‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 107 sur 134 · B.vBDOUx, Revue des Deux Mondes, décembre · texte numérisé non relu

B.vBDOUx, Revue des Deux Mondes, décembre

2. Mémoirea, correspondance et ouvrages inédits de Diderol t. II, 61.

deux autres appartenaient au Parlement de Paris.

De Borda, du présidial de Dax et correspondant de i'Académie, se livrait à l'étude de la physique.

Le président Joubert du Bosc, de la Cour des aides de Montpellier, également correspondant de l'Académie, lit à la docte assemblée de fréquentes communications sur l'histoire naturelle ; enfin, le plus illustre de tous les magistrats amis des sciences, Lamoignon de Malesherbes, adressait à la Compagnie, dont il était membre honoraire, d'intéressantes notes sur des points de botanique et de sylviculture '.

C'était une véritable émulation : il n'était g-uère de châteaux, de maisons seigneuriales où il n'y eût un cabinet de physique ou de sciences natuelles.

Au château de Brienne, un grand salon servait 'de cabinet de physique expérimentale, garni des plus beaux instruments : là, M. de Parcieux, célèbre professeur de chimie et de physique, venait, chaque année, faire un cours, instructif et récréatif, de ces deux sciences.

Cette vulgarisation, quand elle s'appliquait à une

I Science d'un maniement aussi délicat que la méjdecine, et particulièrement la chirurgie, n'allait I 1. Alf. Maury, l'Ancienne Académie des Sciences ; cf. Chateai;- Ikiand, Mémoires d'Oulre-lombe, t. I, 373 et suiv.

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pas sans ((iielqiie clcsa<>iéinenl |)Oui' ceux ([ui servaient de sujets d'expérience.

On coniiail laNenluie du duc d l'][)ei'Uon ; elle nous servira, tout à la fois, d'épilogue et d'enseignement.

Le duc d'Kpernon s'était pris de fantaisie pour la chirurgie. « Il saigne, il trépane tout ce qui se rencontre », rapporte Mlle Aïssé.

In cocher s'étant fracturé le crâne, il s'empresse de le trépaner. En aurait-il réchappé si on ne l'eut |)oint opéré, nous n'oserions en répondre ; toujours est-il que « le pauvre homme fui bienlôl expédié avec un pareil chirurgien ».

Voilà, en somme, à quoi pouvait conduire celle manie, qui fut trop encouragée, des femmes du mon(h> et des personnages de qualité, se mêlant d'apprendre à saigner, à médicamenter, à trépaner leurs semblables.

Peut-être y eut-il des maladroits autre part qu'en dehors de. l'Ecole; du moins voudra-t-on convenir que le diplôme ne confère qu'exceptionnellement, à qui le conquiert par des études sérieuses, un brevet d'ignorance.

C'est, quoi qu'on prétende, une garantie, et pas aussi illusoire que les médisants de notre art voudraient le faire croire.

N'est-il pas recuiiuu que, dans le temps même où l'homme semble vouloir se libérer de la religion, il soit plus enclin à cette faiblesse qu'est la superstition ? N'est-ce pas au siècle philosophique, au siècle des esprits forts, que le merveilleux trouva le plus d'adeptes ?

Des âmes éprises de mystère, toutes les époc(ues eu ont connu; mais n'est-ce pas un sujet d'étouuemeat que ce « besoin furieux de surnaturel », qui pousse aux pratiques les plus étranges une société avide de s'instruire, mais à qui la Science n'apporte qu'un aliment insuffisant ?

Les femmes, à cette époque, autant que les hommes, se targuent d'incrédulité, mais elles croient aux horoscopes et à la pierre philosophale. Et les plus affranchies, ou qui paraissent l'être, n'échappent pas à la folie ambiante.

:U4 MœURS INTIMES DU PASSE

Telle croit à la corde de pendu ; telle autre s'épouvante du sel renversé ou des fourchettes en croix. La curiosité du diable les travaille tellement, pour la plupart, qu'elles font, pendant des heures, antichambre chez la diseuse de bonne aventure ou la tireuse de cartes, quand elles n'assistent pas à des séances d'évocation, où elles attendent, avec une patience exemplaire, que Satan daigne se présenter, paré de tous ses attributs.

Et ce ne sont pas allégations vaines ou affirmations téméraires : les témoignages abondent et leur choix seul nousj^ause de l'embarras.

C'est Mme de Pompadour, qui s'échappe la nuit du palais où les gardes sommeillent, pour aller consulter la Bontemps, qui lit l'avenir dans le marc de café.

C'est la princesse de Conti, qui tient des assemblées où des bergers amènent des lièvres possédés de l'esprit malin; tandis que, chez Mme de Charolais, au château de Madrid, on renouvelle au naturel les scènes les plus impudiques du sabbat ^

Au milieu du dix-huitième siècle, Louis XV rég-nant et Voltaire vivant encore, un M. de la Fosse se (latte de faire voir le diable, un diable de la meilleure compagnie, à un groupe de femmes

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