut leur donner des fauteuils
(i) GuÉKiN a précisé, très minutieusement, l'époque à laquelle il faut sevrer l'enfant, suivant sa condition individuelle (V. le ch. XXI de son livre), et indiqué les aliments qui conviennent à l'enfant quand il est sevré (ch. xxn) ; ce dernier chapitre abonde en détails pittoresques.
(2) Nicolas Andry, Orthopédie (17/ii) ; cf. Presse Médicale, 19 oct. 1910.
LA MÈHE ALLAITANT SON NOUVEAL-XÉ
(D'après la peinture de Mieuis le Vieux: École IloUandaUe.
OU des chaises dont le siège soit fait d'une planchette de bois bien uni.
On doit également éviter « l'emploi » de ces roulettes où l'on a coutume de mettre les enfans, pour les empêcher de tomber et pour s'épargner la peine d'être toujours auprès d'eux. Ces roulettes ont des accoudoirs très hauts, sur lesquels s'appuyent les enfans, et qui leur font tout de même lever les épaules ».
Andry condamne la coutume des coups de férule sur les mains des enfants, « châtiment extrêmement dangereux ». Il proteste avec non moins d'énergie contre les nourrices qui gâtent « l'esprit des enfants par les peurs ridicules qu'elles leur font ».
Sans parler des loups-garous, des revenans, des sorciers, et de cent autres sujets semblables, dont on les entrelient tous les jours mal -à-propos, ou dont on s'entretient en leur présence (ce qui n'est pas moins imprudent), que n'aurais- je point à dire de la crainte qu'on leur inspire du tonnerre ?..,
Le même auteur consa:cre à l'étude des dents un long chapitre, dont bien des remarques, ainsi que le fait justement observer le professeur René Cruchet de (Bordeaux), sont encore d'actualité. Ainsi conscille-t-il de laver les dents aux enfants chaque matin, et de ne pas négliger de les relaver après les
2lS MŒURS rVTIÎIES DU PASSE
repas ; plus de core-dents de plume, trop durs ' qui accélèrent la carie dentaire.
A propos des écrouelles, Andry conseille de n»^ pas prendre une nourrice qui les ait eues"? il ob**^? ••n passant que, chez les enfants moi ; maladie, " les glandes du mésentère soûl toujours gonflées > ; il note le rapport qui existe fréquemment, chez l'enfant, entre les lèvres béantes et l'obstruction nasale, donne contre le bégaiement, le bi douillement, le zézaiement et autres troubles anal gués de la parole, nombre de conseils pratiqua-, étayés d'exemples choisis ; il nous apprend enfin que, de son temps, on citait déjà des snurds-muets 'jui parlaient et pouvaient répondr. .ardant
les lèvres de ceux qui leur adressaient la parole.
Xous nous sommes laissé entraîner à dépasser i-,'s limites de notre cadre, nous revenons à la question sans autre formule de transition. Nous avons^cité 1 poème latin de Scévole de Sainte-Marthe, au seizième siècle, comme un plaidoyer en faveur de l'allaitement maternel ; nous aurions pu rappeler qu'un grand parlementaire de la même époque, le célèbre Michel de L'Hospilal (iSoô-iS-S), qui taquina la muheures perdues, ne dédaigna pas, lui non plus, •! ahord^r uir sujet qui sortait un peu de ses atlribution?.
Mme de Genlis a signalé un Traité de la Pares> '* ouvrage d'un \\euJL style, sans nom d'auteur, qui contient de fort bonnes choses sur le devoir des mèr-^
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d'allaiter leurs enfants. » Tous ces écrits restèrent à peu près sans effet : Jean-Jacques n'avait pas encore entrepris sa croisade. La preuve en est dans cette anecdote relatée dans la Correspondance de Métra : "■ Le roi, écrit le nouvelliste, a fait un très beau présent à Mme la comtesse d'Artois, dont on soupçonne la grossesse. En se levant, cette princesse trouva sur sa cheminée quatre flgures de porcelaine de la manufacture de Sèvres, de la plus grande beauté. L'une représente une femme qui berce un enfant ; une autre lui donne à tetter ; la troisième le porte sur ses bras ; il est mené à la lisière par la quatrième.' On dit que Mme la comtesse d'Artois veut nourrir elle-même soii enfant, parce qu'elle a cru apercevoir les intentions du roi dans la seconde flgure. Si cette heureuse révolution arrive, le métier de nourrice ne vaudra plus rien » (i). C'était anticiper sur une réforme à la veille de s'accomplir, mais que la mode n'avait pas encore imposée. En attendant, les nourrices continuaient à être exigeantes... et bien payée?.
\ eut-on savoir combien recevait une nourrice au bon vieux temps ? En Italie, les gages des nourrices libres — car on employait assez volontiers des esclaves nègres pour nourrir et on les affranchissait
vj"^ Correspondance secrète, t. I. i23.
en compensation de leur lait, — les gages des nourrices, disons-nous, étaient, au xiv* siècle, de six à seize florins d'or par an, plus la nourriture. Un peu plus tard, on leur donnera trois florins environ par mois et un cadeau à l'époque du sevrage.
A la fin du xiii* siècle, d'après des mémoires écrits en 1298, un bourgeois italien eut à payer 5o solidi par mois à la femme chez laquelle il avait mis ses enfants en nourrice ; il dut, en outre, lui fournir une layette, composée d'un berceau, d'un mantelet bleu, garni de seize boutons d'argent, d'une robe de couleur, de cinq langes, cinq pièces de laine, quatorze pièces de lin, une couchette de plumes, deux oreillers avec leurs taies.
En i38o, les parents paient à la nourrice 5o solidi par mois ; deux florins, quand ils vont lui rendre visite : la valeur approximative du florin était de Il à 12 francs. En i56i, a pour nourrir et alimenter, tant de mamellç qu'autrement (c'est-à-dire au biberon) » un petit enfant, la nourrice reçoit par mois une somme de 5o sols tournois.
Aux nourrices de l'Hôtel-Dieu de Paris, il n'était alloué que 45 francs par mois, sous Louis XII ; celle d'un bourgeois d'Angers avait iio francs; tandis que la nourrice d'une princesse recevait 5oo francs.
, Le sein qui avait alimenté un frère de Philippe le Bel était appointé à 9 francs par jour, allaitement