‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 44 sur 134 · ÏERMAIN, op. cil., 29; cf. DunouciiKT, th. cil · texte numérisé non relu

ÏERMAIN, op. cil., 29; cf. DunouciiKT, th. cil

2. A Cahors, dont l'Université était très prospère, et où Icb étudiants aflluaient non seulement des provinces voisines (Albigeois, Rouergue, Auvergne), mais où il en arrivait jusque du Berry, les étudiants, plutôt que de se rendre aux- cours, envoyaient leurs répétiteurs à leur place, préférant aller s'éhaudir au bord de l'eau, dans le pré de Valentré, au bout du pont de pierre. Ils élisaient des abbés de Mal-Gouverne, sortes de princes de la Basoche, entourés d'une cour de ducs, de comtes et autres suppôts, et chargés de rendre, avec un accusateur public, une justice grotesque et expéditive. Quand ils avaient bien ripaillé, les <pierelles ne lardaient pas à s'ensuivre

Iet on allait en découdre sur le pré Valentré, le Pré-aux-Clercs de l'endroit. Souvent, il en coûta la vie aux jeunes risquetout, qui étalent les héros de ces aventures.

cher le raisin, allaient jusqu'à arracher les ceps. Les plus audacieux essayaient de forcer les portes du couvent, au risque de recevoir les projectiles que les religieux leur envoyaient avec leur arbalète et, plus tard, avec leur arquebuse.

Le Pré-aux-Glercs était une occasion incessant»* de rixes. L'Université soutenait (pi'il était sa [)r()priété exclusive, (|iii lui venait, disait-elle, .de Charlenia<^-ue. Les moines de Saint-dermaiii répliquaient .qu'il avait ét<'- postérieurement acquis par un de leurs abbés. La ((uerelle dura (jiiatic ou cinq siècles, jus(|u'à ce quo la Cité fût couverte de constructions.

Outre la (question de propriété, il s'en éleva une autre, |?elative au droit de pèche, dans le fossé assez poissonneux qui traversait une partie du pré et venait aboutir à la Seine. Les esoholiers prétendant y pécher, les moines s'y opposèrent et envoyèrent leurs vassaux les chasser. Vers 1270, il y eut à ce sujet une bataille, oi^i trois des premiers trouvèrent la mort.

Pour bien affirmer le droit de propriété de l'Université, chaque année, le jour de Pâques. et, plus tard, le lendemain, le recteur, les quatre procureurs des Nations et les quatre intrants se rendaient solennellement à Saint-Germain, avec le scribe de l'Université et huit bedeaux portant des faisceaux. Ils y entendaient la messe, puis

LA VIE d'Étudiant au moyen âge

faisaient le tour d'une partie du pré; le scribe dressait du tout un insirumentum.

En 1315, un particulier s'étant permis d'ensemencer en blé une partie du pré, l'Université se réunit tout exprès, pour délibérer sur cet empiétement ; il fut décidé que le blé serait arraché et, séance tenante, le recteur, se rendant sur les li«>ux, ordonna aux nombreux escholiers ([ui l'avaient accompagné, d'exécuter cette décision : ce fut, on le présume, l'affaire d'un instant.

s<:i:m m: i.\ naukn d ANfii.i:Ti:iti!i: (xiv' siècle).

Lors des grandes vacances qui, à Paris, à Oxford et à Bologne, allaient du 7 septembre au lendemain de la Saint-Luc, soit le 19 octobre, cjuautité d'étudiants, en raison des faibles ressources dont la plupart disposaient, ue pouvaient quitter l:i ville où ils poursuivaient leur instruction. Caic'était toute une all'aire que d'entreprendre un voyage de quelque durée: outre que les moyens de communication n'étaient guère aisés, il fallait, pour se mettre en route, être bien lestée

Quand les étudiants voyageaient, ils jouissaient de nombreuses faveurs. Sur une lettre établissant leur identité, les couvents leur ollraient gratuitement l'hospitalité ; quand ils se trouvaient en vacances dans leur ville natale, ils bénéficiaient encore des privilèges universitaires et ils ne se faisaient pas faute d'en pro-

l. Cf. Mém. de In Soc. det^ Afitiquaires de France (1889-1.HÎ)0), E, X, lfi2-182.

fi ter : pour les délits graves, ils n'étaient pas tenus de comparaître devant les juges. En dépit de tous ces avantages, ils se mettaient rarement en route et ne revoyaient pas leurs parents avant la fin de leurs études.

Le maigre pécule dont la plupart disposaient leur suffisait à peine pour se loger et se vêtir.

Pour le costume que portaient les étudiants et leurs professeurs, nous sommes suffisamment renseignés tant par les vignettes des manuscrits que par la lecture des statuts de l'antique Université. Un statut, promulgué en 121.5 par le cardinal Robert de C^lourçon, stipule que : « nul maître lisant es arts ne soit autrement vêtu (|ue d'une chape ronde et noire, longue jusqu'aux talons, du moins lorsqu'elle est neuve ; il lui est, toutefois, permis d'y joindre le manteau. Qu'il n'ait pas sous sa chape des souliers lacés, et « jamais en forme de liripipion », ce <jui signifie : largement recourbés au bout et semblables à l'appendice du chaperon des élégants de ce temps, appendice nommé liripipion.

Les étudiants portaient une robe ou cape grise, ne traînant pas tout à fait à terre. Certains, se conformant aux prescriptions d'Urbain V, la portaient rouge.

A Paris, il était expressément défendu « dT

LA vu: D KTUOIAM' AU MOYEN ACJli (Î3

porter dedans les collèges, chappeaux, reistres et manteaux et registres vestues », sous peine de confiscation et d'amentic arbitraire poui- la première fois et de prison pour la seconde. Les étudiants devaient se « vestir selon leurs états, porter bonnets ronds, robes à manches, et cliapperons à bourrelets, et ne porter aucunes grosses chausses ni découpées, lesquelles en cas de contravention seront déclarées acquises et confis- (fuées au profit des pauvres ' ».

Deux siècles plus tard, un nouveau règlement recommandera aux bacheliers et aux autres écoliers, lorsqu'ils paraîtront en public avec leur com|)agnie, de s'habiller décemment : à savoir, d'une robe longue, fermée et flottante ; d'être coifï'é d'un chaperon à longue cornette, avec l'épitoge, si son grade le comporte ; enfin, d'être chaussé de souliers courts. Étaient interdits les habits courts, étroits, serrés à la taille, ouverts par devant, dégagés au cou ; les chaperons à bourrelets, à pointes, à becs, à farcitures ; les souliers longs, pointus et recourbés.

La chape ronde était l'insigne de la licence; les docteurs se couvraient la tête d'un bonnet, dont la forme a varié avec les temps et suivant les Nations. ;

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