Arrêt des Grands Jours de Béziers
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Il faut arriver en 1 550 pour voir prescrire l'obligation de quatre anatomies par an * , confiées « à l'un des docteurs et chirurgiens des plus idoines et suffisans ».
Le premier « Théâtre anatomique » qu'eut l'École de Montpellier fut inauguré en 15562. Mais on n'avait pas attendu jusque-là pour ouvrir des cours, ou, pour mieux dire, des démonstrations d'anatomie.
Si l'on s'en rapporte à la relation d'un étudiant de l'époque ^, ces démonstrations étaient publiques. Outre les étudiants, il y avait dans l'assistance beaucoup de personnes de la noblesse et de la bourgeoisie, et jusqu'à des dames et des demoiselles, quoiqu'on fît l'autopsie d'un homme. Il y assistait même des moines. Les femmes se cachaient derrière le masque, surtout quand on faisait l'anatomie d'un sujet de leur sexe.
On allait à une dissection, comme on court aujourd'hui aux leçons du conférencier à la mode et,lorsqu'en 1673, Molière, dans le Malade imagi-
1. Le Liber procuratoris sludiosorum, analysé par M. A. Germain, enregistre une anatomie pour l'année 1526, deux en 1527, deux en 1528, quatre pour 1529, deux pour 1530, trois pour 1531. Le nombre s'en élève à cinq en 1532 et 1534 ; il n'avait été que de trois en 1533, et il retombait à deux en 1535.
2. L" École de médecine de Montpellier, ses origines, etc., par • A. Germain (Montpellier, 1880), 80.
3. Félix et Thomas Flatter à Montpellier (1552-1559; 1595-1599)- Montpellier, 1892.
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naire, mettra en scène Thomas Diafoirus, invitant sa fiancée à aller voir, « pour se divertir, la dissection d'une femme », il ne fera que mentionner une coutume qui persistait et dont nul ne songeait à se choquer i.
Le professeur chargé, selon l'expression consacrée, d' « interpréter l'histoire du corps humain, » en présence d'une assistance aussi nombreuse que choisie, recevait un écu pour sa peine; le surplus de la recette — car on prélevait le prix de la place que chacun venait occuper dans l'amphithéâtre, pour jouir de ce peu ragoûtant spectacle -
1. Un autre genre de distraction, qui donne bien le ton du îraps : on allait aux exécutions judiciaires comme à une
[)artie de plaisir. Celles-là étaient fréquentes : pendant un séjour de sept ans à Montpellier, F. Flatter n'en note pas moins le treize ; deux fois seulement, ce furent des exécutions en effijie ; mais, quand ce n'était pas un simulacre, le spectacle était l'une tragique horreur : le bourreau, après avoir bandé les yeux lu condamné, le couchait sur le ventre, le cou à découvert, sur Je billot ; il tirait un grand glaive, qu'il tenait dissimulé sous sa Irobe, et lui en portait deux coups sur la nuque : la tôte roulait Bur le plancher; ensuite, il coupait les jambes et les bras du Briminel, les posait sur l'échafaud, avec la tête au milieu, les y laissait toute la nuit et, le lendemain matin, suspendait ces 'débris, hors de la ville, à un olivier, où on les laissait pourrir. Parfois, le corps était remis aux amphithéâtres d'anatomie ; d'autres fois, on le livrait aux flammes, et quand le feù ne voulait pas prendre, s'il pleuvait, par exemple, on y répandait de l'huile de térébenthine pour l'activer.
Doux pays ! douces mœurs ! !
2. On payait, à Montpellier, douze deniers tournois, pour assister à une « anatomie », si on était étudiant; les profanes payaient quinze deniers.
— le surplus était affecté aux « frais matériels de l'opération et de ses suites ».
Ces frais étaient loin d'être insignifiants : la note qui suit, extraite des registres officiels^ montre ce qu'il en coûtait, en l'an 1527, pour pratiquer une anatomie ; si l'on eut un moment l'idée d'y admettre les étudiants sans bourse délier, on dut bien vite y renoncer, dans l'intérêt même de la caisse scolaire.
