‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 113 sur 134 · Œuvres mêlées, traduction Anijot · texte numérisé non relu

Œuvres mêlées, traduction Anijot

une lésion pathologique; qu'une forte pression sur un point du cerveau est capable de paralyser la mémoire, suspendre la faculté du langage, ou déterminer tout autre trouble de nos fonctions cérébrales. On s'est aperçu, depuis, que ce divorce de la science d'avec la philosophie ne pouvait que nuire à celle-ci, et plutôt que de voir refleurir les beaux jours de lascolastique, que mieux valait ménager un rapprochement, sceller un pacte de réconciliation entre ces sœurs ennemies.

11 en va de même pour les rapports de la science et de l'histoire. Dire qu'il n'y a rien de commun à ces deux domaines, les vouloir délimiter par des cloisons étanches, cela est aussi absurde que de proclamer l'incompétence du médecin en matière de critique, artistique ou littéraire.

Ily a, objecte-t-on parfois, le pli professionnel, qui porte le médecin à chercher les verrues, à dénoncer les tares des personnages qu'il soumet à sa vivisection, ou dont il fouille les viscères avec son scalpel, si son introspection ne s'applique pas à des vivants.

Jadis, l'historien opérait par larges touches, peignait à fresque, ne voyait f[ue l'ensemble : l'homme disparaissait, les détails se noyaient dans la masse. La réaction contre ce système nous aurait conduits à une exagération en sens inverse : c'est peut-être exact, mais n'y avons-nous pas gagné

LA VIE d'Étudiant sous le premier empire 395

de connaître plus précisément, plus intimement, telle ou telle personnalité dont les actes nous avaient paru énigmatiques, avant que nous ayions étudié la constitution physique de leur auteur?

A entendre les détracteurs de cette méthode, ce n'est plus le bourreau de Joseph de Maistre, c'est le médecin qui serait devenu la pierre angulaire' de l'histoire et des sociétés modernes ^ Nos prétentions ne vont pas jusque-là, mais nous avons bien le droit de prétendre que, de par sa culture générale, de par son habitude d'observer, le médecin est, plus que quiconque, apte à noter ses impressions, à les traduire d'une manière fidèle autant que concise. Appelé, par le privilège de sa profession, à pénétrer dans tous les milieux, pour peu qu'il soit curieux de son art et de son temps, il lui est loisible d'amasser une riche moisson de documents, de lier une belle gerbe d'observations; et si l'historiographe est doublé, chez lui, d'un psychologue, il saura tirer des événements dont il a été le témoin, la moralité qu'ils comportent, et en doubler à nos yeux l'attrait.

Dans les Souvenirs d'un médecin de Paris, qui ont récemment paru-, le docteur Poumiès de la Siboutie se révèle, tour à tour, selon l'expression

1. V. du Bled, la Société française du seizième au dix-neuvième siècle ; les Médecins, 219.

Page 1