‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 41 sur 134 · Dii Valulanc, la France au temps des Croisades, III · texte numérisé non relu

Dii Valulanc, la France au temps des Croisades, III

turpitudes qu'aucun J'entre eux, dans son pays, parmi ses proches, n'oserait même nommer. Ils dilapident, avec des courtisanes, les richesses

du Crucifié Leur conduite, outre (pi'elle rend

l'Eglise odieuse, est une ignominie pour les maîtres et pour les élèves, un scandale pour les laïques, un déshonneur pour leur nation, et une injure envers le Ciréateur lui-même ! »

Le chancelier Prévostin, de Crémone, [)lus précis dans l'articulation de ses griefs, nous montre l'écolier courant la nuit, tout armé, dans les rues de Paris, enfonçant les portes des bourgeois, remplissant les tribunaux du bruit de ses esclandres. Tout le jour, des meretriculsa viennent déposer contre lui, se plaignant d'avoir été frappées^ d'avoir eu leurs vêtements mis en pièces et leurs cheveux coupés'.

L'indignation des mystiques, lorsqu'ils s'élèvent contre la corruption des uKrurs, se traduit par une crudité d'expression capable de faire rougir les libertins: cette remarque a été consignée, à propos du cardinalJacques de Vitri,morten 1244. Ce prélat, rigoriste s'il en fût, nous a laissé, des mœurs des escholiers, au douzième siècle, un portrait peu flatteur, mais qui semble encore au-dessous de la vérité.

1. L'Université de Paris sous Philippe-Auguste, par Ach. Luchaire.

Mœ:URS INTIMES DU PASSK

Ivrognes et paillards, nos étudiants étaient, en outre, querelleurs, violents et (|uel(|uefois meurtriers. Ils s'introduisaienl, de Joui- (tomme de nuit, dans les maisons des bourgeois, pour y enlever leurs femmes, mettre ù mal leurs filles, (•t)mmetlre, eu un mot. toutes sortes de foi'iaits '.

Ij!s feminos (ic; mauvaise vi(», ('(îi-il lo pi-élat, altiraieni (l(^ forro dans li>s lieux de débauche les clercs qui passaient dans les rues ou les |>l:ices publiques. Ouc s il s'en troiivjiil qui rcrnsjiieni d'y pém-lrei', elles les poursuivaient en les li-aitanf de sod(»niislcs. O vice nboniinable et liouhuix avait envahi de telle soilc la cih'', ii la lacon dtine lèpre incurable el d'un venin niorlel, «pi'on répnhiit «l'honneur d'enti-iîlenir une ou plusieurs concubines.

La mènjc deiiieure abritail eu haut les écoles el en bas les lieux <le pi-oslilulion ; en hniil. les ninîl res taisaient leurs leçons ; en l)as, les prosliluées se livraienl à leur honteux commerce. D'un c«>lé, U's p.ostiluées se querellaient entre elles et avec leurs eidi-emel leurs ; de Taulre, les clercs discutaient ;'i haute voiv h^s quc-tions qui leur étaient [)roposées.

Dès le dou/ième siècle, Paris passait pour un lieu de délices [locus delicioruni), où les fils de famille venaient faire la fête. Pierre de Celle écrivait à sou ami Salisburv, eu 1154 : « () Paris, comme tu es hal)ile à prendre et à tromper les

1. Vallet de VimviLLE, Histoire de Vinstruclion publique en Europe, l'aris, 1809.

Ames ! » Le biographe d'Aldebert, archevêque de Mayence, ([iii avait fait ses études en France, parle ^ en termes à peu [)rès analogues de cette ca])itale, « qui fait couler dans les veines des jeunes gens 1(! poison des plaisirs charnels ^ » Une proclamation tic l'official de Paris, en 1269, dénonçait toute une classe d'écoliers qui, jour et nuit, se livraient à Toi'gie, enlevant des femmes mariées, ravissant des vierges, et, selon la chaste formule de cet acte, « commeUaiit toute sorte d'énormités désagréables à Dieu. »