Voici la carte des dépenses d'une dissection, au temps de Rabelais- :
Pour rôniinent et très savant maître Jean Faucon, doctissime interprète de l'histoire du corps, un écu. (Jean Faucon était, avec Schyron, le maître de Rabelais ; avec Antoine Gontier et Antoine Saporta, Jean Faucon était un des professeurs d'anatomie les plus réputés). — Pour le prosecteur, 20 sous. — Pour le vase de verre destiné à recevoir les intestins, ainsi que pour le feu et les étoupes, cinq sous dix deniers. — Pour l'encens employé à assainir la salle, dix-huit deniers. — Pour le garde de l'hôpital, qui a bénévolement livré le cadavre, cinq sous. — Pour la femme dudit garde, qui a prêté le linceul dans lequel on Ta apporté à l'École, deux sous, afin de la mieux dis poser à nout; avertir, lorsqu'il se présentera des corps propres à la dissection. — Poui- les hommes qui ont amené
1. Liber Procurât., ad. ann. 1.527, rapporté par Germain (Lai Renaissance à Montpellier, 67-8.)
2. Rabelais a constaté sa présence à une autopsie pratiquée par Schyron, en 1530, en signant de sa main sur le registre ad hoc : « HabeUesus, quia prœsens fui. »
le cadavre de l'hôpital au Collège de médecine, deux sous. — Pour le vin qui a servi h le laver, et pour ceux qui l'ont lavé, deux sous. — Pour une livre de chandelle nécessaire à la poursuite de la dissection dans la soirée du jour de l'autopsie, seize deniers. — Pour le suaire d'ensevelissement, et pour les tabliers et linge de dissection, sept sous. — Pour la préparation du cercueil et de la fosse, l'appel des prêtres, le port des cierges qu'ont exigé les funérailles, neuf deniers. — Pour les peines du bedeau de l'Université, qui a concouru à l'opération en entretenant le feu, en fournissant de son mobilier nombre d'ustensiles dont on avait besoin, cinq sous. — Pour sa femme, qui a ensuite nettoyé la salle, douze deniers. — Pour ses enfants, qui ont également prêté assistance, soit en aidant gles opérations, soit en courant chercher tout ce qu'il fallait, quatre deniers. — Pour le prêtre de Saint-Claude ;t pour le fossoyeur, six livres. — Pour les prêtres qui ont accompagné le corps au cimetière Saint-Barthélémy et les pauvres qui leur ont fait cortège, neuf sous. — Pour le prêtre ou prieur de l'hôpital, deux sous. — Pour les )orteurs qui ont transféré le corps au lieu de la sépulture, [uatre sous. — Pour les prêtres de Saint-Matnieu, trois Sous quatre deniers. — Au cimetière de l'église Saintiarthélemy, douze deniers. - Pour le lit ou brancard du kuré de la paroisse Saint-Firmin, quatre livi'es. — Pour 'le cercueil, douze sous. — Poui' les chapes, la croix et les prêtres de Saint-Firmin, sept sous. — Pour une messe dite à l'intention du disséqué, vingt depiers.
Le cérémonial ne fut pas toujours aussi compliqué et l'on mettait parfois moins de façons pour porter un corps en terre et surtout pour l'exhumer,
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Quand le bruit se répandait que le prévôt des maréchaux allait procéder à une exécution capitale, le procureur de l'Université se hâtait de tenir conseil, avec les étudiants et bacheliers en médecine, et on décidait de réclamer ij futur pendu, pour en faire une « anatomie sèche ». Mais l'autorité n'accordait pas toujours la dépouille mortelle du condamné; force était de se contenu ter d'un méchant squelette, plus ou moins avarié, plus ou moins complet. Aussi, pour remédier à cette disette de « sujets », les étudiants recouraient-ils à tous les moyens, voire à ceux que condamnaient sévèrement les lois. Ils dérobaient furtivement les cadavres, soit dans les hôpitaux, soit dans les cimetières. Le fait de Vesale allant de nuit déterrer les cadavres à la butte de Monfaucon ou au cimetière des Innocents, est loin d'être un fait isolé. \
Le médecin bàlois, qui nous a laissé le récit, pittoresque et imagé, de sa vie d'étudiant, a contéJ une de ces expéditions nocturnes, au cours desquelles il alla, en compagnie de camarades aussi déterminés que lui, déterrer les corps fraiche-1 ment inhumés dans un cloître situé extra-nmros.\ Ce ne fut pas sans courir quelques risques.
