‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 28 sur 134 · A. — FOUS ET BOUFFONS DE ROIS · texte numérisé non relu

A. — FOUS ET BOUFFONS DE ROIS

Erasme, cet inimitable peintre des mœurs de son temps, n'a pas manqué de réserver, dans les festins, une place à la Folie. « Si, parmi les invités, écrit-il (1), il ne s'en trouve pas au moins un capable de les mettre en gaieté par sa folie naturelle ou artificielle, on paiera quelque bouflon, ou bien on attirera quelque parasite ridicule, qui sache chasser le silence et la [tristesse loin des buveurs, à force de balourdises désopilantes. »

Ce parasite, les riches Romains l'avaient toujours auprès d'eux, pour les égayer pendant les repas, entremêlant ses discours plaisants de sentencieuses

(1) Dans V Éloge de la Folie.

maximes; philosophe sans préjugés comme sans disciples, payant en saillies d'esprit, la seule monnaie dont il disposât, l'hospitalité qu'il recevait, les miettes du festin qu'on lui abandonnait.

Ce n'est pas seulement à table qu'apparaissaient ces sortes de bouffons ; on les voyait figurer dans les funérailles, après les pleureuses et les tibicenes ou joueurs de flûte.

Ces baladins, ces histrions, se retrouvent dans le cortège du triomphateur, quand il entre en pompe dans la ville conquise. Lorsque, après la seconde bataille de Philippes, Antoine se rendit en Asie, pour lever les sommes d'argent promises aux légionnaires, il fit son entrée dans les villes avec toute une troupe de farceurs asiatiques, qui surpassaient en bouffonneries et en plaisanteries grossières les gens de môme espèce qu'il avait amenés d'Italie (1).

Cette mode venait de l'Orient.

Le roi de Perse, déjà sous Démarate, avait un fou à sa table (2). Dès le temps de David, (3) le roi Achis entretenait des fous à. sa cour.

Qu'ils soient passés d'Orient en Grèce, puis de la Grèce à Rome, il y a probabilité que l'usage des bouffons de cour est d'une antiquité respectable.

(1) Vie d'Anloine, de Plutarçue; trailuclion Piéron, t. IV, p. 192.

(2) Plutarque, Lacon. apophl.

(3) Rois, 1. I, c. XXI, V. 15.

On a cru en trouver une autre preuve dans ce fait que le jeu des échecs était déjà très connu au temps de Charlenaagne. Vous no saisissez pas le rapprochement ?

Tout le monde sait que les fous sont deux pièces de ce jeu qu'on place d'ordinaire auprès du roi, ce qui fait dire à Régnier, dans ses Satires :

Les fous sont aux échecs les plus proches des rois.

Mais les deux pièces du jeu qu'on appelle les fous figuraient-elles dans le jeu primitif (l), c'est ce qu'on a négligé d'établir. Contentons-nous de savoir que les fous domestiques sont un legs de l'antiquité, et ne cherchons pas au delà.

Bien qu'on ne puisse exactement conclure de l'antiquité de l'échiquier à l'antiquité des fous en titre d'office, il n'en reste pas moins que l'usage bizarre des bouffons aux gages des rois et des princes, a une origine fort ancienne, et que les races bouiîonnes participent au moins de cette illustration qui naît du temps (2).

(1) Les échecs ont une origine bien plus ancienne que le règne de Charlemagne, plus ancienne même que l'existence du premier roi chrétien; ce jeu semble avoir été connu des Grecs, des Romains et des anciens Perses. (Cf. Monnaies inconnues des évèques des Innocens, des Fous, etc., avec une Introduction et des Notes, par C. L. (C. Leber) ; Paris, MerJin, 1837).

(2) A. Canel, Recherches historiques sur les fous des rois de France (Paris, Lemerre, 1873).

Qu'on ne s'étonne pas de cette expression de « races bouffonnes ». Il y a eu des dynasties de bouffons. Des bouffons ont appartenu, de père en fils, à la même famille, et un passage des Sérées de Guillaume Bouchet, lèverait, s'il .était nécessaire, leS' doutes qu'on en pourrait garder.

