MAITRES KT ECOLIEKS, AU XIII' SIÈCLE
lJ'a|)iès un bas-relief extérieur de Notre-Dame de Paris).
1,A VIE I) ETUDIANT AU MOYEN AGE 2ô
sion des professeurs, ou des pciinîs disciplinaires contre les étjidiants.
Dans l'Université de Paris, les escholiers étaient justiciables des tribunaux ecclésiastiques ou des tril)uuauxcriminels; mais quand la justice séculière les arrêtait, elle les remettait entre les mains des gens de l'évoque. Le chancelier de Notre-Dame avait seul le droit, concurremment avec le recteur, de retrancher de l'Université les turbulents qui avaient donné matière à poursuites.
A tout prendre, l'étudiant du moyen âge était une puissance ; puissance oppressive, tyrannique, avec laquelle devaient compter les pouvoirs publics. L'opposition religieuse et politique, qui ne pouvait avoir pour organes ni des journaux, ni des livres, s'était réfugiée dans l'École.
« L'étudiant d'alors, c'est le vaudeville vivant, frondant le trône et l'autel, le monarque et le pape K »
gers ne pei-dissenl pas leur temps en recherches, le notarius de lUniversitè (élu chaque année par les notaires de la ville) devait tenir une liste de tous les appartements à louer. 1. AxjDiN, IIist.de Calvin (Paris, 1850), t. I, 18.
Est-ce parce (prils osaieiil, s atlacjuer à l'aiilorité pontificale que les prédicateurs les ont objiirgués ; déjà, au temps de Philippe-Auguste, les sermonnaires se montrent sévères pour les csclioliers de Paris. A les entendre, ce sont des piliers de cabarets, d'infâmes débauchés.
Pierre le Mangeur' leur reproche de trop aimer le vin et la bonne chère. « Pour Ivoire et pour manger, ils n'ont pas de pareils ; ce sont des dévorants à table, mais non des dévots à la messe. Au travail, ils bâillent; au festin, ils ne craignent personne. Chaque jour, soir, matin, midi, ils veulent avoir la meilleure table. Ils abhorrent la méditation des livres divins, mais ils aiment à voir le vin pétiller dans leur coupe, et ils l'avalent avec intrépidité ~. «
1. Pierre le Mangeur {Pelrus Co/nestor), ainsi iioiiiiué à cause lie son appétit de lectures, avait été d'abord doyen de Troyes ; il mourut, dans la retraite, au monastère de Saint-Victor, en 1179, selon les uns, en 1198, suivant d'autres.
2. La Chaire française au douzième siècle, par l'abbé L. Boun- GAiN, liv. III, chap. n. Paris, 1879.
LA vu: u ÉruhiAM au MUYLN ÀOE 27
Sur ce poiiil, les professeiiis eux-mêmes ne piéehaient pas toujours dexeinple. Piene de lilois, dans une de ses lettres, sermonne vertement un maître es arts, devenu, dil-il, de dialecticien de première force, un buveur consommé, e(/refjinni potatorem.
« Je passais, dit-il, devant la maison de ce maihc, l()rs<ni'un étudiant en sortit ivre de bière cl de vin : il arrèlail le clicval de son camarade et voulait le i'orc(;r à venir boire avec lui '. » Et b^ di<i;n(î ecclésiasti((ue essaye, en accumulant les textes de ri']criture, de détourner l'ivrogne de ses habitudes d'intempérance.
Dans une autre circonstance, Pierre de Blois s'élève contre les désordres dont ii est le témoin im|)uissant et atliisté : « Les uns ejilriîliennent d(îs conctibiniïs ; les autres abusent des l'emmes d'aulrui, car chacun piend son plaisir comme il r«;ntend ; et, ce (jui (;st bîpirc;, c'est que non seubîiuent ils ne cachent pas leur perv(;rsité,mais ils affichent, au conliaire, leurs débauch(îs dans des festins et des léunions de buveurs. «
Pierre de Poilier.», chancelier de Notre-Dame mort vers 1205), insiste également sur la dépravation des étudiants.
« Quelle honte ! nos écoliers vivent dans des