MONTAIGLON
(2) Nos aïeux considéraient la fustigation comme un des châtiments les plus graves dont ils disposassent, témoin le fait suivant, qui atteste pour le moins leur simplicité : en Quercy, lorsque la récolte était mauvaise, les gens de la campagne couraient aux églises, en arrachaient les saints, les traînaient et les fustigeaient, pour les punir d'avoir laissé grêler leurs champs et gelé leurs vignes (Al. Monteil, Histoire des Français des divers Etats, t. I", xiv® siècle). Au commencement du xvn" siècle, des paysans de la Cornouaille menaçaient les saints de la chapelle la plus proche de leur village de toute sorte de mauvais traitements, s'ils ne leur assuraient le retour des personnes qui leur étaient chères ; elles exécutaient ces menaces, en fouettant ces saintes images, ou en les mettant dans l'eau, quand elles n'ef^ n'obtenaient pas tout ce qu'elles en attendaient. Dans d'autres endroits, on fouettait les autels, comme si la divinité pouvait être sensible aux coiips et aux injures (Sébillot, Folk-lore de France, IV, 167; Alex, du Mège, Statistique générale des départements pyrénéens, t. II, S^S-^', Paris, 18:^8-1820). C'est à une idée de ce genre que paraît se rapporter une autre superstition, pratiquée, fiu xvi^ siècle, dans toute la Gascogne, et notamment à Toulouse, où Bodin en fut témoin, laquelle consistait à traîner « les crucifix et images en la rivière pour avoir la pluye », usage conservé de nos jours
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Le fouet administré coram populo était généralement réservé aux personnes de condition servile. Il arrivait même que le véritable coupable, s'il était gentilhomme, échappait à la répression, alors que sa complice subissait le châtiment dégradant des verges,
Le sire de Gouberville, dont le journal est un aperçu fidèle de la vie du gentilhomme campagnard au seizième siècle, parle d'un sieur de Picauville, qui avait tué l'enfant qu'il avait eu de sa chambrière. Le procès fut jugé à Valognes, le 9^] juillet i55/|, et la
dans une commune des environs de Saint-Palais. A Lumbier, petite ville de la Navarre espagnole, c'est à l'apôtre saint Pierre que l'on demandait la pluie, et s'il n'obtempérait pas à la demande, on menaçait le saint de plonger sa statue dans l'eau, à moins qu'il ne trouvât des cautions qu'il ferait son miracle : il en trouvait toujours ; mais à Perpignan, dans les mêmes circonstances, saint Agricole n'en trouva point : en l'année 1818, sa belle image en bois doré fut jetée dans le Tel, au milieu des cris des pénitents et du peuple ; ajoutons qu'elle fut repêchée un peu plus loin et put être utilisée encore. Les Musulmans de la côte d'AfrJx[ue plongent de même leurs marabouts, des saints vivants, d»ns la mer ou dans les rivières, quand la sécheresse se prolonge, sans qu'on puisse découvrir le motif de cette coutume. La pensée d'opposer les choses saintes comme une digue à des eaux débordées offre une teinte plus chrétienne. L'efficacité du moyen est constatée dans les archives de Luz où, en 1678, la rivière de « Lyse » menaçant d'engloutir toute la contrée, on &t sortir la procession : à la vue du saint Sacrement, le torrent recula et rentra dans son lit. (Superstitions et Légendes des Pyrénées),