‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 61 sur 134 · PIECES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIECES JUSTIFICATIVES

« La plupart des étudiants étrangers et des pensionnaires qui défneureht à P&ri^, logent chez les particuliers en chambre garnie | ils paient un loyer menisuél pour le logement, et paient à part le bois et la nourriture. Lorsque plusieurs d'entre eux se réunissent pour prendre un logement, ils prennent un domestique pour acheter ce qu'il leur faut et préparer leur repas. Ils font souvent une collation dans les restaurants et dans les cabarets, achètent des plats dans les gargotes et trouvent le vin et le pàlu dans les Ckb&rets, On vous demande d'abord si voUs voulez du vin à quatre, cinq, six, sept ou huit sous lii mesure et si vous désirez du vin doux ou de la bière de bonne qualité, on vous le fait parvenir moyennant l'argent nécessaire. Il se fait à Paris un gr&nd commerce de vin, des hommes riches le vendent dans les auberges ». Descrip^ lion rfe Pût'is p&r Thomas PlAtter le jeune, de Bàle (1599)^ traduit de l'allemand par L. Siebeh, achevé par M. M.Wei- BEL, avec notes de E. Mareuse, pp. 41-2.

1. ilisl. de la Faculté de médecine d' Avignon, par le docteur Vlctofln LavAl> t. I (Avlgnôh et Paris, 1889), 7d.

« En 1609, lisons-nous dans les Ca(/iieis de Vaccoiichée, on voit les étudiants se livrer à toutes sortes de débauches, lutter en bataille rangée avec les pages, les laquais et les soldats... Ils sont plus débauchés que jamais, portant armes, pillant, tuant, paillardant et faisant plusieurs autres méchancetés... dépensent l'argent de leurs parents en débauches, saletés et quelquefois emportent l'argent de leurs maîtres, en changeant tous les mois de nouveaux. »

Ce tableau de la jeunesse, à la fin du règne de Henri IV, peut s'appliquer, point par point, à celle de la Renaissance.

Les règlements les plus sévères ne parvenaient pas à contenir ces bouillants jeunes gens, et dans le Nord comme dans le Midi, avec l'unique différence des degrés, les mêmes désordres se produisaient.

A Pont-à-Mousson, comme le nombre des écoliers augmentait tous les jours, et qu'il naissait

beaucoup de querelles entre eux, le souverain dut créer, par lettres-patentes, en date du 7 avril 1579, un promoteur, avec deux huissiers, « pour décider leurs différends, réprimer le vacarme qu'ils faisaient dans la ville, et arrêter leur insolence ».

Cinq ans plus tard, le souverain envoyait, dans la ville en révolte, une garde, pour y faire la patrouille toutes les nuits. La licence et les désordres auxquels se livraient les étudiants, firent prendre ce parti ; car cette jeunesse, mal morigénée, courait les rues sans clarté, et armée d'épées, maltraitait les bourgeois, les insultait et cassait les vitres. La patrouille les tint en respect, et quelques exemples que l'on fit contre les plus insolents qui furent surpris, arrêtèrent ces ardents jeunes gens ; ils n'osèrent plus sortir de nuit et, dès lors, la tranquillité publique fut assurée ^

A Montpellier, on eut plus de peine à contenir et à réduire les mutins.

Les étudiants y avaient conservé de singulières coutumes : ils élisaient, parmi eux, tous les ans, un roi^ qulils promenaient par la ville et qu'ils accompagnaient en armes. Ce roi avait quelque analogie avec le roi des clercs de la Basoche, des

1. Cf. Mœurs et usages des étudiants de l' Université de Pont-à A/ousso/i (1572-1768), parJ.-F. Favier. Nancy, 1878.

villes de Parlement. L'Université ayant voulu s'opposer à l'élection du roi des étudiants, ceux-ci élurent un abbé, qui jouit des mêmes prérogatives royales que son prédécesseur ^

L'alji)e était ou devait être, pour les étudiants, une sorte de père, de protecteur, de mentor; en réalité, c'était un modèle de dissipation et, loin de léprimer les écarts dé la. jeunesse qui lui était confiée, le plus souvent il les favorisait. Ce scandale ne pouvait se prolonger : il fut résolu que la charge d'abbé serait abolie. On ordonna la vente de son chapeau au profit de l'Université, In démolition de la chaire oii il trônait, et la slippression de toutes les pratiques se rallachant à ses altribulions, notamment celle de certain saut (ju'avaient coutume de faire ceux des étudiants qui voulaient passer béjaunes en médecine.

