‹ Moeurs intimes du passé (volume 2)Chapitre 59 sur 71 · LA FLAGELLATION DE SAINT AUGUSTIN · texte numérisé non relu

LA FLAGELLATION DE SAINT AUGUSTIN

(D'après la fresque de Benozzo Gozzoli),

quement les personnes plus âgées que lui sans un ordre exprès de l'abbé; ou même qiiî corriger» les enfants « sans discrétion et avec trop de chaleur et de sévérité ». La désobéissance à l'abbé était également punie.

Saint Colomban entre dans les détails les plus mi-

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nutieux sur l'administration de la discipline aux ecclésiastiques : tant de coups pour le religieux qui ne s'est pas prosterné en sortant du couvent ; tant pour celui qui, au commencement du 'repas, n'a pas fait le signe de la croix sur sa cuiller ; tant pour qui n'a pas coupé ses ongles avant de dire la messe ; tant pour qui, à table, n'a pas ramassé les miettes de son pain. Le supérieur prononçait les peines, et le plus ordinairement, les infligeait.

Une autre règle veut que les moines qui seront sortis de leur monastère, sans la permission de leur abbé ou de leur supérieur, ou qui, étant sortis avec sa permission, n'y seront pas rentrés aussitôt qu'ils auront achevé ce qu'ils avaient à faire, seront excommuniés pendant trente jours, ou battus de verges ; mêmes peines contre ceux qui auront bu ou mangé avec excès. Pareillement seront traités et ne pourront jamais être promus à la cléricature les jeunes moines qui se seront rendus coupables de quelque larcin.

Les moines qui, après avoir été excommuniés, voudront » rentrer dans la communion de leurs frères » (Règle de Saint-Macaire), devront recevoir le fouet en présence de l'abbé et de toute la communauté, (( afin que, n'ayant pu être corrigés par les remontrances, ils le soient par les verges ».

Les moines qui troubleront leurs frères (Règle de

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SaintrPacôme) , ou qui abuseront de leur simplicité pour les porter au mal, seront fouettés devant la porte du monastère si, après avoir été avertis par trois fois, ils ne se corrigent.

Les moines qui ne veulent pas pardonner à ceux (jiii les ont offensés {Règle de Saint-Aurélien) et qui frappent leurs frères, doivent être traités de la même manière, c'est-à-dire qu'ils recevront la discipline ; mais, pour quelque faute que ce soit, ils ne doivent en avoir que le nombre de coups prescrit par la loi, c'est-à-dire trente-neuf.

Et que ceux qui sont punis ne s'avisent pas de murmurer, s'ils ne veulent être plus rudement châtiés !

Le fouet sert encore à ramener dans le devoir les moines qui parlent trop haut, qui sont colères, qui font rire les autres, qui raillent, qui sont calomniateurs ; à moins qu'ils ne se corrigent de ces défauts, après en avoir été repris plusieurs fois. On doit en user de même « à l'égard de ceux qui sont impudiques, effrontés et superbes ; de ceux qui sont menteurs, voleurs, violents et parjures ; de ceux qui sont hagards, opiniâtres et qui soutiennent hardiment leurs fautes » (Règle de Saint-Fructueux) (i).

La flagellation n'est épargnée ni aux jeunes religieux qui n'ont pas encore atteint l'âge de quinze

(i) J.-B. Thiers, Critique de VHistoire des Flagellans, Paris,

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ans, ni aux religieuses qui ont commis un larcin > qui ont frappé leurs sœurs, ou qui se sont rendues coupables de certains crimes : nous apprenons ainsi combien étaient fréquents les actes d'indécence, dans ces milieux où n'aurait dû pénétrer que l'esprit divin.

Les conversations licencieuses avec une personne du même sexe ou d'un sexe différent, les rapports plus intimes sont visés par les règlements nionas tiques.

Le crime de rechercher la société des femmes était puni par des fustigations répétées.

Ceux qui continuaient à jeter des regards de désii sur les femmes et ne s'amendaient pas, après avoir reçu la discipline, pouvaient être expulsés de la communauté, de peur que leur mauvais exemple ne fût contagieux pour leurs frères.

Tel règlement assimile le moine convaincu de vol à un récidiviste de l'adultère, parce que « ce ne peut être que la luxure qui l'a mené à commettre un vol » (i).

Nous avons un exemple de la sévérité avec laquelle on punissait les délits de ce genre dans l'histoire d'une religieuse accusée et convaincue d'inceste, par le concile de Donzi, tenu le i3 juin 87/1. Voici Ir

'(i) Etude sur la Flagellation, au point de vue médirai et historique. Paris, 1899.

tm

ilCÈKE l,i FLAGELLVl'iON REUaiiiUSE {XUIf siècle.)

(Dessin d'après nature (sic), R. 1796.)

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fait tel que nous le trouvons relaté dans un curieux opuscule (i).

Cette religieuse se nommait Duda ; elle avait péché avec un prêtre, appelé Humbert. Celui-ci nia le cas, mais les deux coupables durent se rendre devant l'évidence des témoignages. Il fut, de plus, reconnu qu'ils avaient deux complices, deux religieuses, du nom de Berthe et Erprède.

La peine prononcée par le concile mérite d'être rapportée : pendant trois ans, Duda sera frappée de verges sur le dos, en présence de Fabbesse et des religieuses, afin d'expier, par la douleur de la chair, les fautes que le plaisir de la chair lui a fait commettre.

