Lettre du 14 décembre
448 MœURS INTIMES DU PASSÉ
Il y a, comme on voit, de tout un peu dans ces lettres, écrites au courant de la plume, sans pose et sans prétention. S'il y est souvent question de la pluie et du beau temps, on peut y relever nombre de menus faits, qui sont et qui resteront la meilleure monnaie de l'histoire.
Où trouverait-on, un tableau plus fidèle de la situation politique que dans les lettres qui vont suivre, et qui dénotent un esprit d'observation et un sens pratique, tout professionnels ?
«... Il circule de mauvais bruits dans Paris sur Tile Sainte-Hélène (la lettre est datée de novembre 1818)... la garnison s'est révoltée... On craint peu Bonap.. {sic), mais on a peur d'une diablerie plus forte que le changement du tribunal d'Arles, et le gouvernement se bat les flancs pour soutenir les fonds. Les Parisiens sont si drôles qu'on parle de tout en riant et en faisant des calembours. Nous verrons si les Chambres riront. J'ai rencontré le père 18 dans sa voiture. Je l'ai vu dans le fond assis comme un bon père...
On ne crie jamais : Vive le Roi ; cependant il n'y a que les ultra qui ne l'aiment pas. J'ai vu à l'Opéra la pauvre «duchesse de Berry; elle est toujours en rose, chapeau et robe; les Parisiens n'aiment pas les femmes qui ne font pas d'enfants. On ne fait point d'acclamations non plus pour elle ; elle est bien peu jolie... »
Pas très galant pour la duchesse, le confrère!
Un mois plus tard, l'horizon politique se rassérénait :
« Bonaparte n'a pas réussi à s'échapper; on ne le craint plus... »
Le peuple, pas plus du reste que les fidèles du parti, ne montrent grand enthousiasme pour le souverain régnant. A part les ultra ^ « très contents du discours du Roi, personne n'a crié : Vive le Roi, le jour de la messe et de l'ouverture, hors la salle du mpins... »
11 n'y avait pas foule pour voir « le magnifique cortège des voitures dorées, des princes, des ducs, des valets galonnés, des dames de la cour couvertes de diamants, des troupes de la garde qui sont superbes » ; et, « cependant, il ne faisait pas froid ». La réflexion ne manque pas de piquant.
Survient une crise ministérielle; la vie de Paris n'en est pas pour cela troublée.
« A Paris, la tristesse ne gagne pas le dessus. On vous dit d'un air consterné que tout est perdu, et soudain on se déride le front pour inviter une demoiselle à une contredanse. Il y a même des gens, hommes ou femmes, qui ne se donnent pas la peine de prendre l'air de ce qu'ils disent, et c'est avec la physionomie la plus calme qu'on vous assure qu'on est au désespoir ^ »