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STALLES DE LA CATHKDRALE DE ROUEN

38 MœURS INTIMES DU PASSE

lade, tout nous incite à accepter Topinion du docteur P. Derocque : comme lui, nous croyons qu'il s'agit d'une phlébotomie.

On s'explique mal, au premier abord, la présence dans un édifice religieux de pareils sujets. Mais, après réflexion, rien de plus naturel : les artistes ne faisaient que reproduire un épisode de la vie courante (1) ; or, la saignée n'était-elle pas une opération journalière et des plus répandues au moyen âge ?

De mume s'expliquent tous les actes physiologiques (2) dont la représentation atteste la gauloiserie de nos pères.

(1) Dans cette même église de Rouen, nombre de stalles représentent des personnages se livrant aux occupations de leur métier : on y voit, outre les chirurgiens dont nous venons de parler, une ventrière ou sage-femme, un barbier dans l'exercice de ses fonctions ; des cardeurs, des tondeurs de drap, des cor-' donniers, des marchands de galoches ; un magister, en train d'infliger une correction à un de ses élèves un peu plus bas que le dos; une jeune et jolie poissonnière; une marchande de charbon; une moissonneuse; des vendangeurs; un alchi- Uiiste travaillant au grand œuvre, etc.

(2) On n'en finirait pas d'énumérer toutes les représentations d'actes physiologiques qui se voient sur les monuments religieux ; citons-en seulement quelques-unes. A Notre-Dame-de-l'Epine, près de Châlons-sur-Marne, en dehors de l'église, au niveau de l'abside, une bonne femme, à demi accroupie, relève sa jupe pour satisfaire un « petit besoin >>. Dans l'église de Saint-Cu-

Les gargouilles vomissantes de l'église Saint- Urbain de Troyes (p. 41), le personnage douloureusement contracté, dans son attitude fortement penchée, de la cathédrale de^Laon, notre ami Félix Regnault (1) a raison de nous les présenter comme les plus sincères illustrations et les plus vraies de la séméiologie du vomissemenl.

A cette époque, qui ignorait la fausse honte, la nature ne s'affublait pas d'un masque, elle s'étalait dans toute sa simplicité. Sur un contrefort de la cathédrale de Saint-Brieuc, un homme pose bas culotte et le peuple irrévérencieux l'appelle Saint-Chioux (2). Au musée de Gluny, une gargouille représente un moine, portant sur l'épaule droite une nonne pliée en deux, de telle façon que son callipyge fait saillie vers la rue, La main droite du moine, appliquée sur la fesse de sa compagne, l'écarté d'un vigoureux effort et le jet jaillit de la dépression misa ainsi à découvert.

Comme le dit le docteur Eifer (3), ces figures éro-

cuphal, à Marseillo-le-Petit (Oise), on voit, à l'intersection des nervures d'une voûte ogivale, un petit bonhomme, culotte baissée, entre les pieds duquel existe le produit d'une sérieuse exonération intestinale. Dans une des voussures du grand portail de la cathédrale de Rouen, une statuette, représentant un cardinal, expulse, vu de dos, le superflu de sa boisson. Combien en pourrait-on ajouter !

(1) Le Correspondant médical (l'Esprit gaulois au moyen âge).

(2) Progrès médical, 1899, 2" semestre, p. 398.

^V; L'Avenir médical et thérapeutique, août-septembre 1907.

tiques risqueraient aujourd'hui les rigueurs des lois ; mais de telles représentations se justifiaient à une époque où les habitants vidaient leurs vases nocturnes dans la rue, et où le Manneken-Piss faisait office de fontaine publique. En un temps où Ton ignorait les tuyaux de zinc pour l'écoulement des eaux de pluie, — ils n'apparurent qu'en \Ç>lh — les gargouilles servaient d'émonctoires et les artistes ne se faisaient pas faute de les « adapter » à leur fonction.

Mais elles offrent un autre intérêt aux yeux du médecin, ces bêtes grotesques, ces chimères dévoratrices ou méditatives, ces monstres irréels : on devait reconnaître en eux, plusieurs siècles plus tard, des images de possédés, d'hystériques au visage contracté, à la langue pendante et déviée, des dégénérés, dont le large rictus rappelle la grimace figée de l'athétosique, des sujets atteints d'hémispasme labio-glosso-laryngé (1).

Avons-nous raison de dire que les sculpteurs du moyen âge n'ont fait autre chose que copier la réalité ? C'est qu'ils observaient et qu'ils savaient observer et ils traduisaient naïvement le résultat dé'leur observation, en y ajoutant un grain de malice : ainsi peut s'expliquer que certains actes luxurieux aient été tra-

(1) Charcot et RiCHER, les Démoniaques el les Difformes dans Varl.

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