«... Ma principale étude, narre le conteur, était l'anatomie. Non seulement Je ne manquais^
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jamais d'assister aux dissections d'hommes ou d'animaux qui se faisaient au Collège, mais j'étais aussi de toutes les autopsies que l'on pratiquait secrètement sur des cadavres et j'en étais venu à mettre moi-même la main au scalpel, malgré la répulsion que j'avais éprouvée d'abord. Je m'exposai même à plus d'un danger avec d'autres étudiants français, pour me procurer des sujets. \]nbaccalaureus medicinse nommé Gallotus, qui avait épousé une femme de Montpellier et possédait une certaine fortune, nous prêtait sa maison. Il nous invitait, moi et quelques autres, à des expéditions nocturnes, pour aller hors la ville déterrer secrètement des corps fraîchement inhulés dans les cimetières des cloîtres, et nous les sortions chez lui pour les disséquer. Des indivilus apostés nous prévenaient des enterrements \X nous menaient la nuit à la fosse...
A la nuit close, Gallotus nous conduisit hors de la ville, au couvent des Augustins, où nous attenlait un moine appelé frère Bernard, gaillard déterminé, qui s'était déguisé pour nous prêter la main. Arrivés au couvent, nous y restons à boire, sans bruit, jusqu'à minuit. Alors, dans le plus grand silence et l'épée à la main, nous nous rendons au cimetière du couvent Saint-Denis, où nous déterrons un corps avec nos mains, car la terre n'était pas encore tassée, l'enterrement
ayant eu lieu le jour même. Une fois mis à découvert, nous le tirons dehors avec des cordes, et l'enveloppant de nos flassades, nous le portons sur deux bâtons jusqu'aux portes de la ville. 11 pouvait être trois heures du matin. Là, nous mettons le corps à l'écart, pour aller frapper à la poterne, qui s'ouvrait pour entrer et sortir de nuit. Le vieux portier vient nous ouvrir en chemise; nous le prions de nous donner à l)oire, sous prétexte que nous mourions de soif et, pendant qu'il va chercher du vin, trois d'entre nous font passer le cadavre et le portent sans désemparer dans la maison de Gallotus, qui n'était pas bien éloignée. Le portier ne se douta de rien, et nous rejoignîmes nos compagnons.
En ouvrant le linceul où le corps était cousu, nous trouvâmes une femme, avec les jambes contrefaites de naissance, les deux pieds tournés en dedans. Nous en fîmes l'autopsie et découvrîmes, entre autres curiosités, diverses veines vasorum spermaticorum, qui n'étaient pas laides, mais contournées comme les jambes et dirigées vers le fondement. Elle avait une bague de plomb et, comme je les déteste naturellement, cela augmenta mon dégoût i. »
1. Tout ce passage, et ceux qui suivront sont extraits de, l'excellente édition de l'ouvrage dont nous avons donné plue: haut le titre, paru à Montpellier, chez l'éditeur Goulet, en 1892.;
Cette expédition avait lieu le 11 décembre 1554.
Encouragés par le succès de leur équipée, nos jeunes gens, cinq jours après, tentaient de nouveau l'aventure : un étudiant et un enfant venaient d'être enterrés au même cimetière, le cimetière du couvent Saint-Denis. La nuit venue, ils se rendent chez les frères Augustins ; un d'entre eux, qui leur prêtait la main, les reçoit dans sa cellule. La jeunesse aidant, le repas ne pouvait manquer d'être gai. La chère fut plantureuse et le vin déclaré exquis. Mais écoutons un des acteurs de la scène nous la raconter... par le menu.
« C'était le 16 décembre. Nous nous régalons d'une poule au chou, dans la cellule du frère Ber- , nard ; nous avions cherché nous-mêmes le chou dans le jardin et nous l'avions apprêté avec un vin excellent, qu'avait fourni le frère.
En quittant la table, nous nous mettons en campagne avec nos armes, car les moines de Saint- Denis s'étant aperçus que nous leur avions déterré une femme, avaient menacé de nous faire un mauvais parti. Myconius portait son épée nue et les l'iançais, leurs rapières. Les deux corps sont détiîirés, enveloppés de nos couvertures et por-
Iés sur deux bâtons, comme la première fois, ♦isq.i'à l'entrée de la ville ; mais n'osant pas 'éveiller le concierge, l'un de nous se glisse à
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la porte... Nous lui faisons passer les cadavres par la même ouverture, il les tire au dedans et nous suivons le même chemin à notre tour, en nous traînant sur le dos; je me rappelle même que je m'égratignai le nez au passage. »
Les deux sujets sont portés dans la maison de Gallotus et débarrassés de leur enveloppe. Là, nos voleurs de cadavres s'aperçoivent que l'un des corps dérobés est un étudiant de leur connaissance. Us procèdent, néanmoins, à son autopsie : celle-ci leur révèle des lésions pulmonaires graves et, en outre, de petits calculs. La décomposition était si avancée, que le corps répandait « une odeur afi'reuse », malgré le vinaigre dont il avait été arrosé. Quant au cadavre de l'enfant, ils n'eurent que la ressource d'en faire un squelette.
