‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 45 sur 134 · Gaz. hebd. des se. niéd. de Montpellier, 1887, n · texte numérisé non relu

Gaz. hebd. des se. niéd. de Montpellier, 1887, n

l'ii roinpto do la Nation d'Allemagne de l'Université de Pari», nous révèle que, pour son enti-ctien, l'étudiant du quinzième siècle employai I. en moyenne, trois livres par semaine : dans celte somme, n'étaient comprises ni les consommalions an cabaret, ni les pertes au jeti, ni les dépenses galantes ; pas davantage le loyer de la chambre et les gages des domestiques, quand l'étudiant en avait à son service.

Pour les étudiants pauvres, et c'était le plus grand nombre, la question du logement était une ^rave préoccupation. L'acte le plus ancien qui se rapporte à cette question date de l'an 1215, et c'est un cardinal qui l'a promulgué.

Pouvoir est donné aux ui;iitri;s cl ccolici.s, ÙLlicU; Hubert «le Courçon, de contracter, aiisï?i bien entre eux qu'avec des frersonnes étrangères, de» pacte» ou obligations, passés de ln>nue toi, avec une clause pénale ou sous la foi du sernjent, en ce qui concerne la taxe de la valeur des loyers '.

A la lecture de cet article, il n'est pas téméraire de conjectuier que, dans les premières années du treizième siècle, les écoliers avaient quelque difficulté à trouver uîi logement ; que les propriétaires ne se souciaient pas de les abriter, et qu'ils s'en sont plaint assez fortement, pour (jue l'autorité ecclésiastique s'en soit émue. Mais

1. Mémoire» de la Société de Paris et de llle-de-Franee, t.jj 1877), 140 et suiv.

U\ MAITRE, PROFESSANT A l'ÉCOLE DE MÉDECINE (XV« siècle)

(D'après une miniature placée en tête d'une édition de Guy de Chauliac, Ms fs., n» 396, Bibl. nat.).

MœURS INTIMES, IV.

il faut croire que l'autorité d'un cardinal, fût-il légat du Saint-Siège, n'en imposait pas beaucoup, pour que, les mêmes abus persistant, on ait eu recours aux bons offices du souverain pontife lui-même.

Le pape Grégoire IX, par ses lettres du 14 avril 1231, intervenant en faveur des écoliers de Paris, supplia le bon roi Louis IX de leur accorder le droit de faire établir la taxe des loyers à leur usage : deux maîtres de l'Université et deux bourgeois, élus par leurs concitoyens et agréés par l'Université, furent chargés de taxer les loyers.

Les commissaires taxateurs évaluaient chaque année la location des immeubles, susceptibles de servir d'habitation privée ou d'école publique et ce, pour l'année entière.

Le difficile était de faire accepter, par toutes les parties intéressées, une décision qui portait une aussi grave atteinte à des droits jusqu'alors reconnus. La cupidité des propriétaires, qui ne consentaient pas de bonne grâce à se laisser dépouiller de leur privilège, était un obstacle sérieux, il ne fut pas le seul : il fallut contenir les i rivalités des étudiants et de leurs maîtres, qui se disputaient à prix d'argent et souvent s'enlevaientjHI sans scrupule, par une enchère déloyale, l'habitation ou le local que le premier détenteur croyait s'être assuré.

Un nouveau statut, promulgué en 1244, vint mettre un terme à ces discussions ; entre autres articles, il y est énoncé que nul ne s'emparera de la salle d'école, occupée par un régent, tant que celui-ci y donnera des leçons et s'acquittera des obligations par lui contractées envers le propriétaire; nul, moyennant surenchère, ne se rendra locataire d'une maison louée par un autre; nul ne paiera, pour une école, un loyer supérieur au prix de la taxe ; nul, enfin, ne se rendra locataire d'une maison, tant que ceux qui l'occuperont voudronty demeurer et qu'ils s'acquitteront de leurs obligations, conformément à la coutume de Paris.