Avant de poursuivre, disons ce qu'on entendait par ce vocable. Les étudiants jouissaient de tant de privilèges, qu*avant de pouvoir se parer de ce titre envié, il fallait subir un véritable noviciat ; ce noviciat durait ordinairement un an: c'est ce qu'on appelait le béjaunage.

t. A trttilfiiiftri, les t'colict's pu chirurgie avaient l<*ui' abhé. désigné [larfois sous le titre de prieur. L'abbé des chiiuigicns de Toulouse se distingua, daïis la lutte de ces derniers contre les médecins ; il fut chargé^ une fois, d'aller reprendre à l'École de médecine, un cadavre que les étudiants avaient dérobé aux écoliers en chirurgie (Thèse Montariol).

On est, généralement, peu ou mal renseigné sur cette période d'initiation de l'étudiant d'autrefois; grâce aux recherches d'archivistes zélés', nous pouvons, dans une certaine mesure, suppléer à cette lacune.

Le béjaune devait le respect à son ancien ; la réciproque n'existait pas. Arrivait-il à un étudiant d'appeler monsieur le nouveau venu, il encourait une amende d'un marc d'argent ; mais si le béjaune qualifiait de môme l'étudiant, il recevait deux coups de férule.

La déférence que les béjaunes devaient à leurs anciens les 'obligeait à certaines fonctions serviles : ils essuyaient les tables, convoquaient les assemblées. Dans les réunions, où les anciens étaient assis et la tète couverte, les béjaunes demeuraient debout et découverts, sous peine de deux coups de férule. On leur en appliquait autant s'ils rompaient le silence.

Ils cédaient, en toutes circonstances, le pas aux anciens et ne pouvaient, l'hiver, s'approcher du feu, qu'autant que les anciens présents n'étaient pas en nombre suffisant pour occuper toutes les places du premier rang.

Lorsque l'un des béjaunes était enfin jugé

1. Surtout, grâce à celles de M. Paul Actiard. ancien archiviste de Vaucluse, que nous a t'ai! connaître le sympathique docteur Ecoiffier (de Thuir).

156 MOEURS ÎNTilMËfe f)tJ PASSÉ

digne, après un stage luborieusèrtiônt accompli, de passer dans le corps des étudiants, tous les bèjdtines étaient appelés à se prononcer sut Son admission. Les anciens devaient tous être présents à ce conseil, et ceux dont l'absenCe n'était pas justiliée par des raisons valables, encouraient ipèù fado une amende de deux marcs d'argent.

Si l'épreuve était favorable au candidat, celuici était lavé de la tache de béjmtnùgt par deux parrains et les autres 6e/'aa/zé^ étaient tenus d'apporter l'eau nécessaire pour cetie opération ; .après' ([uoi, si le nouveau promu s'entendait encore traiter de béjdline, il faisait Condamner celui qui s'était rendu coupable de cette injufe à deux coups de férule. Ces formalités terminées, il ne restait au béjadne, pour obtenir son brevet d'cincien, qu'à s'ac((uitter d'une taxe au profit de la caisse de l'I-niversité i.

Béjaunes et étudiants se retrouvent toujours la main dans la main, (jUand il s'agit de feStôyef ou de guerroyer contre l'ennemi commun, le bourgeois, l^n vain a-t-on essayé de mettre un frein à leur tur])ulence : ni leur organisation en confrérie, sous le vocable de Saint-Sébastien, dans le but de les détourner, par la pratique des exercices reli-

1. Annuaire administratif, sîaiistirjue et historique du département de Vaucluse, 1869.

LA VIE d'Étudiant a la renaissance 157

gieux, d'une vie trop mondaine, ni les règlements les plus sages, ni les menaces des foudres de l'Eglise ne les arrêtaient. Ils faisaient la fête à toutes, les fêtes et Dieu sait si elles étaient nombreuses !

A Montpellier, le banquet des rois était ordinairement précédé d'une promenade carnavalesque à travers la ville, organisée par les étudiants, et de la représentation d'une sotie ou morpUté, dont la préparationoccupait les acteurs plusieurs semaines 4 l'avance.

Le plus souvent, ils composaient eujt-inêmes la pièce, en apprenaient les rôles, louaient ou fabriquaient les costumes nécessaires, construisaient le théâtre, l'établissaient, si le temps s'y prêtait, en plein air, dans un des carrefours les plus fréquentés.

En 1529, fut représentée, sous le titre de la /?esupreçtian de Vabbé, une farce satirique, en manière de protestation contre la charge abolie deux ans auparavant. Les étudiants s'étaient opiniâtres à reconstruire la chaire QÙ leur dignitaire devait siéger ; ils avaient i-étabU le saut du béjaunage, et aussi la ripaille qui faisait suite à ce grotesque cérémonial-

Là-dessus, grave conflit ; la chaire, à peine relevée, est une seconde fois renversée, la nuit, par une main inconnue. Les ecclésiastiques fulminent rexcommunication contre le ou les coupa-

bles. L'affaire n'était pas complètement terminée, quand Rabelais ^ vint se faire immatriculer à l'Université de Montpellier, le 17 septembre 1530.