A partir de ce jour, il devint de plus en plus difficile, sinon impossible, de recommencer de pareilles expéditions. Les moines de Saint- Denis gardèrent leur cimetière, et quand il se présentait un étudiant, ils le recevaient à coups d'arbalète.
Le temps vint où l'on put se procurer plus facilement des cadavres. La dissection était passée, peu à peu, à l'état de coutume scolaire, et on n'exigeait plus de rétribution que dans des circonstances exceptionnelles.
La pratique des autopsies n'était suspendue
(|u'en temps d'épidémie, par exemple quand la peste régnait, ce qui arrivait assez fréquemment^ C'est alors à qui fuirait le danger ; les médecins, et c'est à leur louange, étaient des derniers à déserter leur poste.
1. Voici, à ce propos, un curieux passage du journal du procureur Léonard Veirier, à la date de 1538 : « Savoir faisons à tous les suppôts de l'Université, qu'entre le 5 septembre et la fête des Rois, les assemblées et les leçons de l'École n'ont été accompagnées d'aucunes démonstrations anatomiques, à cause (le l'intempérie de la saison et de la peste qui régnait dans les hôpitaux. M'y étant un jour présenté avec l'abbé des chirurgiens, pour y trouver un sujet propre à la dissection, on nous en oITril un atteint d'un charbon au pied. A cette vue, nous nous mimes vite à fuir. A quels périls ne sont donc pas exposée l«a pauvres procureurs 1... »
L'auteur du journal que nous avons mis à profit, ne nous a pas donné seulement des informations sur la manière dont on enseignait l'anatomie ; nous sommes aussi renseignés, grâce à lui, sur les autres branches de l'enseignement médical.
A dire vrai, notre étudiant ne professe pas un enthousiasme immodéré pour les leçons de ses professeurs. A part le cours du savant Rondelet, qui avait des connaissances encyclopédiques (car il présidait des « anatomies », écrivaitsur la composition des médicaments^ et fournissait, sur ces sujets si différents, selon l'expression de son auditeur, d' « admirables explications »),
1. C'est dans son livre que le jeune Platler avait découvert « une recette infaillible pour faire pousser les poils ».0n comprend l'impatience qu'avait ce gamin de seize ans à essayer de la recette. « Toutes les nuits, dit-il, nous nous frottions le menton avec le précieux onguent, ce qui mettait nos oreillers dans un état pitoyable ; nous ne négligions pas, entre temps, de nous faire raser ; mais tous ces efforts furent en pure perte. »
FELIX l'LATTKIt
LA VIE D ETUDIANT A LA HENAISSANCE 13it
ses autres maîtres ne semblent pas lui avoir inspiré beaucoup de respect. Schj^ron, entre autres, — un nom prédestiné ! — ne s'oublia-t-il pas, ce que notre étudiant ne manque pas de consigner malicieusement sur ses tablettes, jusqu'à « faire, un jour, dans ses chausses, en pleine chaire ! » Ce déplorable accident trouvait son excuse dans l'âge avancé du professeur.
Combien de faits témoignent du peu de zèledes professeurs pour les fonctions de leur charge ! Déjà l'on se plaignait que trop d'entre eux sacrifiaient leur cours à leur clientèle ; mais cette négligence trouvait plus malaisément grâce devant
5s étudiants du seizième siècle, que devant ceux
lu vingtième.