Le bourgeois demandait-il un prix supérieur à celui qui avait été taxé, sa maison était mise en interdit pendant cinq ans, et l'écolier ou maître (|ui, en dépit de l'interdiction, allait y loger, était,

)rès avertissement, déchu des droits et privilèges

liversitaires. Cette dernière clause était l'unique ^notion, mais une sanction efficace, des mesures

•ises pour modérer la cherté des loyers i.

Bien que l'exploitation des étudiants fût, autre- ^is, comme aujourd'hui, une industrie lucrative,

1. Les moyens de se loger se multipliant pour les étudiants, le prix des logements baissa en rapport et la taxe des loyers, devenue moins utile, tomba peu à peu en désuétude ; à partir de 1277, on n'en trouve plus trace, à Paris du moins ; on la retrouve, en 1290, à Oxford, mais il ne semble pas qu'elle y ait été longtemps maintenue.

il y avait nombre de propriétaires qui ne tenaient que médiocrement à les avoir pour locataires ; cela se comprend, quand on voit quelles étaient les exigences de ces derniers.

Le logeur possédait-il un cheval, il devait le prêter, — contre une somme convenue, il est vrai, — à l'étudiant, son locataire, pour aller au cours et en revenir ; celui-ci s'engageait à ne pas maltraiter la bête et à se contenter de la cravache et des éperons, sans jamais se servir du bâton.

Quand le jeune homme était mauvais cavalier, on exigeait de lui un cautionnement, et on ne lui confiait la bête qu'avec un serviteur pour l'accompagner, au cas qu'il survînt un accident.

L'animal tombait-il, et cette chute avait-elle des conséquences, l'étudiant proposait au logeur de lui payer une indemnité, qu'il fixait de son plein gré, ou qu'appréciaient des experts. Si le maître de la bête n'acceptait pas l'offre qui lui était faite, l'animal était attaché à la porte devant deux témoins, et laissé là, sans autre forme de procès.

Ce n'étaient pas les seuls ennuis que le propriétaire eût à essuyer de la part de son locataire. Si, pour des raisons quelconques, celui-ci s'en allait avant l'expiration de son bail, il ne payait que le temps qu'il avait séjourné dans la maison qu'il quittait. Durant le temps de sa location, il

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pouvait chasser, de plein droit, ceux qui l'importunaient, ceux qui interrompaient son sommeil ou son travail, tels que les serruriers, menuisiers, etc.

Son logement était un véritable lieu d'asile : la police ne pouvait l'y saisir, ni ses créanciers l'y poursuivre. Les malfaiteurs n'avaient pas tant de scrupules : ils s'introduisaient dans la demeure des étudiants qu'ils savaient dehors, les dévalisaient et poussaient l'indélicatesse jusqu'à coucher dans leurs propres lits! A Montpellier, le fait se reproduisit si fréquemment, que les élèves qui devaient sortir la nuit pour aller travailler en commun, durent faire garder leur chambre par un veilleur, qu'ils se cotisèrent pour payer.

Les plus pauvres louaient une maison entière, qu'ils occupaient depuis le haut jusqu'en bas, se groupant, soit par pays, soit par affinité réciproque. Parfois, les gradués en médecine, en droit ou en apothicairerie, hébergeaient les fils de leurs collègues. Les professeurs ne dédaignaient point d'offrir — moyennant finances — la table et le lit à quelques-uns de leurs élèves.

Plusieurs couchaient dans la même chambre ; la chandelle étant considérée comme un objet de luxe, on s'en passait.

Rien n'était introduit dans le logis commun, sans le consentement de tous. Si le logeur se

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montrait peu sévère sous le rapport des fréquentations, par contre, les étudiants ne lui permettaient d'amener chez eux, sans leur autorisation, meretrices aut homines perversos, aut iinum siudentem rixosum. S'il changeait l'ordre du local, s'il abattait, par exemple, des arbres qui l'ornaient, force lui était de restituer le montant intégral du loyer.

