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HABIT DD GUIDON DE LA COMPAGME DE LA MERE-FOLLE

a éloigné cette digression, il exerçait son ministère pendant le Carnaval, ou le jour de la Saint-Barnabe, patron de la confrérie. L'abbé des Couards

coiffait sa mitre, ornée de grelots, prenait sa crosse, enfourchait son âne et parcourait, suivi de son chapitre, les rues de la ville et les villages de la banlieue. Cette visite annuelle était une parodie de celle que les évêques faisaient eux-mêmesdans leur diocèse. 11 n'y avait pas jusqu'aux bénédictions, que l'abbé ne prodiguât à ses ouailles accourues sur son passage, et qui contrefaisaient la bénédiction épiscopale.

Les Couards usèrent d'abord sagement de leurs privilèges ; ils appliquaient la devise : casiigat ridendo mores. Mais bientôt ils ne se contentèrent plus d'attaquer des ridicules ou des scandales : lu liberté de tous était devenue la tyrannie de chacun. L'autorité dut mettre un terme à ces divagations, à ces diffamations ; il n'était que temps.

Avant de quitter nos joyeux drilles, contons une anecdote dont un de nos confrères fait les frais. 11 s'agissait de procéder à l'élection d'un abbé des Couards à Rouen. Voici comment avait lieu le cérémonial d'usage.

Après un repas plantureux, pris en public, l'abbé en fonctions, entouré de son chapitre, procédait au choix de celui qui, de l'avis général, ayant fait la plus sotte chose de l'année, devait être proclamé «sot et glorieux Cornard».

Chacun des concurrents avait un avocat d'office.

Les débats étaient toujours très longs et très ani-

mes, chaque avocat vantant à l'envi les titres de son client, et renchérissant sur ses qualités, à l'audition de celles de son adversaire.

En 1541, on vota jusqu'à trois fois: un médecin de Rouen remporta la palme et le principal titre qu'il avait invoqué est, ma foi ! fort plaisant : se trouvant à Bayeux, il avait pris ce que nous nommerions, sauf irrévérence parler, «une culotte», et, faute d'argent comptant pour payer le tavernier, il avait joué... sa femme aux dés !

La crosse d'honneur lui fut solennellement remise, au son des trompettes et des tambours (1).

De nouvelles mœurs s'étaient introduites : la farce et le gros rire n'amusaient plus que la canaille. Tous ceux qui se piquaient de bon ton réclamaient des spectacles plus raffinés. Il y eut cependant, sous le règne de Louis XIV, quelques beaux esprits qui se donnèrent pour mission de corriger les abus et de réformer la langue à la mode, en la ridiculisant.

Les membres de la nouvelle Compagnie, prévoyant qu'on ne manquerait pas de les critiquer et de les traiter, pour le moins, de têtes légères, jugèrent à propos de prendre pour insigne une calotte de plomb : d'où le nom de Régiment de la calotte.

(1) Les Fêtes populaires de l'ancienne France, ^^ar C.M.Guech©t. Paris, Ch. Bayle, 1889.

202 MœURS INTIMES DU PASSE

Nous allons dire dans quelles circonstances naquit la nouvelle Compagnie qui, à l'instar de celle de la Mère-folle, n'était composée que de personnages de qualité, occupant les plus hautes dignités du royaume.

Vers la fin du règne de Louis XIV, M. de Torsac, exempt des gardes du corps, M. Aimon, portemanteau du roi, et d'autres officiers, ayant fait mille plaisanteries sur un mal de tête dont l'un d'eux souffrait violemment, proposèrent une calotte de plomb au malade, La conversation s'étant échauffée, ils s'avisèrent de créer un régiment, composé uniquement de personnes distinguées par l'extravagance de leurs discours ou de leurs actions : ils le nommèrent le régiment de la calotte, en souvenir de la calotte de plomb. La plaisanterie fut poussée si loin, que l'on fit faire des étendards et frapper des médailles sur cette institution, et de beaux esprits mirent en vers les brevets que le régiment distribuait à tous ceux qui avaient fait quelque sottise éclatante (4).

Pour être reçu dans le corps, on devait exciper d'abord de sa qualité : les vilains n'étaient point admis ; puis, Pusage voulait qu'on prononçât devant l'assemblée un discours en vers, dans lequel le candidat mettait au jour tous ses défauts.

Le régiment de la calotte devait avoir une existence éphémère ; ses railleries, innocentes au début,

(1) Leber, loc, cit.

devinrent un persiflage intolérable et l'on y mit bon ordre. Les Calolins allèrent rejoindre, dans le gouffre du néant, les Fous, les Sots et les Cornards.

Y a-t-il lieu de regretter la disparition de ces singuliers usages ? La médisance a toujours ses adeptes, mais la gaîté perd tous les jours ses droits.

On continue à médire de son prochain, on se plaint des maîtres de l'heure ; on les subit en murmurant. Le Français est resté frondeur, mais il supporte mieux le joug qu'aucun autre peuple.

Quant à rire, il n'y faut plus penser : la vie est une lutte de tous les instants, il faut vaincre ou disparaître. C'est, à la lettre, l'âge de fer que nous revivons.

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