Pendant trois autres années, elle est autorisée à participer aux prières des sœurs ; "cependant, elle ne sera pas dans le chœur avec elles, mais derrière la porte, ou dans un lieu que l'abbesse assignera.

La septième année, elle ira à l'offrande, mais la dernière de toutes, et après sept ans accomplis, elle recevra le corps et le sang de N. S., si elle est vraiment pénitente.

Il lui est recommandé de ne jamais oublier son péché, d'avoir toujours les yeux baissés et de faire

(i) Rexherches hisloriqiies sur l'origine et l'usage de l'instrument de pénitence appelé discipline, par Gabriel P... (Peignot). a Dijon, chez Victor Lagier, i8/io.

le signe de la croix, toutes les fois que des pensées impures la tourmenteront. Quant aux deux complices, le concile ordonne (( qu'on leur impose une pénitence de trois ans et demi, pendant lesquels elles seront aussi frappées de verges, pour n'avoir pas découvert le péché de leur sœur, à ceux qui auraient pu prévenir un si grand scandale ».

On nous a reproché parfois d'aborder certains sujets, d'employer certaines expressions qui appartiennent cependant à la langue médicale ; ce reproche, il est piquant de s'en voir justifier par un théologien, accusant un de ses collègues de l'avoir encouru.

On ne trouve pas à redire — écrit l'abbé Thiers — qu'un médecin, un anatomisle, un chirurgien, parlant ou écrivant des parties du corps humain, se serve des termes qui sont les plus naturels et les plus propres pour expliquer celles que la pudeur ne permet pas, même en d'autres occasions, de nommer : la nécessité de leur profession le demande et les y oblige; mais qu'un prêtre, qu'un docteur en théologie, écrivant une histoire qui se pourrait fort bien écrire sans y faire entrer aucuns faits impurs, en ait exposé un assez grand nombre qui ne devaient point y avoir de place, et qui ne font rien à son sujet, c'est ce que je ne saurais croire qu'on puisse entièrement excuser.

Le bon abbé Boileau qui est visé ici, s'est pourtant défendu d'avoir écrit un ouvrage immoral.

LA FLaGKLLATIDN AU (,UUVhNT.

(D'après la miniature d'un manuscrit du xv^ siècle.

N'a-t-il pas proclamé que l'usage de la discipline par en bas (il ne pouvait être plus discret dans l'expression) est presque toujours non seulement inouï, nouveau et inutile, mais môme mauvais, infâme et très honteux » ?

C'est cet usage qu'il a combattu et qu'il a essayé d'abolir, il serait injuste de le méconnaître. Encore qu'il fût à même d'être informé de tous les excès qui se commettaient dans les monastères, il ii'a pas cru devoir néanmoins soulever tous les voiles ; d'autres n'ont pas eu les mômes scrupules, et ceux qui ne se passionnent que pour l'amour du vrai ne peuvent que les en féliciter.

Les textes écrits auraient-ils d'ailleurs négligé de nous renseigner, que l'iconographie religieuse suppléerait à ce défaut d'information : jetez un coup d'œil sur cette miniature d'un manuscrit du quinzième siècle, conservé à la bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles (i) : est-il témoignage plus instructif que cette déposition imagée ? On y voit que le châtiment des verges s'appliquait, en présence de tous les moines, et que... le champ opératoire était exposé à tous les regards.

Cela se passait de même dans les établissements de femmes : pour des manquements à la morale,

(i) Sciences et lettres au moyen âge et à Vépoque de la Renaissance, par P. Lacroix.

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pour négligence ou paresse dans l'accomplissement des devoirs religieux, la supérieure infligeait la discipline à la délinquante, en présence de toutes les sœurs, conformément au précepte de Fapôtre : « Confondez les pécheurs en présence de tous. »

Dans une assemblée d'ecclésiastiques, tenue à Aixla-Chapelle, en 817, il fut décidé que les moines seraient fouettés nus, devant tous leurs frères : la pénitence était, paraît-il, plus méritoire, quand elle était appliquée in anima vili (in corpore vili serait plus conforme à la réalité des faits).

Les constitutions des Carmes stipulaient que le niaître des novices les flagellerait doucement, après leur avoir découvert modestement le bas des reins ; dans quelques communautés, les chemises devaient être fendues dans le dos, afin qu'écartées facilement, elles laissassent un champ libre aux verges.

Dans plusieurs couvents, les novices étaient dressés régulièrcmcnl à l'exercice de la discipline. Chez les Ursulincs, une maîtiesse était spécialement chargée de leur apprendre à tenir l'instrument de pénitence, à allonger ou à raccourcir les bras, afin que les coups portassent mieux, et à se maintenir dans une posture décente.

Un des maîtres dans l'art de donner le fouet, le père Julien de la Croix, voulait que les cordes en fussent inégales, « afin que chacune portât différemment et que la douleur fût plus universelle ».

Une fille de Louis XI, Jeanne de' France, avait même inventé une discipline pouvant produire cinq plaies : c'était une croix d'argent, munie de cinq clous, de même métal, mais bien pointus (i).

(i) Curiosilcs lhcolu<jiques, par un Bibliophile (Bhlnet). Paris, Delahays, i8Gi.

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