LE CARÊME SOUS LANCIEN RÉGIME
veau qui estoit mort de pauvreté et maladie ». Maigre était le régal, mais on ne badinait pas, à l'époque, avec les infractions à la loi quadragésimale, et on le fit sentir au pauvre diable, que les échevins de Saint- Claude, « sur l'avis des gens sages », condamnèrent à. . . « avoir la teste tranchée et séparée de son corps » ! Le texte de ce jugement monstrueux est conservé aux archives municipales de Saint-Claude (1).-
En l'état actuel des mœurs, le Carême n'apporte pas un grand trouble dans la vie sociale. Outre qu'on ne respecte guère les prescriptions de l'Église, celle-ci a composé avec son temps et a su apporter beaucoup de tempérament dans l'application de mesures jadis si rigoureuses. Nous venons de voir quelques exemples de ces rigueurs, qui se poursuivront presque jusqu'à la veille du cataclysme où devait sombrer l'ancien régime.
C'est surtout sous le .Grand Roi que le Carême prit, comme on l'a dit, une physionomie originale.
« Alors la dévotion était de mise; Tartufe hantait, en môme temps que les salons des Elmires de la ville et de la cour, le l'arlement et les conseils royaux... Dans le monde, il flétrissait tellement les
(1) Il a été publié dans leg Archives historiques, arlistiquea, etc., t. I, pp. 204 et suiv.
tièdes et les impies qui se dérobaient aux mortifications du Carême, que bien peu osaient se mettre d'un parti si décrié et, dans les assemblées légifé-
LE BOUCHER ET SON VALET (XVI' siècle).
rantes, il savait imposer des mesures capables de vouer la société tout entière à la pénitence » (1).
Nous avons parlé des édits de Henri II, renouvelés par les ordonnances royales de Charles IX et de Henri IV; mais c'est à partir seulement de 1667 que
(1) Cf. l'article de M. Piehre Lalande, le Carême au temps de Tartufe^ dans la Revue Bleue de ces dernières années;
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22f) MŒURS INTIMES DU PASSK
le Parlement rendit annuellement un arrêt, quelques jours avant le Carême, réglant la police et la discipline qu'on devait observer dans les boucheries de l'Hôtel-Dieu, et renvoyant aux juges de police pour l'exécution.
Le roi y ajoutait son autorité, par un ordre expédié, tous les ans, à un officier de robe courte, qui lui donnait entrée, avec des archers, dans tous les lieux de la ville et faubourgs de Paris. Cet officier, en exécution de l'ordre, était tenu de faire tous les jours des visites, de saisir la viande exposée en vente, et, selon la qualité des personnes^ d'emprispnner les contrevenants (1).
La prohibition de la vente des aliments gras fut étendue à toutes les communes des environs de Paris. Les habitants des bourgs voisins de la capitale durent s'approvisionner à l'Hôtel-Dieu (2).
(l)Dict. de Freminville, art. cit.
(2) En Carême, nous apprend A. du Pradel, le détail de la boucherie, de la volaille et du gibier appartient à l'Hôtel-Dieu, où se tient alors la principale boucherie, mais on ne laisse pas de vendre de la viande pour les malades, au profit de cet hôpital, à la boucherie du petit marché Saint-Germain, à celle du marché du Temple, à celle de la place aux Rats, et à celle de la rue Saint-Honoré, près des Quinze-Vingts {Livre Commode, t. I, p. 290). La police des villes permettait à un ou plusieurs bouchers, un ou plusieurs traiteurs, de débiter la viande: pendant ce saint temps, pour les malades et le cas de nécessité ; tous les hôpitaux ou les pauvres devaient avoir une portion dans le prix de la vente ou distribution. (Dicl> de Polio» de La Poix de Freminville, art. Boucher.)