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A LA RENAISSANCE

^■Qui n'a entendu rapporter ce mot d'un ministre ^Fe l'Instruction publique, sous le second Empire: tirant sa montre à 2 heures de l'après-midi, en présence de son interlocuteur, le grand-maître de l'Université déclarait fièrement : « A cette heure, tous les élèves de tous les lycées et collèges de France composent en version latine ! >; S'il y avait eu, au moyen Age, un ministre de l'Instruction publique, et qu'il eût donné audience à 5 heures du matin, il aurait pu dire, lui aussi, à son visiteur : « A l'instant où nous parlons, tous les élèves de toutes les Facultés se rendent à leurs cours. »

100 MœURS INTIMES DU PASSÉ

Au seizième siècle, oîi se conserve fidèlement la tradition moyen-âgeuse, du moins en ce qui concerne l'enseignement, l'étudiant est toujours tenu de se lever de bon matin, mais les infractions à la règle sont fréquentes.

En un temps où il n'existe pas encore d'horloge, il y a des chances que le professeur, aussi bien que l'écolier, se mette en retard : on est plus disposé à l'indulgence, quand soi-même on s'expose au blâme. La cloche de la paroisse voisine a beau être mise en branle par le pulsator, — l'un des fonctionnaires de l'Université chargé de ce soin, — que, plongé dans un sommeil profond, on a pu ne pas l'entendre.

Les cours ayant lieu à une heure très matinale ', ceux qui les suivaient étaient tenus de loger dans le quartier universitaire ; aussi, en province notamment 2, les habitants de ce quartier se plaignirent-ils, à maintes reprises, de voir retomber sur un petit nombre de bourgeois les taxes ou exemptions dont jouissaient les suppôts de l'Université,tantles maîtres, les officiers, les libraires, etc., que les escholiers.

Mais voici nos étudiants sur pied. Une fois levés,

1. A 5 heures en été, à 6 heures en hiver, pour la Faculté des Arts; une heure plus tard, pour les Facultés dites supérieures.

2. La Vie de VÉiiidianl à Caen au seizième siècle, par Henri Pbentout. Caen, 1905.

LA VIE d'Étudiant a la renaissance io3

ils s'habillent, bien qu'à la hâte, décemment ; leur toilette est moins négligée qu'aux âges précédents. Voulez-vous savoir quel était le vêtement d'un écolier, en 1565 ? C'est un témoignage, en même temps qu'un trait de mœurs i, que nous allons produire.

Après que j'ay esté esveillé, je me suis levé du lict, j'ai vestu mon pourpoint et mon saye (tunique). Je me suis mis sur une selle (chaise), j'ay pris mon haut de chausse et mon bas, que j'ay tous deux chaussés, j'ay pris mes souliers, j'ay attaché mon haut de chausses a mon pourpoint avec aiguillettes, j'Ry lié mon bas avec les jarretières audessous du genouil, j'ay pris ma ceinture; j'ay peigné ma leste, j'ay pris mon bonnet que j'ay bien agencé, j'ay vestu ma robbe et puis, estant sorty de la chambre, j'ay descendu en bas, j'ay fait de l'eau en la cour contre une muraille, j'ay pris de l'eau d'une seille, j'ay lavé mes mains et mon visage, la bouche et les dents, j"ay essuyé mes mains et mon visage à une serviette.

Le mobilier de l'étudiant, on peut déjà en juger par cet aperçu, était sommaire. Souvent une même chambre avait deux occupants.

Peu ou point délivres : quelques rares ouvrages de médecine, tels que les œuvres d'Hippocrate ou de Galien, VUniversa medica, de Fernel; des livres de philosophie, ou de l'antiquité grecque et ro-

1. Mathurin Cohoikr, Colloque 60, 1. 2, 320 {Glossaire archéologique de CiAY, art. Ecole, Ecolier).

maine constituaient tout le bagage littéraire et technique de l'étudiant.

Celui-ci, en général peu fortuné, allait à la Bibliothèque, qui n'était guère pourvue.

Le gardien, qui était en môme temps le claviger scholarum, devait l'ouvrir à tous ceux qui venaient y étudier; les autres en étaient sévèrement exclus.

La précaution n'était pas superflue; car, malgré la surveillance exercée, on constata maintes fois nombre de feuillets coupés, de lettres d'or ôtées, d'écussons arrachés K

En dépit de ces mutilations, les bibliothèques de nos Ecoles de médecine s'enrichissaient sans cesse de dons privés. Le scribe de l'Université en tenait soigneusement registre.

Dans certaines Facultés, une partie du trésor de l'Université, « abri presque inviolable, dont quatre clefs différentes, confiées à diverses mains, garantissaient la sécurité », était affectée à l'accroissement de la bibliothèque.

Un conseil, composé de bacheliers et d'étudiants, était chargé d'acquérir les ouvrages jugés nécessaires, mais rien autre que des livres de médecine etde philosophie, grecs ou latins ^ : ainsi en avait décidé un articledes statuts édictés en 153^

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