‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 57 sur 134 · Cf. la relation de Thomas Platler {op. infrà cit · texte numérisé non relu

Cf. la relation de Thomas Platler {op. infrà cit

IKi MŒURS INTIMES DU PASSE

Un personnage célèbre était-il de passage dans la ville universitaire au moment de l'examen, on ne manquait pas de l'invitera II ne restait plus à l'étudiant qu'à envqyer, pour avoir fait tout son devoir, au domicile de chaque docteur, un massepain, garni de deux livres de dragées ou de confitures de choix, avec un beau cierge ; ce dont il s'acquittait habituellement à l'issue de la collation.

Voulait-il prendre rang parmi les docteurs, il lui incombait l'obligation de donner à chaque professeur — en échange du festin, du bonnet, des gants, des droits de grade — deux écus et cinq sous tournois. Quant au président de la cérémonie, il avait reçu la veille une somme de trente écus.

Ce n'est pas tout ! 11 y avait le bedeau qu'il ne fallait pas oublier, le bedeau qui marchait en avant du professeur, quand celui-ci, enveloppé dans sa robe fourrée, faisait son entrée dans la salle des actes.

Situation recherchée que celle de bedeau :

1. L'ambassadeur des Provinces-Unies auprès du Roi, Quentin-Taffin, de Tournai, étant de passage à Caen, pendant la Ligue, fut invité, ainsi que le Parlement, à assistera la réception de M" Nicolas Michel au doctorat en médecine. {La Faculté de Médecine de Caen au seizième siècle, par H. Prentout: communication lue à lalSociété des Antiquaires de Normandie, le 27 janvier 1905.)

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les bourgeois les plus considérés de la ville la sollicitaient; et on se l'explique, quand on sait que le bedeau avait le droit de prélever, sur chaque étudiant immatriculé de Pâques à la Saint- Luc, un tribut de deux sous et demi ; pareille contribution à la Sainte-Catherine et différentes sommes pour les cours. Les frais allaient en augmentant, à mesure que l'on montait en grade.

Le docteur devait, en outre, payer dix sous tournois au sonneur de l'église, qui annonçait la cérémonie de sa réception, en sonnant la cloche la veille au soir et le matin du Jour de la cérémonie. 11 avait, en plus, à verser au prieur de la même église paroissiale, présent ou absent, une barrette et une paire de gants.

Autant en réclamait le sacristain, mais seule- ^ment s'il avait assisté à la solennité ; autant, les deux premiers prêtres et 1' « hebdomadier » préposé à la garde de la porte du chœur, sauf à s'en [tenir à la remise des gants à l'égard du troisième [prêtre, des trois diacres et du clerc. Décuplez toutes ces sommes et vous aurez une idée approximative de la dépense qu'occasionnait une réception au doctorat 1;

1. A Montpellier, la cérémonie du doctorat se passait en grande pompe, dans l'église de Saint-Firmin,au son de l'orgue. Certains récipiendaires prononçaient un discours de remerciement en cinq ou six langues ; puis on les promenait solennelle, ment par la ville, au son des fifres et avec un panache de soie

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Mais tous les étudiants étaient loin de pouvoir s'acquitter de ces frais élevés : il y avait une grande diversité dans les ressources des jeunes gens qui fréquentaient les cours des Universités. Si tels d'entre eux pouvaient dépenser de grosses sommes, quelques-uns mendiaient leur pain.

Le DU des crieries de Paris nous montre les écoliers du collège des Bons-Enfants criant, par les rues de la Cité, ce refrain désolé :

Les Bons Enfants orrez ci'ier Du pain, n'es vueil pas oublier.

