LA MÈRE ET L ENFANT
(D';iprès une peinture de Jean Steen.)
USAGES ET (COUTUMES DISPARUS 2i)I
de trous. L'étain fut, un peu plus tard, remplacé par le verre. Le biberon se composait alors d'une bouteille à long col — quelques-unes avaient la forme de
^■(MU'dc — cl ([iii portait Ti son orifice ime é[)onge ou un mamelon.
Jadis, il n'y avait pas de date fixée pour commencer l'allaitement par la mère. On professait, à l'époque de la Renaissance, que la femme ne doit allaiter « qu'après être bien nette, à savoir : trente jours après la couche d'un mâle, quarante-deux jours après celle d'une fille ; et, pendant ce tem[)s, elle aura près d'elle une autre femme qui donnera à téter à l'enfant. » Pendant cette interruption de l'allaitement, afin de ne pas laisser souffrir la mère, on la faisait téter par quelque pauvre vieille femme, ou par un enfant pauvre ; Laurent Joubert conseillait de la faire téter par un petit chien !
C'est dans Mauriceau que l'on trouve, pour la preniière fois en France, le conseil de faire l'aspiration du lait au moyen d'une tétine en verre. La forme de cette tétine rappelle celle d'une ventouse : la partie supérieure se termine par un col effilé, grâce auquel on peut faire l'aspiration ; le lait reste dans la ventouse et la personne qui l'aspire n'est pas obligée de le boire.
Avant de faire téter, recommande aux mamans Scévole de Sainte-Marthe, « lavez le bout de vos ma-
aSa MŒURS INTIMES DU PASSÉ
mclles avec de l'eau tiède... Ne laissez pas... votre enfant avaler les premières gouttes de lait qui en sortiront d'abord... Prenez garde qu'il ne se gorge de lait en tétant avec trop d'empressement. Pour faire qu'il prenne avec modération, tantôt retirez votre sein, puis le lui rendez, corrigeant ainsi cette trop grande avidité » (i).
Dès la naissance, ajoute l'excellent pédiatre, purgez l'enfant, évitez qu'il n'ait ni trop chaud ni trop froid, veillez surtout à ce qu'il ne soit tenu trop chaudement, « ce qui risquerait de l'étouffer, comme il arriva à François, duc d'Anjou »
Ce qui revient souvent sous la plume des médecins, aussi bien que dans la bouche des sermonnaires, c'est le devoir, pour la mère, d'allaiter son enfant ; à moins d'empêchement absolu, c'est la loi primordiale de la maternité (2).
(i) Pœdotrophia, sea de edacalione liberorum libri très (traduct. française de 1698, par Abcl de Sainte-Marthe, petitfils de l'auteur).
(2) L'on a vu à toutes les époques, dit le D*" Flandrin, dans un travail très documenté (Chron. Méd., i5 mai 1901), les médecins, les penseurs et les philosophes élever tour à tour la voix, pour rappeler à la femme ses obligations maternelles ; et, à l'appui, notre distingué confrère énumère les différents ouvrages dont l'auteur invite la mère à nourrir son enfant, depuis celui de Laurent Joubert (1587), jusqu'à celui de Roussel (1820). Son étude, toute complète qu'elle soit, comporte quelques lacunes. Il ne cite point, par exemple, Juan Gittierrez de Godoy, docteur d'Alcala et médecin du chapitre de Jaen, l'auteur de Trois Discours pour prouver que
C'est une loi non moins inéluctable, qu'à mesure qu'on arrive à un degré de civilisation plus avancé, les mères se déchargent des obligations que leur impose la maternité. Les moralistes ont beau s'indigner, c'est une constatation de fait devant laquelle ils ne peuvent que s'incliner.
toutes les mères sont obligées de nourrir leurs enfants au sein lorsqu'elles ont une bonne santé, assez de forces, un bon tem pérament, de bon lait et assez pour les nourrir (Jaen, 1629) C'est, près de trois siècles avant nos modernes propagandistes un éloquent et savant manifeste contre l'usage des « rempla çantes ». Voilà, à n'en pas douter, un précurseur de M. Brieux De même, il serait, aisé de trouver des précurseurs à Théophile Roussel, dont la loi tutélaire a été réclamée dès 1780 (cf. Chron. méd., i" juin 1901).
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