Parlant d'un idiot, que « Dieu, ayant créé et mis au monde, avoit laissé là », ce serviteur, écrit Bouchet, « étoit d'une famille et d'une race dont tous estoient honnestement fous et joyeux ; et outre, tous ceux qui naissoient en la maison où ce serviteur estoit né, encore qu'ils ne fussent de sa ligne, venoient au monde fous ou l'estoient toute leur vie; tellement que les grands seigneurs se fournissoient de fous en cette maison, et, par ce moyen, elle estoit de grand revenu à son maistre (2) ».

Devons-nous induire de ce texte que le bouffon appartenait nécessairement à la catégorie des êtres disgraciés de la nature, ou à celle des déments?

Plus le fou était laid, a-t-on insinué (1), plus il était disgracieux, contrefait, plus il avait chance

(1) Les Bouffons, par M. A. Gazeai; (Paris, Hachette, 1882).

(2) Fous et Bouffons, élude physiologique, psychologique el historique, par le docteur P. Moreau (de Tours); Paris, J.-B. Baillière, 1885, p. 58.

d'être agréé et choyé par les maîtres du château. S'il arrivait que, de prime saut, il ne possédât pas à fond son métier, on lui donnait un maître pour le former et lui enseigner les tours les plus propres à divertir.

Tout en reconnaissant qu'il est difficile d'apprécier exactement ce que furent ces fous dans la première période de leur existence, d'autres émettent l'hypothèse qu'ils ont dû être choisis, à l'origine, parmi les aliénés, « dont quelques variétés peuvent être, sans inconvénient, admises au sein de la société plus ou moins raisonnable (1) ».

Nous n'ignorons pas que, dans l'antiquité, la folie, était l'objet d'un respect quasi superstitieux, — Hippocrate croyait qu'elle était d'essence divine, — mais de là à mettre les fous à son foyer, et à, se divertir à leurs dépens, quel abîme!

Un fou véritable ne prête pas à rire, le spectacle de la folie est autrement que gai ; nous avons tout lieu de présumer que les souverains et les princes s'entouraient plutôt d'hommes capables de les dérider, ayant l'esprit alerte et incisif, s'ingéniant à lancer lazzis et quolibets, toujours prompts à la riposte, ne se laissant, comme on dirait aujourd'hui, jamais prendre sans vert.

La laideur et la difformité étaient-elles obliga-

(1) Canel, op. cil., p. 17.

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toires ? Belles et gentes damoiselles devaient, évidemment, rechercher ce contraste, qui leur permettait de briller d'un plus vif éclat et de la sorte se justifie la présence des nains et des bossus dans les Cours.

Mais le bouffon n'était pas, indispensablement, de taille contrefaite ou de figure repoussante, et nous croyons exagéré de prétendre (1) que « la laideur et la difformité étaient aussi recherchées pour un fou, que l'intelligence chez un singe, la beauté du plumage chez un paon, le jargon chez un pape gai ou perroquet » .

Peut-être serait-il plus vrai de dire que l'esprit, l'ingéniosité vont souvent de pair avec la disgrâce physique ; et cela expliquerait comment le plus horrible magot, qui le disputait en monstruosité aux diaboliques inventions de la sculpture chrétienne, avait le privilège d'être admis le premier dans la chambre royale, de parler à sa fantaisie sans qu'on l'interrogeât, de décocher contre lés plus nobles blasons les traits de sa méchanceté.

Car le fou pouvait tout se permettre, avec l'agré-

(1) Comme le bibliophile Jacob, dans sa Dissertation sur les fous des rois de France, en tête de son roman : Les deux Fous, histoire du temps de François I".

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ment et sous la protection de son maître. Écrasé par le mépris de tous, riant par devoir en public, et dévorant ses larmes en secret, le cœur ulcéré d'être le jouet de la foule imbécile des courtisans, confondu avec les chiens de la vénerie et les oiseaux de la fauconnerie, il avait cette compensation, de leur cracher à la face son indignation et son dégoût, sans risques de représailles.

A l'abri de leur capuce et grâce à ce talisman qu'est leur marotte, les fous titrés peuvent faire entendre les plus dures leçons à leur maître, et, par leur canal, les doléances du peuple parviennent jusqu'au pied du trône, en un temps où toutes les bouches sont bâillonnées, où ce n'est pas impunément qu'une voix indépendante et railleuse se fait entendre aux oreilles des puissants du jour.