Ceux qui avaient leur pitance assurée, aux collèges de Navarre ou de Montaigu, n'étaient guère mieux partagés : ils ne mangeaient pas toujours à leur faim ! Devons-nous rappeler le jeu de mots latin sur Montaigu : Mons acutus, ingeniam acutum, dentés acuti ? Eras,me, qui y avait fait ses études, a laissé, dans un de ses Colloques^ un

sur la barrette. On portait, au cortège, dès liges de fenouil, ornées de figurines de sucre. Au retour, avait lieu une collation copieuse, avec abondante distribution de dragées. L'hypocras était versé à flots et, après avoir bien bu et bien mangé, on dansait avec frénésie. En Espagne, c'était un jour de fête pouri toute la ville, celui où le doctorat était décerné à quelques^ étudiants, après sept ou huit années passées à l'Université cloches à toute volée, processions, femmes au balcon agitant] des mouchoirs, distributions de vivres à la populace, banquets, courses de taureau. Le nouveau docteur, s'il possédait quelque) chose, s'y ruinait le plus souvent. (Cf. Une réception de docteuri à Montpellier au seizième siècle, par A. Castan. Montpellier, 1878.

tableau vigoureusement buriné de la rude existence qu'il avait menée dans ce collège, où il avait gagné, à l'entendre, des infirmités pour le restant de ses jours.

Le valétudinaire écrivain a retracé, avec l'éloquence de la rancune, le régime famélique auquel il avait été soumis. L'hiver, il lui fallait se contenter d'une eau glacée et saumâtre, provenant d'un puits empesté, ou la lie d'un vin tourné ; jamais de viande, comme si le carême durait douze mois entiers. Au moins, les écoliers avaient-ils une couche convenable ? Ah ! que non pas ! un méchant grabat, posé à même le sol, leur servait de lit et, s'ils s'avisaient de regimber, la férule tournoyait dans l'air, jusqu'à ce qu'elle s'abattit sur leurs épaules, ou un peu plus bas.

Nous avons dit que, pour gagner de quoi vivre et étudier, au moyen âge, des écoliers écrivaient des manuscrits, balayaient, ramassaient les ordures ; que d'autres se mettaient au service d'un collègue, d'un étudiant riche ou d'un professeur. 11 en était de même à la Renaissance. N'est-ce; pas, d'ailleurs, ce qui s'observe dans telles Universités américaines, de nos jours, où les étudiants sont cochers, conducteurs de tramways, décrotteurs, etc. ?

La corporation universitaire parisienne, qui a servi de modèle à presque toutes les autres, avait

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trouvé un moyen ingénieux de proportionner les frais d'examen aux ressources des écoliers : la dépense hebdomadaire de chaque étudiant était calculée, d'après ses déclarations, par les autorités universitaires, qui établissaient la quotité de leur contribution vis-à-vis de la Faculté. Cette bourse servait d'unité ; si l'étudiant avait à payer quatre bourses, cela indique qu'il payait une somme quatre fois équivalente à sa dépense hebdomadaire^ déduction faite du loyer de sa chambre. L'impôt sur le revenu, calculé proportionnellement aux facultés du contribuable et fondé sur ^la déclaration, aurait-il été inventé par la démocratie universitaire du moyen âge? Il y semblerait. L'esprit de corps, la solidarité qui unissait étuliants pauvres et étudiants riches, se manifestait, parfois, d'une façon fort touchante. 11 n'était )as rare que des camarades généreux payassent les droits pour ceux qui ne pouvaient les acquitter, en versant à la caisse commune- Mais une [délibération de la Faculté était indispensable : tout devait se passer dans les formes et l'on poussait la délicatesse jusqu'à dissimuler, sur le registre des comptes, le nom du bénéficiaire de cette faveur ; sauf, toutefois, si celui-ci s'engageait à [^rembourser plus tard les avances qu'on avait faites 'pour lui, auquel cas son nom était consigné sur les registres.

Il fallait avoir la bourse bien garnie, quand on abordait les études médicales; n'allait-on pas, dans nos anciennes Écoles, jusqu'à payer l'assistance aux démonstrations anatomiques?

Il y avait longtemps, au seizième siècle, que l'on pratiquait des dissections: dès 1376, les médecins de Montpellier avaient obtenu, du lieutenant du roi en Languedoc, l'autorisation d'opérer sur le cadavre des condamnés à mort ; mais il n'était accordé, pour chaque cour judiciaire du ressort, qu'un cadavre de supplicié par an. L'Ecole de Paris ne jouit que plus tard du même privilège.

La pratique des dissections existait donc dès le quatorzième siècle eu France ; mais celles-ci étaient relativement rares, d'autant- plus rares qu( le Coran, aussi bien que la loi de Moïse, édictaienl les pénalités les plus rigoureuses contre quiconque mutilait même une portion de cadavre humain '

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