‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 118 sur 134 · Cf. la Chronique médicale, l" mars 1907, pp. 153 el suiv · texte numérisé non relu

Cf. la Chronique médicale, l" mars 1907, pp. 153 el suiv

Çorrcze, venu à Paris en 1808, pour y « faire sa médecine ».

Fraîchement débarqué dans la capitale, notre provincial mandait à son frère, qui l'avait sans doute, dans une lettre précédente, admonesté et engagé à restreindre ses dépenses, comment il allait s'y prendre pour lui donner satisfaction.

Nous lui cédons la plume.

A M. Mongibaud, demeurant à Juillac — par Drive — département de la Corrèze.

Paris, 24 janvier 1809.

Je viens de recevoir, mou clier frère, ta lettre avec les 150 francs que lu m'as envoyés par M. AU^ert. Tu me fais des reproches de ce que je vis à dix écus par mois, je n'y vis plus maintenant, il ne m'en coûte que 16 sols. Je vais aussi quillcile logement où je suis, ear je suis trop éloigné de la Charité; je vais demeurer avec uii nommé Cruveiller *, d'Userchc, qui a 4 ans d'éludés, il me fail Taire un second cours d'osthéologie pour que je sois capahle de disséquer avec lui, et il me fera bientôt faire ses pansements, (c'est un brave gardon). ù\ chambre que nous allons prendre nous coûtera 18 francs par mois (chacun 9 francs) et elle est tout près de la Charité. 11 sera bientôt reçu comme interne dans l'hôpital où il aura son logement gratis et 25 louis d'appointeaient; il m'a promis qu'il

1. Jean Cruveilhier, né à Limoges en 1791, mais dont la famille était d'origine corrézienne, était venu étudier la médecine à Paris, dans le service de Dupuytren, auquel il devait succéder plus tard. Professeur à la Faculté, médecin des hôpitaux, président de l'Académie de médecine, il fut promu, en 1873, commandeur de la Légion d'honneur; il mourut en 1874. (A. L.)

LA Vlli U ETUDIANT SOUS LlC PREMIER EMPIRE 431

me iV'iait (leracuRT av<>c lui et qu'il no m'en coûterait rien. . . . Je te prie de me croire toujours ton bon frère.

J.-B. MONGIBAUD.

De tous temps l'étudiant a passé pour bruyant et frondeur; celu^ci ne fait pas démentir la tradition. On lui a dit qu'une pW|| qui se joue à l'Odéon ne vaut rien, ses camarades et lui vont la siffler. On va voir de quelle façon, agissant avec les étudiants aussi vigoureusement qu'avec des insurgés, le mari de Mme Sans-Gêne savait faire, à l'occasion, respecter l'ordre au théâtre.

A M. Mongibaud fils, demeurant à Juillac — par Brive — déparlemenl de la Corrèze.

Paris, ce 17 mars 1809.

Mon cher Frèhe,

Étant sur le point de prendre mon inscription, et ayant déjà pris le numéro, je me trouvais sans argent . . . mais aussi je n'aurais pfis besoin de me faire commissiouner, car sans cela J<3 serais déjà en Allemagne ou en Italie comme chirurgien de 3* classe, parce que l'on en demande i)caucoupi

Tous mes cours de médecine vont finir bientôt et nous allons commencer ceux de chirurgie, aussi il me faut acheter la Nosographie philosophique de Pinel en deux volumes; il me faut aussi Lafaye en quatre volumes, et la seconde édition de llicheran.

Je ne pouvais pas avoir de pansements à la Charité, j'ai été à rilôtel-Dieu ; on m'en a donné de sorte qu'il s'y est ti-ouvé un malade qui avait la gale, et je l'ai attrappée. J'ai demandé à M. Boyer une cousuliatjon ; il m'a ordonné de prendre 42 bains chauds <jui me coûtent 25 sols pièce el ensuite de la

pomnicule qui m'a coùtû (i J. Aussi jiii |ii'is liiO I. de AI'' Dumas que vous voudrez, hicii lui ivuiclliv, car j'avais licsoiii de l'aire remonler mes Ixdtcs l'I (racliclcr une paire de s(uiliei's, car quand on a des marches à faire ciii(| à six l'eis par jour siii- le pavé l'on eu use.

