DE MURGER A NOS JOURS
L'étudiant, dit un écrivain qui nous donne une description du « Quartier latin en 1845», peut être personnifié par « un écolier du moyen âge, resté sur la rive gauche de la Seine, dont les goûts et le costume ont changé avec le temps et la mode, mais dont l'esprit est resté le même. Jehan, le frère de l'archidiacre Claude F'rollo, habite toujours la rue Saint-Jacques ».
Seules, peut-être, leurs opinions littéraires ont varié. En 1809, ils se seraient fait tuer pour les trois unités d'Aristote. Un auteur dramatique de cette époque, plus célèbre aujourd'hui par son prénom que par ses œuvres, Népomucène Lemer^ cier, eut l'audace, dans sa tragédie de Christophe
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Colomb, de faire passer un acte en Europe et un autre acte en Amérique : il y eut, à l'Odéon, où fut représentée la pièce, une émeute, presque une insurrection.
En 1830, les étudiants étaient tous, ou à peu près tous, romantiques. On les vit à la première d'Hernani où ils ne furent pas les derniers à claquer des mains. Il est juste d'ajouter que, s'ils étaient bruyants au théâtre, ils se montrèrent braves dans la rue: aux journées de Juillet, bien des héros se comptèrent dans leurs rangs. L'f^cole de droit, l'École de médecine fournirent plus d'un combattant ; le pavé des barricades fut rougi du sang de nombre d'entre eux.
Au temps de Murger, qui a fait, d'ailleurs, de la vie de Bohême, une peinture dépourvue d'exactitude, sinon de pittoresque, les étudiants se divisent, comme dans les périodes qui précèdent, en étudiants riches et étudiants pauvres.
Ceux-ci continuent à peupler le quartier des écoles, « un des plus vilains quartiers de la capitale », avec « ses rues sombres et tortueuses, ses carrefours étranglés, rendez-vous de cinq ou six ruisseaux bourbeux, dont les eaux jettent dans l'air des miasmes pestilentiels ». C'est dans ces marais Pontins de la cité parisienne que viennent, chaque année, s'abattre des centaines de jeunes gens, rayonnants d'ardeur et d'espoirs.
LA VIE d'Étudiant, de murger a nos jours 467
Ils logent à peu de frais dans ces vieilles masures, branlantes et salpêtrées. Habitant un bouge, leur toilette est à l'unisson de leur logement : elle est misérable ; leurs camarades plus rentes émigrent déjà sur l'autre rive, dans un hôtel propre, sinon dans un appartement confortable et parfois luxueux.
Sans nous préoccuper de la catégorie sociale à laquelle il appartient, disons la vie que mène l'étudiant, de 1850 à 1860, pour prendre une date approximative.
Gomme nous l'avons fait jusqu'ici, prenons pour modèle l'étudiant en médecine ; et, afin de ne pas nous laisser accuser d'obéir à la fantaisie de notre imagination, demandons à un historiographe contemporain ^ de nous servir de guide.
L'étudiant en médecine vit tout autrement que l'étudiant en droit,: sa mise est moins recherchée, ses habits moins nouveaux de coupe, sa tenue moins élégante.
De grand matin il se lève, pour se rendre à l'hôpital; il n'en sort que pour aller aux cliniques, aux cours, aux amphithéâtres de dissection. S'il abandonne le scalpel, c'est pour reprendre la pipe : il fume la pipe jusque dans la rue, où il ne rougit