‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 129 sur 134 · SCÈNES DE LA VIE D ETUDIANT · texte numérisé non relu

SCÈNES DE LA VIE D ETUDIANT

(D'après Gavarni).

un mot, leurs sifflets étaient purement littéraires.

« J'allais presque le croire, ripostait malicieusement l'un des frères, quand, à la dernière phrase de la lettre, j'ai trouvé une superbe faute d'orthographe, une de ces fautes d'orthographe qui demandent cinq personnes pour la commettre ».

La vengeance était anodine, elle n'était pas dépourvue d'esprit.

La même année (1865) et les années suivantes, les étudiants poursuivaient leurs exploits bruyants. « En ce moment, relate un annaliste, auquel nous devons de véridiques et curieuses Ephémérides^, l'Ecole de d roit et l'École de médecine sont furieusement travaillées par l'esprit révolutionnaire.»

Des jeunes gens de ces deux Écoles s'étaient rendus à un Congrès d'étudiants européens, réunis à Liège, pour se concerter sur diverses méthodes d'enseignement. Les étudiants français firent leur entrée dans cette ville, avec un drapeau noir, voulant signifier par là que la France était veuve de ses libertés.

La jeunesse des écoles fournissait alors des recrues à la démagogie, arborant l'étiquette jacobine en politique, comme elle se glorifiait d'être athée en matière de religion.

(1) L'auteur des Calendriers d'un bourgeois du quartier lalin, M. Henri Dabot.

1870! la guerre, la chute de l'Empire, la Commune ! La jeunesse se confond avec la nation et n'a pas d'histoire distincte.

Dix ans se passent.

Sur la génération de 1880, nous avons un témoignage et le témoin est, entre tous, autorisé. M. Vallery-Radot,qui rappelle très opportunément le mot de Bersot, parlant de l'École Normale : « ici, il y a un coin de France qui va bien », nous fait un tableau séduisant de cette armée de la jeunesse, un peu dispersée jusqu'alors, se croyant sûie d'elle-même et qui rassemble toutes ses forces, pour entreprendre une grande œuvre. Elle avait senti que, « dans notre époque troublée par des malentendus, qui sont toujours à la veille de devenir des haines, elle avait un glorieux but à se proposer : le rapprochement des classes ».

C'est alors que s'organisèrent ces cours populaires, destinés à relier la jeunesse des écoles à celle des ateliers, et que plus de cinq cents jeunes

gens, développés en tirailleurs, parcoururent loiit Paris, du boulevard Voltaire à Montrouge, en passant par le fond des BatignoUes et les hauteurs de Passy, cherchant, ici dans un grenier, là dans les Cjuatre murs d'un vieux bal de carrefour, une installation ou un campement, peu importait, pourvu qu'on eût l'emplacement d'une chaire et l'espérance d'un audiloire ' : ainsi naquit VUnion française de la jeunesse.

Les étudiants d'aujourd'hui sont-ils si différents qu'on l'a prétendu, de leurs aînés ? Les jeunes générations valent-elles moins que celles qui les ont précédées ? Nous n'aborderons pas un sujet qui a été traité ailleurs avec ampleur'^.

Comme le faii^aient déjà remarquer, il y a un quart de siècle "^^ des observateurs clairvoyants, autant que journalistes avisés, les étudiants d'aujourd'hui se distinguent des étudiants d'autrefois et même des étudiants d'hier, par un« qualité toute moderne, le sens pratique. Ils s'amusent avec gravité, font des folies raisonnables, partageant leur temps entre de laborieuses recherches et des plaisirs discrets et tarifés.

Elle n'est pas sans vérité, celte description

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