OUS LOUIS XV
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tortures qu'on leur faisait subir, qu'il n'eut plus que la pensée de les faire disparaître.
Pinel était médecin à la Salpêtrière, au moment où y arrivait iioti-e narrateur; il avait dél^uté par Bicôtre, dont il avait été nommé médecin par décret du 25 août 1793.
Il entrait en fonctions le 11 septembre suivant, comme médecin des infirmeries, dont dépendait le service des aliénés.
La première réforme à accomplir était l'abolition des chaînes, car l'usage des chaînes de fer, pour contenir un grand nombre d'aliénés, était encore dans toute sa vigueur. On était en pleine Terreur, la Commune était au pouvoir, la loi des suspects toujours appliquée. Pinel n'ignorait pas qu'il jouait une grosse partie ; il la tenta courageusement.
Il se présenta, nous dit le dernier en date de ses biographes ', à plusieurs reprises, devant la Commune, pour y exposer sa requête, y faire entendre ses plaintes, ses réclamations. Le président de la Commune était alors le paralytique Couthon qui, voyant partout des embûches, traita sans façon Pinel d'aristocrate. « Malheur à toi, lui dit-il, si tu nous trompes, et si parmi les fous tu caches des ennemis du peuple ! » Pinel,
1. Docteur René Semelaigne, les Grands Aliénistes français, t. I (Paris, 1894).
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sans s'émouvoir, lui répliqua que ce qu'il avançait était l'expression de la vérité et que sa mission était toute médicale. « Nous verrons bien », lui lut-il répondu, et le lendemain, le fougueux conveiitionnel se faisait transporter à Bicétre.
outhon était porté à bras d'hommes. Pinel le conduisit dans le quartier des agités, où la vue. des loges l'impressionna péniblement. 11 voulut interroger tous les malades. U ne recueillit de la plupart que des injures et des apostrophes grossières.
11 était inutile de prolonger plus longtemps l'enquête. Se tournant vers Pinel, Couthon l'apostrophait en ces termes : « Ah ça, citoyen, est-ce que tu es fou toi-même, de vouloir déchaîner de pareils animaux ? » Pinel lui répondit avec calme : « Citoyen, j'ai la conviction que ces aliénés ne sont si intraitables que parce qu'on les prive d'air et de liberté. — Eh bien ! fais-en ce que tu voudras; mais je crains bien que tu ne sois victime de ta présomption. » Et là-dessus, Couthon prenait congé de celui qui allait entreprendre son œuvre de réforme bienfaisante et allait accomplir son rêve de philanthrope avisé.
Sans plus tarder, Pinel se mit à la besogne, et eut la satisfaction de constater la justesse de ses vues. « Les même aliénés, écrira-t-il un jour, qui, réduits aux chaînes pendant une longue suite
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d'années, étaient restés dans un état constant de fui (MU. se promenaient ensuite tranquillement avec un simple gilet de force, et s'entretenaient avec tout le monde, tandis qu'auparavant on ne pouvait en approcher sans les plus grands dangers. » Une fois de plus, les faits triomphaient des préjugés.
Pinel eut le regret de ne pas voir la fin de cette coutume, barbare et routinière, de châtier les fous comme des criminels, avant de quitter Bicêtre pour la Salpêtrière, où il allait poursuivre son apostolat. Ce n'est, en effet, que plus tard que les dernières chaînes furent enlevées des loges, en attendant que les loges elles-mêmes fussent plus sainement aménagées.
Le 24 floréal ail III (13 mai 1795), Pinel avait pris possession de son service de la Salpêtrière ; il y avait donc dix-sept années qu'il occupait cette fonction, quand Poumiès de .la Siboutie, dont nous reprenons le récit, entra en relations avec lui. Les élèves affluaient à ses cours et, à l'hôpital, ses cliniques étaient très suivies. Bien que sa diction fut saccadée, pénible, lorsqu'il parlait, avec une mimique qui rappelait son origine méridionale, l'auditoire était suspendu à ses lèvres.
« Pinel avait le tact médical au suprême degré, il se trompait rarement. Il avait en horreur tout
ce qui senlait la pose, l'affectation, le charlatanisme. »
Ce que l'on doit ajouter à ces appréciations c'est qu'à ces paisibles vertus de modestie, de candeur, de droiture, Pinel ajoutait une vive compassion pour le malheur et un vérital)le courage. Ce courage, si rare dans les discordes civiles, il sut en donner la preuve pendant la Révolution : on sait le risque qu'il courut, en procurant une retraite à son ami Condorcet, à qui l'échafaud était promis et qui échappa par une mort volontaire au glaive de la loi; on ignore peutêtre qu'il arriva souvent à Pinel de cacher parmi les malades de son hôpital des infortunés ([ui lui durent la vie ^.
En même temps que les leçons de Piuel, notre interne suivait des cours particuliers d'accouchement. Il nous en donne un tableau des plus vivants.
« Ces cours d'accouchement se faisaient dans une salle de l'hôtel de Cluny, occupé entièrement par des familles d'ouvriers et par divers industriels ~. »
Le professeur d'accouchements était, à l'époque,
1. V. son éloge, par Pariskt, t. I de iJJisl. des membres de l'Ae. roy. de médecine.
2. Ce ne fut qu'en 1836 que cet hùlel fut loué en lolalité par M. du Sommerard, qui y installa ses collections du moyen âge et de la Renaissance : ce fut l'embryon du musée de Cluny.
le ])cir (".apuioii, (excellent hoiiinie, connu par ses excentricités.
« Il était grand. niaiL!,i(\ \(''hi. en liiver comme en été, d'nno jx^litr cl minet' icdinooto, ])liis ou moins rApét\ Il a occupe, [xMulanl j)lns de cinquante ans, le même logement, rue Saint-Andrédes-Arts, avec 400 francs de loyei-. A l'cweejjlion de sa bil)liothè((ne, pour la(|uelle il n'épargnait rien, il s'étail appli(|né à déjienser le moins possible. Il prenail ses ii'j)as dans les modesles restaurants du ])ays latin, au milieu des étudiants. Il était aussi économe de son temps que de sa bourse : tous les matins, il suivait la clinique des hôpitaux, déjeunait avec un morceau de [)ain et de fromage, faisait à pied sa clientèle, c{ui lui donnait au moins 25 ou 30.000 francs; après quoi il se mettait à ses livres et ne les quittait que forttaj'd dans la nuit. » Ce bon Capuron ! Il a été l'auditeur et l'élève de trois générations de professeurs, d'agrégés, de tout médecin ou chirurgien qui a fait un cours sur une spécialité quelconque des sciences médicales.
Quelqu'un qui paraît l'avoir bien connu * nous dit avec quel respect religieux il assistait — le chapeau sur la tête, car ce chapeau, non moins vénérable par son antiquité que sa redingote, ne