Dans cette communauté, il y avait toujours un domestique, payé proportionnellement au nombre de ceux qu'il servait. On , devine à quelles besognes on l'employait ; mais, comme il était assez mal rétribué, il ne craignait pas de voler et de faire la contrebande, en se couvrant des privilèges de son maître.

De bonne heure, on avyit songé à fonder, pour les écoliers sans fortune, des maisons de charité, desHospitia ou collèges, où l'on admettait les étudiants pauvres, à qui on donnait gratuitement, outre un asile, le vivre et le couvert : ainsi naquit la Sorbonne, en 1256.

Le point de départ de ces créations fut l'acte charitable, par lequel, eji 1180, un bourgeois de Londres, du nom de Josce ou Joce, revenant de Jérusalem, acheta une salle de l'Môtel-Dieu de Paris et fonda une rente, qui permit d'entretenir et de coucher dix-huit clercs écoliers. En retour, ceux-ci se chargeaient de veiller, à tour de rôle, les morts de l'hôpital et de porter, aux enterrements, la ci-oix et Teau bénite. Plus tard, ils sortiront de l'Hôtel-Dieu et posséderont une maison en propre : de la sorte, fut institué le premier en date des collèges parisiens, celui des Dix- huit, qni remonte au moins à l'année 1180 *.

1. LucHAiRii, rUniversité de Paris sous Philippe-Auguste, 28.

Le régime de ces collèges était sévère ^ : il n'était permis d'y introduire « ni chiens ni femmes ».

A l'origine, on n'y recevait que des jeunes gens travailleurs, assimilables à nos boursiers- actuels. Plus tard, on y laissera pénétrer tout étudiant pouvant s'acquitter des frais de pension. Les «boursiers» avaient des devoirs à remplir.

Ceux qui auront été ab^ens sans cause légitime desdits collèges, et n'auront couché es chambres d'iceux collèges par cinq mois entiers et consécutifs, seront privés desdites bourses et chambres.

Ces étudiants étaient tenus d'assister aux sermonsy aux récitations des commandements de Dieu, chaque jour, soir et matin, et « aux festes solennelles ; de faire leur confession auriculaire en bonne contribution et dévotion ».

Dans les collèges, l'écolier trouvait, outre un lieu pour s'instruire, le gîte et la table.

Au début, ces hospitia étaient des sortes d'hôtels garnis, où les étudiants étaient sous la garde d'un principal. Puis, les maîtres s'installèrent dans ces maisons hospitalières, qui devinrent des foyers d'enseignement libre, des « petites coUec-

1. Les règlements intérieurs de ces collèges étaient, dans une certaine mesure, ceux des maisons religieuses. (Cf. un de ces règlements, dans la thèse de Henri-Maxime Ferrari da Grado, Une chaire de médecine au quinzième siècle; Paris, 1899, 19-23.)

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tivités dans la république fédérative de l'Université 1 » .

Peu à peu, aux boursiers qui constituaient en majeure partie la clientèle de ces maîtres, vinrent s'ajouter d'autres escholiers, pensionnaires ou externes: les carriéristes ou chambriers, jeunes gens riches, qui s'offraient le luxe d'un précepteur particulier, avaient chacun leur chambre, et se nourrissaient à leurs frais ; les correcteurs ou portionnisleSj qui payaient pension pour le dortoir et la table commune.

Les externes étaient appelés martinets, parce que, comme cet oiseau, ils avaient l'humeur vagabonde et ne paraissaient au collège que pour retirer les attestations nécessaires au moment des examens. Enfin, on désignait sous le nom de galoches ou porteurs de sabots, indispensables pour conserver les pieds secs dans la boueuse Lutèce, les étudiants amateurs, vieillis sous le harnois scolastique. C'est dans ces deux dernières catégories que rentraient tous les besogneux, qui constituaient une portion notable de la population scolaire.

Pendant longtemps, la misère de la plupart de ceux qui fréquentaient les Écoles fut telle, qu'elle était devenue proverbiale. Un contempo-

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