« A cette époque, raconte F. Flatter, il y eut
^rand émoi parmi les étudiants, à cause du petit nombre de cours que faisaient les professeurs ; ils se rassemblèrent en armes devant les collèges et, ayant entraîné avec eux tous les camarades qu'ils rencontrèrent ou qu'ils trouvèrent au cours, ils se rendirent à l'Hôtel du Parlement. Un délégué, désigné par eux, se plaignit de la négligence que les professeurs mettaient à faire leur cours et réclama leur ancien droit d'avoir deux procureurs autorisés à retenir les appointements des professeurs qui ne feraient pas leurs leçons. Les
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professeurs, de leur côté, présentèrent leurs plaintes par la bouche de l'un d'entre eux qu'ils avaient désigné... Deux procureurs ' furent nommés et le calme se rétablit '. »
Les élèves studieux se réunissaient, pour se faire part de leurs recherches, s'exercer à parler
1. Le Procureur des éludianls avait pour mission de faireobserver les règlements de l'Kcole. Il portait le bâton d'honneur, signe d'autorité, dans les cortèges officiels et les cérémonies publiques. Il lui était permis d'avertir ou d'admonester le professeur dont le cours n'était pas scrupuleusement fait. Il fut remplacé, en 15.50, par quatre « Conseillers des Étudiants », nommés par les professeurs et qui n'en conservaient pas moins le droit de censure à leur égard. Les quatre conseillers des étudiants étaient choisis parmi les bacheliers; ils se chargeaient de tout ce qui pourrait être utile ou agréable à leurs mandants, avaient le droit de donner des conseils aux professeurs, pour l'organisation des éludes, etc. A la suite d'excès de pouvoir, ils furent suspendus de leurs fonctions pendant onze ans, de 17.-)3 à 1764.
2. Au seizième siècle, il régnait encore, à Montpellier, une singulière coutume : « Quand le professeur, écrit Platter,. dans sa relation, veut loucher son traitement, qui s'élève annuellement à deux cents couronnes de France, et qui lui est payé par la Cour des comptes royaux, il doit se faire accompagner par quelques étudiants, y compris un de leurs quatre conseillers, pour attester que les cours ont été faits régulièrement et avec soin. Lo professeur est, d'ailleurs, obligé | de terminer sa leçon ou son argumentation à la volonté des î: élèves. Dès qu'ils en ont assez, ils commencent à faire tapage avec les plumes, les mains, les pieds; et, pour peu que le professeur fasse la sourde oreille, ils se mettent à fau-e un tel vacarme qu'il lui est impossible de continuer ». Detoutteni on le voit, les étudiants ont fait du chahut.
sur des sujets qui avaient fait l'objet de leurs cours, ou qui étaient matières d'examens. Ces exercices, qu'on appelait/^Wya/a? disputationes, avaient lieu une fois par semaine ; ils présentent une évidente analogie avec les conférences d'externat ou d'internat, si en faveur de nos jours.
Quand on voit le nombre de cours que nos aînés suivaient, cours d'anatomie, cours de chirurgie^, cours de botanique, etc.', force est de convenir qu'ils travaillaient autant, et peut-être plus, que les étudiants de nos jours 3.
1. Platter rapporte, dansson journal, qu'il vit le chirurgien Michel Héroard, père du futur précepteur de Louis XIII, opérer un jeune canonicus d'une varice à la cuisse, pour empêcher la formation d'un dépôt en dessous ; il vit un autre de ses professeurs cautériser au fer rouge une vilaine plaie au gros orteil menacé de gangrène et il ajoute ce détail suggestif, que « le
;patient a tout le temps hurlé d'une façon lamentable, et lui [a déchiré, en plusieurs endroits, son bonnet avec les. dents ».
L'anesthésie ne devait être pratiquée que trois siècles plus
tard.
2. Au seizième siècle, la Faculté de médecine de Montpellier ine comptait pas moins de huit chaires : aux quatre chaires
royales, primitivement établies par Charles VIII et Louis XII, Henri IV avait adjoint, en 15i)7, une chaire de chirurgie et de pharmacie. (V. Le Cérémonial de l'Université de médecine de Montpellier, par A. Germain. Montpellier, 1879.)
3. Les étudiants du seizième siècle, tout comme cela se : faisait dans l'ancienne Rome, accompagnaient leurs maîtres |en ville, quand ceux-ci allaient voir leurs malades ; la clinique 'hospitalière n'existait pas encore. Parmi les avantages qu'oflre
l'enseignement de la P'aculté de Montpellier, « un des plus pré- .cieux, écrit Thomas Platter, est qu'on peut accompagner les [professeurs et les médecins dans les visites qu'ils font en ville
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S'amusaient-ils moins, ou leurs divertissements étaient-ils d'une autre espèce ? Quels étaient les passe-temps, les plaisirs, les distractions de la jeunesse universitaire à cette époque qu'on est convenu d'appeler la Renaissance, et qui ne fut pas toujours celle du bon ton et des belles manières? C'est ce que nous allons dire.
à leurs malades ; on peut suivre ainsi le diagnostic, les prescriptions et l'action des remèdes ; c'est un grand honneur pour les médecins d'être escortés dans les rues par un grand nombre d'étudiants ».
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