SCÈNE DE FUSTIGATION
(Miséricorde de stalle ; extrait de Thomas Wright, Hist. de la caricature.)
On a reproché aux Jésuites l'invention de la fessée pédagogique : ils auraient pu répondre qu'ils avaient ou de nombreux précurseurs. L'histoire de la flagellation inonaslique est un argument qu'il leur eût été loisible d'invoquer pour leur justificalion. Mais ils avaient un répondant autrement autorisé : Salomon, dans son livre de la Sagesse, n'a-t-il pas écrit : <( Il ne faut pas que les pères épargnent les verges à leurs enfants ; ce serait les haïr (i) » Nous en avons fait le proverbe : « Qui aime bien châtie bien. »
Il est dit, dans les Coutumes de Cluny, rédigées, vers 1087, par le moine Udabric :
A toutes les heures de prières, quand les -enfants chanteront mal les offices ou s'endormiront, le prieur ou le magister les dépouillera sans délai, les mettra en chemise et les frappera avec de légères verges d'osier ou avec dos ficelles préparées. dans cette intention.
On ne sait rien de la durée des exécutions, mais le fait suivant démontre qu'elles inspiraient une forte appréhension aux délinquants,
Le jour de la Saint-Marc, des écoliers de Saint-
(i) Raoul Tortairc, moine de Saint-Benoît-sur-Loire, écrivant à un de ses anciens élèves, dont il avait perdu les bonnes grâces par ses trop fréquentes corrections, lui dit que le souvenir des coups de férule est sans doute la cause de sa rancune.
Gall avaient encouru la peine de la flagellation, pour avoir fait l'école buissonnière. Celui d'entre eux qu'on avait envoyé chercher les verges, sous les combles du monastère, voulant se soustraire, lui et ses complices, au châtiment, s'empara d'un tison et mit le feu à l'abbaye (i). Ce simple fait-divers montre que les enfants de cette époque étaient de jolis garnements, et on ne s'étonne plus d'entendre un abbé se plaindre à saint Anselme du Bec (2), de ne rien obtenir des enfants qu'il élevait, « bien qu'il les accablât de coups ».
Il aurait, il est vrai, pu recourir à un système d'éducation plus graduel, comme celui que propo-
((i) L. Maître, Les Ecoles épiscopales el monastiques de l'Occident, depuis ^Charlemagne jusqu'à Philippe-Auguste.
(2) Voici un trait de la vie de saint Anselme du Bec (rapporté par L. Maitke^ Les Ecoles épiscopales et monastiques, 196), qui prouve que certains maîtres savaient tempérer la sévérité de leurs punitions par d'utiles exhortations. Un abbé se plaignait un jour à ce saint de ne rien obtenir des enfants qu'il élevait, quoiqu'il les accabhît de coups. « Mais, mon révérend Père, dit « Anselme, si vous plantiez un arbre dans un jardin et que vous « le resserriez au point d'arrêter le développement des branches, (( que pousserait-il après un an passé ? Rien sans doute, et les « branches reviendraient sur elles-mômes. Vos enfants sont de « même. Oppressés outre mesure, ils arrivent à se persuader que <( vous n'avez pour eux ni bienveillance ni affection, que vous « êtes leur ennemi, et que vos procédés sont inspirés par la (( haine... Comment vouloz-vous par les flagellations former le « cœur d'un enfant et le ramener aux bons principes ? Si vous (( voulez les élever convenablement, il est nécessaire de tempérer « la correction par la mansuétude. » Saint Anselme réussit-il à convertir son interlocuteur à sa doctrine, c'est ce qu'en a négligé de nous apprendre,
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sait un évoque de Metz : à la première chute, recommandait ce bon prélat, il faut avertir le délinquant ; à la seconde, l'admonester ; à la troisième, lui adresser une réprimande publique ; à la quatrième, le mettre au pain et à l'eau ; à la cinquième, le séparer de la communauté, l'enfermer ou le battre de verges, si son âge le permet ; enfin, s'il résiste à tant de corrections, on doit prier le Seigneur de le guérir et le mener ensuite devant l'évêque. »
Il faut être juste : s'il y avait des enfants incorrigibles, certains maîtres les traitaient avec une brutalité qui appelait les représailles. Nous avons là-dessus un témoignage irrécusable : Guibert de Nogent (i), parlant du maître de grammaire qui l'a élevé, rend hommage à sa vertu, mais confesse qu'il l'accablait presque tous les jours d'une grêle de soufflets et de coups, pour le contraindre à savoir ce qu'il n'avait pu lui enseigner.
Un jour que j'avais été frappé, conte le brave homme, qui ne semble avoir gardé aucune rancune à son tortionnaire, je vins m'asscoir aux genoux de ma mère, rudement meurtri, et certainement plus que je n'avais mérité. Ma mère m 'ayant, selon sa coutume, demandé si j'avais encore été battu ce jour-là, moi, pour ne point paraître dénoncer mon maftre, j'assurai que non. Mais elle, écartant bon gré mal gré le vêtement qu'on appelle chemise,
1(1) Vie de Guibert de Nogent, t. I, c. II; Muteau, Les Elcoles et Collèges en province; Paris, 1882,
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vit mes petits bras tout noircis, et la peau de mes épaules toute soulevée et bouffie des coups de verge que j'avais reçus.
De même que dans les écoles ecclésiastiques, dans les monastères et dans les couvents le châtiment des verges fut longtemps en vigueur. Une règle de saint Césaire d'Arles, datant de l'an 5o8, spécifie la peine de la flagellation contre les religieuses indociles (i^.
Saint Benoît, le restaurateur de la discipline monastique en France, qui commença à s'occuper de sa réforme au huitième siècle, prescrivait des jeûnes excessifs, des flagellations rudes et sanglantes, même pour les enfants.
Si un frère, après avoir été souvent repris, néglige de se corriger, il faut le frapper de verges pour le punir.
Si quelqu'un traite avec négligence ou malpropreté les meubles du monastère, il sera repris et châtié d'une punition régulière, s'il ne s'en corrige.
S'il se trouve quelque moine qui ait quelque chose en propre, on l'en reprendra jusqu'à deux fois ; s'il ne s'en corrige, on le punira rigoureusement de sa faute.
S'il arrive à quelqu'un de violer la loi du silence, il sera rigoureusement châtié ; de même celui qui recevra des livres ou des présents ; qui rapportera
(i) La même règle édicté la peine du fouet contre ceux qui auront menti.
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ce qu'il aura vu ou entendu pendant un voyage ; celui qui se donnera la liberté de reprendre publi-