Je ne (lois pas vous passer sous sileuce une affaire (|ui nous est arrivée à tous les éludiauls. .M. LeiuiM'cier avaul fail u ue nouvelle pièce inlilnlée Chrislojthc Colomb, nos t'Iudianls ayant entendu dire que celle pièce ne valail lieu nous avons forme le projet d<' la siffler, nous a\ons élé à l'Odéou on se donuail celle jiièce (il y avait au moins ceul mouchards el Irenle officiers de police dans le pai-lerre), de soi'le (|ne (|naud ou a eu joué deux scènes, les sifflets onl comiueiu'é de loule part, el on n'a pas voulu laisser jouei' la pièce; aloi's le iiiaivchal Le Fevre a ordonné an\ (dficiers (d an\ militaires de lomher à conp> de -;dire r\ di' hayonnelles sui' le j)arlerre de sorte que plusieurs jeunes irens se s(mt saisis de sahres (d de fusils et se sont (hd'feiidus ; il y a eu un militaire tué (d trois ou quatre de hlessés, ainsi (|ne plusieurs jeunes liens (d moi. J'en suis quitte par un coup de liayouuelteù nnni liahil, il y a eu plus de cent élèves en droit arrêtés dont 40 sont eu ]»rison et n'en sortiront pas encore. Jamais plus de la vie pareille chose ne s'était vue. Je finis en l'embrassant et le prie de me croire toujours ton bon frère.

J.-B. MONGIBAUD.

Notre étudiant pouvait s'estimer heureux de s'en être tiré à aussi bon compte.

Napoléon, dans une circonstance à peu près semblable, avait fait montred'une tout autre sévérité. C'était en 1806. Une représentation avait été troublée au théâtre de Rouen par quelques jeunes gens, et la troupe, comme dans le cas précédent, avait dû intervenir. L'empereur,

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instruit de l'incident, écrivait, d'une plume irritée, à son préfet de police : ■

Ceux des jeunes gens qui ont fait tapage au spectacle de Rouen, qui ne sont pas mariés et qui ont moins de vingt-cinq ans, seronBï|[^oyés au 5" de ligne, qui est en Italie. Faitesles mettre sur-le-champ en marche. En vivant avec les militaires, ils apprendront à les connaître et verront que ce ne sont pas des sbires.

On se le tint pour dit, pendant quelque temps, — et la jeunesse recommençait trois ans plus tard, comme nous l'apprend la lettre ci-dessus reproduite.

Mais cette rébellion n'eut sans doute pas de lendemain; du moins, il n'en est plus question dans la correspondance de notre étudiant, qui revient à des questions plus terre à terre, toucliant de plus près à la vie matérielle.

De nouveau, le jeune homme a recours à la bourse fraternelle; mais cette fois, il emprunte la plume d'un ami, pour négocier une allaire aussi délicate. Celui-ci s'aajuitte, du reste, en conscience, de la tâche qui lui a été confiée et ne cherclie à rien farder d'une situation vraiment pitoyable.

A M. Mongibaud à Juillac par Brive dépariemeni de la Corrèze.

Paris, ce 15 octobre 1809.

Monsieur,

Si j'ai tant tardé à vous répondre, c'est que je n'avais pas trop de temps à moi, et que d'ailleurs votre frère n'était pas

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dans une grande nécessité mais anjoni-dhiii j'y suis forcé par le Ix'soin qu'il a ; il fait ici beaucoup de froid et il n'est hal)illc que pour rété et il a besoin d'habits pour l'hiver ; aussi je vous exhorte à lui envoyer de l'argent car je crains (|u'il ne prenne du mal. J'ai été ol»ligé de lui acheter un pantalon car il serait impossibI(> (|ii'il pu résister dans les araphitéàtres.

Quand au traiteur dont vous me parliez, il n'a point pu y aller, car M. Dounève a été obligé de quitter parce qu'il a été manqué d'être empoisonné de sorte ([u'il est toujours cliez le môme.

Je vous salue, Monsieur, et suis toujours votre serviteur.

Breuil.

Il n'est qu'une lacune à constater dans cette correspondance : tandis qu'il nous instruit de tout ce qui a trait aux premières nécessités de la vie, que ni le tailleur ni le traiteur ne sont oubliés, notre étudiant se montre, sur le chapitre des amours, singulièrement réservé. Serait-ce qu'il mettait quelque pudeur dans ses confidences à son frère ; ou les Musette et les Mimi Pinson n'étaicnt-elles pas encore nées? La première hypothèse est, évidemment, des deux la plus plausible.

Car la grisctte n'était pas un mythe S même à cette date ; nous n'en voulons pour preuve que cette page, à peu près inconnue, d'un témoin contemporain des événements qu'il raconte :

<( La moitié de l'étudiant, c'est la grisette. Le printemps de celui-ci se rencontre avec celui de ces jeunes filles

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