‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 48 sur 134 · MESSAGERS · texte numérisé non relu

MESSAGERS

dépensé mon argent pour mes études et mes besoins journaliers. Demande : donnez-moi mon nécessaire et soulagez ma pauvreté par un petit sacrifice. Conclusion : il est du devoir d'une mère de soulager l'indigence de son fils.

Le plus souvent, la maman faisait la sourde oreille, invoquait la dureté des temps, la cherté du logement et des aliments.

Les écoliers lettrés témoignent plus d'élégance dans l'art de « tirer la carotte ». Eustache Deschamps, étudiant en droitde l'Université d'Orléans, adressait à son père cette jolie ballade :

Très cher père, je n'ai denier

Et si fait à l'étude cher.

Je "ne saurais étudier

Dans mon Code, dans mon Digeste,

Caduques sont. Je dois, de reste,

De ma prévôté dix écus,

Et ne trouve homme qui me preste.

Je vous mande argent et salus.

Très cher père, pour m'alléger, En la taverne, au boulanger.

Aux docteurs, aux bedeaux conclus, Vins sont chers, hôtels, autres biens, Je dois partout. J'ai grand métier D'être mis hors de tels biens.

Cher père, veuillez moi aider Je redoute l'excommunier.

Cité suis ; n'ai os ni areste.

D'argent n'eu devant cette feste De Pasques; du moutier exclus Serai : octroyez ma requeste.

Je vous mande argent et salus.

Parfois le père se laissait toucher, non sans recommander à sa progéniture plus de modération dans les dépenses; d'autres fois, il refusait, invoquant la mévente de son blé ou de son vin.

L'étudiant se décidait alors à frapper à d'autres portes. Un d'entre eux écrivait à sa sœur, mariée, (le tromper la vigilance de son mari et de lui envoyer telle somme qu'elle pourrait. Afin de l'apitoyer sur son sort, il lui contait qu'il logeait sur la place publique, n'ayant ni vêtements, ni chaussures, pas même de chemise ! La missive produisit son effet : la destinataire, se laissant attendrir, envoyait à son frère cent sols tournois, deux paires de chaussettes et dix aunes de toile.

Dans la lettre qui accompagnait l'envoi, elle recommandait le secret le plus absolu : « Prends garde que mon mari le sache, disait-elle à son jeune frère, car s'il le savait, il me tuerait ; sur mes instances, il a d'ailleurs l'intention de t'envoyer de l'argent ^ ». C'était double profit pour celui qui, à cette heure, se félicitait que sa ruse eût aussi bien réussi.

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