Mais, en échange de ce privilège et des faveurs dont les comble le caprice du souverain, que d'épreuves pénibles, que de dures humiliations !

Un fou d'office bien appris sautait et gambadait comme un singe, jouait de la cornemuse, de la trompette et du rebec, pour égaler la musique du rossignol, jetait un luxe de paroles, pour n'avoir rien à envier à la pie babillarde, savait par cœur des motets, des oraisons, des vers, des adevineaux ou énigmes à deviner, des lais ou contes joyeux; tout cela, pour mettre en relief sa supériorité sur le lévrier fidèle, sur le faucon que la dame du lieu fai-

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sait elle-même voler, sur la haqiienée que montait la gente damoiselle dans les chasses et les voyages.

Un fou de bonne maison était élevé avec autant de soins, de peine et de frais... qu'un âne savant!

11 avait son « gouverneur » pour le conduire et l'instruire. Il étudiait les tons, apprenait les réparties et les chansons, tout comme les perroquets et les corneilles en cage.

Se montrait-il indocile, il recevait les étrivières, et était relégué aux cuisines, en compagnie des marmitons et des valets de chiens.

Mais ceux qui avaient assez d'instruction et de sens pour se passer de gouverneur, loin de recevoir les verges, étaient les plus empressés à les donner. Combien réussissaient à se venger des injures dont on les abreuvait! Combien rendaient coup pour coup, et avec usure !

... Ah ! la nature et les hommes m'ont fait Bien méchant, bien cruel et bien lâche, en effet!

Je suis bouffon de cour !

Ne vouloir, ne pouvoir, ne devoir et ne faire Que rire ! — Quel excès d'opprobre et de misère ! Aussi, mes beaux seigneurs, mes railleurs gentilshommes, Ah! comme on vous hait bien! Quelscnnemisnous sommes! Comme on vous fait parfois payer cher vos dédains ! (1)

(1) V. IIuGO, le Roi s'amuse, acte II, scène u.

Ils étaient hommes, au surplus, et devaient amasser dans leur cœur des trésors de haine, qu'ils répandaient ensuite à la ronde :

Et sitôt qu'il a pu dans ses ongles saisir Quelque belle existence, il rcffeuille à plaisir !

Qu'importe d'être ravalé au niveau de la bête qui rampe aux pieds de son maître, d'avoir le dos arrondi pour mieux recevoir le coup qu'on lui destine, l'emploi de fou salarié ne se trouve jamais longtemps vacant. Le besoin du fou était si profondément entré dans les mœurs, que la fonction avait créé l'organe. Les aspirants manquèrent d'autant moins, qu'on les laissait moins longtemps sans emploi.

Jadis, avait des fous qui pouvait s'en offrir le luxe. Des ordonnances réservaient à la noblesse l'usage de certaines étoffes, de certaines fourrures; seuls, les chevaliers avaient le droit de chausser les éperons dorés ; les girouettes et les colombiers étaient l'exclusive prérogative "des demeures seigneuriales ; les fous, eux, appartenaient à qui les payait.

Si nous pirlons, surtout, des fous et des bouffons le cour, c'est qu'ils ont marqué leur sillon dans l'histoire, qu'ils ont été mêlés aux faits et gestes du molarque qu'ils ont servi ; mais la classe des bouffons lomestiques a droit aussi à une mention.

Les barons féodaux ont eu leurs fous gagés.; les ffens d'éarlise ont eu les leurs et le lléau a sévi à ce point, même à la cour de Rome, qu'une ordonnance (1) dut interdire aux ecclésiastiques d'avoir des couples de chiens, des faucons, des éperviers et des « farceurs ». Une autre ordonnance leur avait défendu de remplir eux-mêmes les rôles de farceurs et de bouffons, sous peine d'être dépouillés des privilèges attachés à leur robe.

Le concile de Paris de 1212 se contenta de déclarer la guerre aux fous entretenus par les évêques dans leur maison épiscopale. Les évêques ne semblent pas en avoir tenu plus de compte que les abbés commendataires, et ils refusèrent de renoncer à ce genre de récréation, qui devint de plus en plus une mode, à laquelle sacrifièrent tous ceux qui en avaient le moyen.

