Voir aux Pièces justificatives la note A
servi. Flatter nous donne le menu quotidien de ses repas chez l'apothicaire Laurent Catelan, chez qui il était logé : c'est suffisant, sinon confortable. Les jours gras, à midi, une soupe de mouton, rarement de bœuf, garni de « naveaux » ou de choux, qu'on mangeait avec les doigts, chacun dans son écuelle. A souper, régulièrementdelasalade, suivie d'un petit rôti. « Les restes ne donnaient d'indigestion à personne ». Le pain, en quantité suffisante, était bon; le vin, très rouge, supportait largement Teau, mais on pouvait en boire à sa soif. Durant le carême, force était de se contenter de soupe aux choux préparée à l'huile, et de la merluche. Quelquefois, on servait de petites soles ou
lu thon, du maquereau, des sardines; ou encore [es anguilles et des écrevisses, mais « on n'en toyait malheureusement pçis beaucoup dans la
laison ».
A souper, nos étudiants devaient se contenter
■une salade de laitue ou d'endives blanches; des Jignons « que l'on vend au marché par énormes tas, » et qu'on assaisonnait de sucre. Presque tout l'hiver, il y avait des châtaignes rôties; jamais de fromage ni de fruits. La viande et les œufs
laient interdits en temps de carême, « sous peine • le la vie », ce qui n'empêchait pas le jeune Platfer de manger des œufs en cachette, qu'il avait 'Ppris à faire cuire sur une feuille de papier,
imprégnée de beurre et placée au dessus de la braise.
On se rattrapait,, au dehors, de cette maigre chère. Les étudiants allaient à une auberge située non loin de l'Ecole, où ils se faisaient servir d'un excellent muscat, et, mets qu'ils paraissaient fort apprécier, de la viande de porc, dont ils ne mangeaient jamais chez l'apothicaire , relevée de bonne moutarde.
Dans les grandes occasions, maîtres et élèves se retrouvaient au cabaret à la même table, et en chœur ils reprenaient les couplets bachiques, où s'amalgamaient, dans une alliance hétéroclite, le langage usuel et un latin, qui, lui aussi, était de cuisine, comme l'atteste l'échantillon ci-dessous :
Je suis un docteur tousiours yvre,
Qui tient rang inler sobrios
Et si jamais je n'ay veu livre
Qu'epislolas ad ebrios;
Et moy, de qui la panse esclatte
Nimis plenis uisceribus,
J'ay les yeux bordés d'escarlatte
Et nasum plénum rubibus.
Et tousiours, et tousiours je chante
Qu'il vaut mieux avoir vin que trente*.
1. La Comédie des Chansons (composé de vieilles chansons), publiée par ToussAiNCT Quinet (Paris, 1640), 65 (H. de Boyeb DE Choisy, les Étudiants en médecine de Paris au seizième sièclei Versailles, 1906),
LA VIE d'Étudiant a la renaissance 147
Ces joyeuses antiennes étaient entonnées à pleine voix par la jeunesse bruyante, les soirs de grande liesse, qui fréquemment se renouvelaient et dont, au besoin, on faisait naître les occasions.
L'arrivée ou le départ d'un compatriote était un des prétextes les plus habituels de ces réjouissances. Quand, ses études terminées, un étudiant quittait la ville universitaire, ses camarades l'accompagnaient jusqu'à quelque village plus ou moins éloigné; là, on buvait le coup de la séparation et, pour prolonger les adieux, il n'était pas rare qu'on passât la nuit à boire.
Afin de dissiper les fumées de l'ivresse, les étuiants couraient les rues et se livraient à la turence de leur âge. Bien qu'il leur fût interdit e fréquenter les tavernes, sous peine d'amende, ils bravaient toutes les défenses et narguaient l'autorité.
Les festins étaient l'accompagnement obligé de tous les actes universitaires. Les écoliers ii| avaient leur banquet; bacheliers, licenciés, docteurs devaient se soumettre à l'obligation de solder les frais de mémorables agapes K
Wm. Il y avait « banquet à la Saint-Luc, pour solenniser la réprise des cours, à l'issue des vacances ; banquet pour faire ïes Rois, le jour de l'Epiphanie ; banquets d'arrivée et banquets d'adieu, pour les nouveaux venus et -pour les partants ; banquets de i-éconciliatiori, pour mieux fraterniser à la suite
Chacun av?iit à cœur de bien faire les choses et de ne pas s'exposer à l'affront de voir soumettre à une sorte d'essai les vins offerts aux convives, ou de recevoir des reproches, comnie le bachelier qui s'attira l'observation désobligeante, consignée sur les feuillets du L,iber prQcurqiori^ studiosoriim, en 1534 K
n se commettait, en pareilles circonstances, de tels excès, qu'on dut fixer une somme maxinja, qui ne devait être, en aucun cas, dépassée,
C'était un lourd sacrifice, pour la plupart, que
(le querelles entre les divers membres de l'École : festins non moins savamment préparés qu'allègrement savoqrés, où les commissaires, quand chqcun payait son écol, sq piquaient de paraître artistes, et où l'amphytrion, lorsqu'il s agissait d'inaugurer la prise d'un grade, en supportant seul toute la dépense, tenait à honneur de pe pas s'epteqdre accuser de lésinerie, {\. Germain, la Renaissance à Montpellier, 51).
1. « L'an du seigneur 1534 et le 21 novembre, X (le nom du bachelier incriminé a été laissé en blanc) a commencé à lire pour son premier cours. Il a donné ce jour-lA une dînette ; car on ne pouvait vraiment appeler banquet ce modeste goûter, servi dans une charpbre dont l'étroite enceinte nous permettait f» péipe de ne pas nous rporfopdre à Iq porte, A ce spectacle, je me suis esquivé S3ns rien prendre ; il n'y avait ni nourriture ni place pour tant de monde. On pouvait dire de ce repas çp que les apOtres dirent au Christ : « Nous avons trois pains et deux poissons ; mais qu'est-ce pour une si grande multitude? » Le nouveau bachelier nous a joué ce tour, à l'instigation d'Etienne Mercier, boursier du Collège du Pape, acharné, comme ses confrères, à la ruine de l'Université. Mais leur plan de destruction n'a pas abouti : c'est nous, bons universitaires, qui l'avons emporté ». Revue historique, 1877, /oc. citi
cette dépense obligatoire : on vit le précepteur de Pétrarque mettre en gage son traité de Gicéron sur la Gloire, pour payer les frais de son festin,.et l'histoire ajoute qu'il ne fut jamais en état de le retirer'.