PIEGES JUSTIFICATIVES
L'exercice du contrôle des étudiants à l'égard de leurs maîtres date de loin. M. A. Germain a retrouvé (1), dans les archives municipales de Montpellier, la minute d'une plainte adressée par eux, à la fin du quinzième siècle, aux généraux réformateurs laissés par Gharles VI en Languedoc, à la suite de son voyage à travers cette province, et de son double séjour à Montpellier, en 1389, si gaiement raconté par Froissart, au quatrième livre de ses Chroniques.
Tellement grande, y disent-ils, en se qualifiant d'étudiants et de bacheliers, était autrefois la renommée de l'Université de médecine de Montpellier, qu'elle jouissait de l'estime générale jusqu'aux dernières limites du monde. Mais, ô douleur ! elle est aujourd'hui réduite à tant d'abjection, que, s'il ne subsistait certains vestiges de cette ancienne gloire, elle serait entièrement oubliée.
(1) Principe démoêralique dans les anciennes écoles de Montpellier, par A. Germain, 9-10.
La cause de cette ruine, c'est surtout la négligence» la cupidité, l'avarice des professeurs. A\icun ordre dans l'école, aucune mutuelle déférence. Nos maîtres, en présence même des élèves et du public, se querellent sans cesse ; l'inférieur injurie son supérieur, et le fait impunément. Nulle modestie ; rivalité incessante de domination. Par suite, pas d'entente, désaccord perpétuel : on ne s'unit que pour couvrir l'Université d'une honte qui finira par la perdre totalement.
Quoique, en effet, de sages statuts aient ménagé aux étudiants le moyen d'arriver aux grades sans trop s'appauvrir, l'avarice aveugle tellement nos professeurs, qu'au mépris de l'honneur de l'Univerbité, et des serments qui les obligent à se respecter eux-mêmes, ils ne craignent pas de nous extorquer, pour la licence et le doctorat, des sommes excessives, réglementairement interdites... En vertu de cette sordide passion du lucre, ils reçoivent apothicaires et barbiers, en dépit de ce qu'ils doivent d'honneur à l'Université, des sujets ne sachant rien, au point de dégoûter les candidats sérieux de prendre leurs grades à Montpellier...
Aussi, les étudiants et bacheliers de cette Université, se sentant profondément atteints, par la prévision de son anéantissement, recourent-ils à vous, très redoutés seigneurs, pour vous supplier humblement de vouloir bien, au nom del'autorité royale, dont vous êtes les dignes mandataires, arracher à une ruine imminente notre École de Médecine, en imposant à nos maîtres le strict devoir de n'exiger de nous pour la collation des grades que les droits régulièrement prescrits, et en les soumettant à l'entière obéissance aux statuts universitaires. Notre école ne peut revivre que par ce moyen...
Vous accomplirez ainsi une œuvre vraiment bonne, et les
étudiants et bacheliers, présents et futurs, pleins de gratitude à votre égard, prieront Dieu pour vous (4).
(1) Arch. mun. de Montpellier. Le texte original, en latin, de ce document, est rapporté in-exlenso dans l'Histoire de la commune de Montpellier, de A. (xERMAIN, t. III, 444-449.
LA VIE D'ETUDIANT