Outre les bouffons du logis, n'oublions pas ceux qui couraient le monde, vaguant de ci et de là, en quête de la pitance et du gîte où ils espéraient trouver l'aisance avec le repos.

Ces bouffons ambulants ékiient admis à travailler devant les souverains et c'était pour eux bonne fortune quand, mettant fin à leur vie vagabonde, le mo-j narque, conquisparleurjeu, les attachaitàsonservice.

(1) Elle est datée de 78!) et est rapportée par Heinecke (Gazeau] citav.)

Avec le moyen âge, les bouffons se montrent partout, à la cour des rois et des princes ; mais bien avant cette époque, le bouffon de cour existe.

On l'a signalé dans le Livre des Rois (1) ; on a trouvé, d'autre part, l'évidente trace de son existence dans le JRamayana, cette épopée sanscrite où sont contées les aventures du héros hindou Rama et qui est l'œuvre d'un poète vivant, dit-on, quinze siècles avant notre ère. L'épouse du vaillant Rama, la belle Sita, avait auprès d'elle un bouffon, qui lui létaillait les qualités de ses amants (2). i Le grand Salomon lui-même a eu son bouffon (3).

Les petits souverains grecs en avaient tous auprès Taux. On en trouve à la cour de Philippe et des sucîsseurs d'Alexandre, en Macédoine; chez Attale,

Pergame; dans le palais du tyran Denys, à Syra- Itise ; chez les Antiochus, rois de Syrie ; plus tard,

(1) David, poursuivi par la colère de Saùl, arrive chez Akisch, roi de Gath. Reconnu par les serviteurs de ce prince, il contrefait le fou. Akisch dit à ses serviteurs : « Vous voyez bien que cet homme a perdu la raison. Pourquoi me l'amenez-vous ? Est-ce que je manque de fous, pour que vous m'ameniez celui-là et me rendiez témoin de ses extravagances ? »

(2) Origines du théâtre antique et moderne, par Ch. Magnin p. 18».

(3) Magasin pittoresque, 1842, p, 13.

chez Théodoric II, roi des Wisigoths d'Espagne, et près du souverain des Huns, le farouche Attila (1).

Il n'y a pas que les cours barbares qui aient eu des bouffons ; on en rencontre dans les cours plus civilisées, comme celle de Constantinople, au temps de Théodora (2).

A la cour de France, l'emploi de bouffon existait dès le dixième siècle. Orderic Vital (3) a narré la mésaventure d'un de ces personnages qui, en 94/i, accompagna Hugues le Grand, le père d'Hugues Capet, dans une expédition où le chef de la maison de France faisait cortège, avec si^s gens d'armes, au

(1) Amédée Thierry, llisl. d'Attila, l. I, pp. 115 et suiv.

(2) On cite, au neuvième siècle, un fou de l'empereur Théophile, Danderi, qui, par une indiscrétion, causa à l'impératrice Théodora le plus cruel embarras. Il entre un jour dans l'appartement de cette princesse, au moment où elle faisait ses prières, dans son oratoire, devant de très belles images qu'elle gardait en très grand secret, dans la crainte de l'empereur, qui était iconoclaste, et qui traitait d'idolâtrie le culte rendu aux images de Jésus, de la Vierge et des saints, et qui persécutait ceux qui en conservaient. Danderi, qui n'en avait jamais vu, demande ce que c'était; à quoi Théodora répond que c'étaient des poupées qu'elle préparait pour les donner à ses fdles. Sur ce, Danderi vint dire, au dîner de l'empereur, qu'il avait trouvé l'impératrice occupées à baiser les plus jolies poupées du monde. Théodora eut bien de la peine à se tirer de ce mauvais pas, mais elle fit si bien] châtier le fou qu'elle le corrigea pour jamais de parler de tout] ce qui pourrait la regarder. {Magasin pittoresque, 1871, p. 167, )j

(3) Dans son Histoire ecclésiastique, édition Leprévost, t. III, | p. 99.

