‹ Moeurs intimes du passé (volume 2)Chapitre 60 sur 71 · LX FUSTIGATION DE SAINT LOUIS · texte numérisé non relu

LX FUSTIGATION DE SAINT LOUIS

(D'après V Album Parmentier, Moyen Age.)

La peine de la fustigation n'était pas seulement appliquée dans les monastères (i) ; bientôt nombre d'évêques s'arrogèrent sur les clercs le même droit que les abbés ou les prieurs exerçaient sur leurs moines.

Bien que les moines, les prêtres et les diacres fussent, par des canons spéciaux, exemptés de la fustigation abbatiale (•:>.), le moine Codescal la subit,' en grand appareil, en présence de l'empereur Charles le Chauve. Un évêque dut, lui aussi, passer sous les verges, par ordre pontifical : Oger, évoque de Spire, fut fustigé, en vertu d'un jugement du pape Jean XII.

(i) Elle l'était encore dans les hôpitaux, dont le service était fait par des femmes appartenant à une eomniunaulé rclif^ieuse et, particularité notable, le fouet y régnait encpre en maîtr»; au dix-huitième siècle, témoin ce qui s(; passait à l'hospice d<' la Charité, de Lyon, en 1745. (Cf. Lyon médical, 4 juillet

(2) A Wurtzbourg, en Fxanconie — est-il rapporté dans un manuscrit en notre possession, intitulé Notice raisonnée des ouvrages de Gaspard Schott, Jésuite — pour entrer dans le chapitre de cette église, il faut faire preuve d'ancienne noblesse. Il s'est conservé, dans ce chapitre, un ancien usage fort singulier, à la réception d'un nouveau chanoine : il se présente, nu jusqu'à la ceinture, au milieu de tous les chanoines rangés en haie, qui lui donnent chacun des coups de verge sur le dos. Cet usage durait encore en 1725.

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Celle peine fui, en maintes circonstances, mise à exécution contre les hérétiques, en un temps où il n'était pa* encore d'usage de les emmurer pendant toute leur vie, ou de les brûler vifs (i). Leur qualité même ne les préservait pas de ce châtiment infa mant.

Le prince Raymond VI, comte de Toulouse, suspect d'hérésie, fut fouetté de verges publiquement, à la porte de l'église Saint-Gilles, à Valence, par les mains du légat du pape. Henri II, roi d'Angleterre, vint recevoir la discipline, en public, pour expier le meurtre de l'archevêque de Ganlorbéry : la liage! lalion se donnait alors avec un balai {'.).).

Le " fils et successeur de Philippe-Auguste, Louis VIII, jugé coupable d'avoir continué de prétendre à la couronne d'Angleterre, lorsque le pape la lui avait ôtée, après la lui avoir donnée librement, dut expier celte rébellion en consentant, par écrit, à payer, au pontife le dixième de ses revenus de deux ans, et à se présenter nu-pieds à la porte de l'église de Notre-Dame, à Paris, avec des verges, pour être fouetté par les chanoines. L'histoire ajoute qu'il ne le fut que sur le dos de ses chapelains.

Henri IV reçut pareillement le fouet, en iSga, mais sur les épaules de ses ambassadeurs, les cardinaux du Perron et d'Ossat.

(i) Lanjuinais, La bastonnade et la flagellation jiniales. {•>) Glossaire archéologique de Gay, art. Balai.

L^AGL^ h T CUL TLÀILS IJISPAKUS '2^'^

Cette flagellation « par procuration » n'était pas une exception : à l'avant-dernier siècle, on trouvait toujours, et un peu dans tous les pays, quelque bon capucin qui rendait son postérieur responsable des péchés de la paroisse entière, et qui, en proportion de la gratification qu'on lui allouait, se fouettait, ou tout au moins assurait qu'il s'était livré à cet exercice. C'est de là que viendrait la fameuse locution espagnole : yo soy cl culo del fray : ce qui, en français, pourrait se traduire : je suis aussi mal en point que le... derrière du frère.

Cette application symbolique se retrouve dans la ( crémonie de l'absolution des excommuniés. L'excommunié devait se présenter les épaules nues (si c'était un homme), devant la porte de l'église, et devant l'éveque ou le prêtre qui présidait à la cérémonie ; lui demander humblement, à genoux et la tête découverte, l'absolution de son péché ; et alors, l'éveque ou le prêtre, après avoir exigé de lui le serment d'obéir aux commandements de l'Eglise, s'asseyait, tenant en la main droite une verge, une baguette, ou une discipline faite de cordes. Il récitait le psaume Miserere Dei, ou tout autre, et, à chaque verset, frappait doucement de sa verge, de sa baguette ou de sa discipline, celui qui demandait l'absolution de l'excommunication.

Le cérémonial était un peu plus solennel pour les 1 vcommuniés d'anathème, ou ceux qui avaient en-

MœURS INTIMES DU PASSÉ

couru l'excommunication pour de grands péchés ou des crimes énormes.

D'illustres personnages, entre autres Guillaume, duc d'Aquitaine, Raimond, comte de Toulouse, Foulques, comte d'Anjou, etc., se soumirent à cette pénitence humiliante. Ce dernier avait fait <(' suffoquer dans un bain » le fils et héritier d'Alain de Bretagne, dont il avait épousé la veuve : en réparation de son crime, il se rendit à Jérusalem, accompagné de deux serviteurs, dont l'un « lui mit hon- Iciisemeiit la coide au cou, comme à un criminel jugé à mort, le traînant jusqu'au Saint-Sépulcre », tandis que l'autre le fouollait sans discontinuer avec un paquet de verges.

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