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Du moins avant Louis XI

92 MœURS INTIMES DU PASSE

Irréguliers à l'origine, ils ne tardèrent pas à s'organiser en corps spécial : il leur fut accordé un certain nombre de dispenses d'impôts, de droit de péage, etc., qui en firent un office assez recherché.

Les petits messagers, nuntii volantes ou minores^ petits forains et ordinaires^ étaient des sortes de commissionnaires, qu'on rencontrait sur tous les chemins, jusque dans les coins les plus reculés du royaume et même en pays étrangers. Ils ne faisaient pas seulement les commissions des étudiants et des suppôts de l'Université ; ce service n'étant pas assez rémunérateur, ils étendirent leur clientèle, en se chargeant, pour toute espèce de personnes, de porter « lettres, argent, procez, hardes, marchandises, et tout ce qui leur est commis et confié, pour l'usage des particuliers et du public, et d'avoir bureau ouvert pour cet effets ».

Les grands messagers, nuntii majores, répondaient à d'autres besoins. Les étudiants, dont le pays était trop éloigné pour qu'ils pussent entreprendre le voyage, ou qui ne voulaient ou ne pouvaient faire les frais de messages, s'adressaient à des bourgeois de Paris et, moyennant caution, ceux-ci les dispensaient de recourir à l'aide

1. Preuves et Defence du Droict de l'Universilé touchant les messagers (Bibl. de la Sorbonne, U, 76).

LA VIE d'Étudiant au moyen Age 93

paternelle : ils leur tenaient lieu de correspondants.

Ces bourgeois assistaient de droit aux réunions, en corps, de l'Université, aux autres actes et cérémonies publiques où l'Université figurait et ils jouissaient d'un certain nombre de privilèges.

Ils devaient prendre soin des écoliers de chaque diocèse, les recevoir à l'arrivée de leur pays, les assister en leurs maladies, leur procurer et faire servir, « soit par lettres de change ou autrement », ce qui est nécessaire pour leur entretien.

Ces messagers ne se déplaçaient que dans des circonstances exceptionnelles ; ils n'avaient droit d'apporter lettres et paquets pour d'autres personnes que les étudiants, ni de tenir bureaux de messagerie.

Qu'il eût recours aux grands messagers^ représentants autorisés de la famille, ou à ses propres parents, l'écolier du moyen âge connaissait, comme celui de nos jours, l'art de faire s'ouvrir les bourses rebelles. Mais nous devons convenir, à son honneur, que l'escholier d'antan abordait avec plus de délicatesse que l'étudiant d'aujourd'hui, le chapitre de la « pécune ».

En conclurons-nous que, de nos jours, le respect s'en va, que la distance était plus grande

qui séparait, jadis, le père de ses enfants ? Quoi qu'il en soit, les pitoyables requêtes d'escholiers que nous avons produites étaient bien faites pour attendrir leurs destinataires, à moins qu'ils n'eussent un pavé en place du cœur.

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