ÉTUDIANT ET SA GUISETTE
LA VIE d'f-'TUDIANT EN l83o 463
A la Charité, la vieille expérience du doyen de nos chirurgiens lui sera également utile pour la pratique de son art et pour la manière de se conduire dans le monde. Les histoires que raconte M. Boyer sont comme les fables du bon La Fontaine : elles renferment toujours une morale dont on fait son profit. L'habileté savante de M. Roux lui apprend jusqu'où l'art peut aller pour réparer les désordres et les accidents de la nature.
Les occupations d'un étudiant en médecine sont si variées, qu'il serait beaucoup trop long de les retracer toutes dans un article de peu d'étendue.
Aux hôpitaux, depuis six heures du matin jusqu'à dix heures ; passant de la chirurgie à la médecine, de l'étude des maladies externes à celle des maladies internes, des opérations à l'examen des organes cachés, il a à peine le temps de déjeuner, avant d'aller retenir sa place au cours de chimie deM.Orfila ; aussi le voit-on bien souvent casser en route la flûte de deux sous, et terminer son frugal repas sur les bancs môme de l'École.
Après la chimie, viennent les cours d'anatomie, de physiologie, de pathologie, etc. Pendant l'été, la physique, la botanique occupent ses journées et le soir encore, on le retrouve assidu aux cours particuliers, aux conférences dont lesaffiches placardent nos murs.
Ici, un jeune professeur, qui n'est pas encore
lui-même sorti des bancs de l'École, suivant les traces de M. Magendie, interroge la nature sur des animaux vivants; là, des élèves se réunissent autour du mannequin, pour s'exercer dans l'art des accouchements ; mais, hélas ! le mannequin n'est pas suffisant pour achever cette étude difficile; c'est à peine si j'ose vous dire que de malheureuses femmes se mettent volontairement entre les mains des élèves, pour compléter leur instruction.
Venez avec moi rue de La Harpe, entrez dans cette salle obscure, voyez contre le mur cette pauvre femme dont l'extérieur annonce la misère; elle est là, debout, prête à servir aux démonstrations du professeurpour gagner trente ou quarante sous. Cette autre ressent déjà les premières douleurs de l'enfantement ; elle s'est fait transporter dans ce lieu ; les élèves l'entourent, en attendant le moment où ils pourront contempler le phénomène le plus admirable et le plus attendrissant qu'on puisse voir, la naissance de l'homme: c'est ordinairement là le complément des études de l'élève en médecine ; il est arrivé au terme de sa vie d'étudiant; bientôt il aura passé ses examens; il aura soutenu sa thèse, et il s'empressera de faire graver ses cartes de visite avec son titre de « Docteur de la Faculté de Paris ». Alfred Donxé K