LE SOT DU BOx\ DUC PHILIPPE DE BOURGOGINE

(Recueil d'Arras, n° 554.)

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roi Louis IV d'Outre-Mer. Ce fou, ayant parlé irrévérencieusement (les dépouilles mortelles de personnages morts en odeur de sainteté, fut frappé de la foudre, et la superstition du temps y vit la punition de son impiété (1).

L'anecdote prouve qu'il y avait déjà des esprits forts ; elle atteste, en outre, que les bouffons étaient de véritables gardes du corps, chargés de veiller sur la personne du souverain auquel ils étaient attachés : tel le fou qui sauva Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, en lui révélant à temps le complot dont il était menacé (2). Sans la touchante fidélité du pauvre fou, les destinées du peuple anglais eussent été peut-être changées !

Pour en revenir à la coar des Francs, des bouffons se rencontrent dans le palais de Louis le Pieux. Philippe-Auguste les chasse de sa cour, parce qu'ils y mènent une vie scandaleuse (3).

L'emploi des fous est si bien entré dans les usages, au treizième siècle, que le roman de Roberl-le-

(1) Gazeau, les Bouffons, p. 49; Rigollot, p.CXLIII.

(2) V. le Roman du Fou, de Robert Wace; édition Duquel] (Rouen, 1827).

(3) Philippe de Valois avait eu aussi un fou, que l'on chargea,j après la bataille de l'Écluse, d'annoncer au foi ce désastre,' qu'aucun courtisan n'avait osé lui révéler.

Diable, qui date de cette époque, comprend, entre autres pénitences qui sont infligées au héros de la légende, l'obligation de simuler la folie. Robert fait le fou dans la rue ; le peuple s'amasse autour de lui, le plaisante, le pousse, l'accable de coups. Robert cherche un refuge dans le palais de l'empereur, qui le prend en pitié, ordonne qu'on le respecte et le proclame son « fou en titre. »

Mais cela peut être une légende ; le premier document positif qui montre ces officiers burlesques de la couronne en possession de leur charge, se trouve dans le compte des receples et mises pour le roi (Philippe le Long), du 12 juillet 1316 au 1"^ janvier suivant. L'article, qui a trait à notre sujet, porte une « robe de trois garnemens (pièces) pour mestre Geffroy le fol (1). »

Les comptes des argentiers de souverains ont un

itérôt qu'on ne soupçonne pas. Toutes les charges

sont indiquées, avec les appointements qui leur

it attachés. Ces comptes nous révèlent encore

m quoi consistait la toilette de ces plaisants per-

jonnages, dont la jovialité et l'indépendance fron-

*deuse n'étaient pas pour déplaire au souverain,

(1) Comptes de V argenterie des rois de France au quatorzième siècle, p. 9, {Société de lHist.de France, 1851).

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qu'affadissaient, à la longue, des louanges qu'il pouvait estimer à leur juste prix.

Nous y voyons, dans ces registres dont la sécheresse rebute de prime abord, que les rois, d'ordinaire parcimonieux à l'égard de leurs sujets, ne regardent pas à la dépense quand il s'agit de leur «fol». A part leur maîtresse, il n'est personnage plus somptueusement entretenu.

Entr'ouvrons, pour un instant, la garde-robe du fou du dauphin, qui deviendra roi sous le nom de Charles le Sage, et inventorions.

Voici les robes ; il y en a de toutes façons et de tous draps : drap marbré, tissu avec des laines de diverses couleurs ; drap rayé, étoffé de soie ; vêtement de dessus pour le dehors, vêtement de dessus pour l'intérieur; fourrures pour une robe de velours violet ; peaux de ventre de petit-gris et peaux de lapin, pour une couverture de lit, sans préjudice d'une quarantaine de paires de souliers, nombre de paires de chausses, de caleçons à lanières, etc.

A certaine époque, le Dauphin fait présent à son fol d'un riche chapel « fourré d'hermine, couvert d'un rosier, dont la tige était d'or de Chypre et les feuilles d'or ouvré ». Quant aux roses, elles sont « ouvrées de grosses perles ». Et siir ce prétentieux couvrechef, se pressent en rangs serrés les émaux, les boutons de perles, etc.

Un fou traité avec tant de munificence ne pou-

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