L'Eglise s'épouvanta du mal (|ui s'étendait sur Paris, « comme une lèpre incurable et un poison sans remède », quasii lepra inciirabilis et venenum insanabile. \n saint prêtre. Foulques de Neuilly, parvint, pour un temps, à enrayer la prostitution, en proposant aux bourgeois et aux étudiants d'ouvrir une souscription, pour arracher à leur honteux métier les filles perdues et aider à fonder un couvent à leur intention. Les bourgeois versèrent plus de mille livres, les étudiants deux cent cin((uante : ces derniers, clercs pour la plupart, ne payèrent que par crainte des rigueurs de l'olficialité ; sacrifice inutile, d'ailleurs, car les

1. La Vie des étudiante parisiens, du douzième siècle au quatorzième sièele (conférence faite à la Salle de la Bourse, le vendredi 4 mars 181»s, par M. Levillain, professeur au lycée de

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clldscs icslricllt cil l'(''lal. (le |)r«''CII rs(Ml f (lo

M. I)('i('iii;'t'i- (Hail vi'iiii liop tôt, dans un niondo Lroj) jiMiJic.

Nous (levons nous hâter de <lii(M|U(' Paris n"a\ ail [)as le monopol 1- du d(''\ erj^'onda^c. Si lai'(îil('' des L'-tlrcs », 1 " Allicni's niodcM-nc )),aUirail le plus «^■rand uoiiihrt' de jcuiu's l>('1is dans un ccnli'e universitaire «' où (loiissaienl les arts, la iheolooic cl le droit », d'aiili-es villes savaient 1rs retenir, moins par ICnseiL^uoniont (pii s'y donnait, (|ue par les lUieiirs j'aeiles (pii \ rei>'!iai('nl.

A Cahors, en (^)u(!rey, li's ('tiidiants vont à Tciglise pour voir les liunnies et les (illes. c(dles-(i surtout, (|ui, |)ar(''es d une laeou scandaleuse, à demi unes, cf»urent les rues el les places, j)fovo(piant les jeunes gens aux [)lusd(;teslal)l(;s actions, cojume s'exprime un proliisseur do di-oil du (piin/iènie siècle. Dans cette; nièjne ville ', deux jeunes écoliers avaient enluv('> de nuit uni; jouvencelle, un peu légère à la v(';rit('', demeuj-ant elle/ son père,lionnêtt' travailleuj- ; ils obtinrenl, par l'iaiide, des lettres d(; i(imission de la chanctdleiie royale; mais le Parlement de Toulouse, examinant à nou-

1. I^'LJniversitô d« Caho.'s fui créécv par une huile du papn Jfian X\n, du mois de. juin 13:}2. Dès r.iiméi' ]:W(i, t'uienl lieu les promières rét'»;plioiis du docteurs. A la lin du xv siècle, le noml)re des étudiants de cette Université s'élevait à 4.o(t((.

veau l'affaire, renvoya les prévenus devant l'official'.

A Montpellier, la gent écolière n'était pas d'une moralité meilleure; sous ce rapport, les étudiants en droit, les décrétistes, n'avaient rien à envier aux autres étudiants. Le Liber Bectoriim rapporte qu'en 1428, vers Noël, des étudiants en droit, au nombre de six ou sept, en armes et le visage voilé, s'introduisirent pendant la nuit, avec effraction, dans la maison d'une veuve, pour enlever une jeune feinme en l'absence de son mari. On poursuivit l'un des coupables, mais il s'abrita derrière les privilèges de l'Université et fut renvoyé des fins de laplainfe.

En Italie, on était moins indulgent : un étudiant de Bologne fut décapité, en 1321, pour avoir osé enlever la petite-fille du célèbre jurisconsulte Jean Andréa '.

En dépitdes remontranceset des châtiments, nos jeunes gens étaient incorrigibles. Les examens étaient toujours suivis de réjouissances, qui donnaient lieu aux plus graves abus 3, Les étudiants se répandaient ces jours-là tumultueusemelit dans

1. Les Eludianln de VUniversilé de Cahors à lu fin du quinzième s^iècle, d'après un document inédit {Annales du Midi, t. XXII, 1910), par Ch. Samaran.

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