Quatre ans plus tard, l'autorité universitaire s'inquiétait de réglementer les plaisirs des étudiants, d'introduire un peu d'ordre dans leurs désordres.

« Plus de banquets publics, édictent les statuts de 1534; plus de ces fêtes dont profitent les étudiants, pour se livrer à des promenades armées à travers la ville. Le jour de la Saint-Luc, le procureur invitera à un modeste pique-nique les divers membres de l'Université et, à la fin du dîner, fera ou fera faire, par délégation, un discours en latin, où il leur recommandera une réciproque bienveillance et une mutuelle charité. Il engagera les docteurs à s'acquitter soigneusement de leurs leçons et conviera les bacheliers et étudiants à les suivre avec exactitude, en en tirant tout le fruit possible et en s'exerçant entre eux à de pacifiques discussions.

Un second banquet aura lieu pour fêter les Rois ; et le procureur y remerciera, ou fera remercier, en latin également, les docteurs, au sujet des travaux déjà accomplis, avec prière de

1. Rabelais ne se contenta pas de jouer son rôle dans les représentations scéniques que donnait la jeunesse médicale, il titit aussi sa place dans les assemblées scolairesi

les continuer, en même temps qu'il exhortera les étudiants à leur venir en aide par les efforts les plus assidus.

Celui qui remplira, dans ces deux banquets, des Rois et de la Saint-Luc, la fonction d'orateur, recevra, en récompense, un écu d'or, le jour de son baccalauréat, s'il est simple étudiant ; s'il est déjà bachelier, il n'aura pas à payer de dîner pour l'inauguration de son premier cours. En cas d'enseignement déjà en train, il aura droit, de la part de ses camarades, au premier écu d'or que consignera le plus prochain bachelier arrivant à l'examen.

Si quelques autres bacheliers ou étudiants voulaient, à la suite de cette allocution latine, jouer une comédie devant l'assemblée, il leur sera loisible d'y procéder, pourvu qu'elle ne soit injurieuse à l'égard de personne.

Ces deux banquets de la Saint-Luc et des Rois, se feront aux frais communs des étudiants, et avec leur pleine liberté de consentement, sans luxe ni superfluité, et surtout sans rixe. »

Les mômes statuts reviennent, un peu plus loin, sur ces « promenades armées », dont les étudiants avaient coutume de donner le spectacle, en toutes occasions et dans tous les pays.

Une ordonnance de la même époque, rendue par le souverain dont dépendait la ville de Pont-à-Mous-

son, interdisait à tous habitants de Pont.., « de porter les armes ; comnae semblablenjent à tous escholiers, estudiants de notre dite Université... de porter... aucunes armes,., après la retraite ». La peine contre les contrevenants était, pour les bourgeois de la vijJe, une amende de vingt francs et la confiscation des arrnes; pour les écoliers, également la confiscation et l'emprisonnement en plus,

Jusqu'alors, les armes n'avaient été interdites aux étudiants que pendant la nuit ; bientôt, on fut obligé d'en défendre le |)oil uièine pendant le jour, « pour réprimer les insolences et désordres... les voyes de faict et débauches d aucune escoliers mal affectés au bien de leur étude et repos du publie ».

Les étudiants, de quelque faculté qu'ils fussent, ne devaient porter aucune arme offensive ou défensive, « non plus de jour que de nuit^ ». L^ précaution n'était pas superflue. Il n'était pas rare qu'entre décrétistes (étudiants en droit) et étudiants en médecine, le désaccord régnât. On s'invitait bien aux banquets, à la Saint-Luc, gux Rois, mais la moindre étincelle mettait le feu aux poudres et les Facultés rivales en vepaient aux prises, sous le plus futile prétexte'-.

]'. Mœurs et usages des étudiants de VUniversité de Ponl-à-Mous- Ron (1878), par J. P'avier.

2, A Montpellier, la lutte était si chaude, entrç médecins et

Da^3 les comédies qu'ils représentaient, médecins et légistes ne manquaient pas de se raiUer, de s'accabler réciproquement de brocards. G'étgit à qui lancerait le tr^it le plus acéré.

« Les médecins, disent les légistes, ont la dé' testable habitude de s'attaquer, dans leurs jeux publics, à notre glorieuse Université de droit ; comme si les précieuses perles du droit canon et du droit civil... pouvaient entrer en comparaison avec leurs fétides et orduriéres opérations! »

Jusque-.là, ce n'est qu'un défi ; mais les rapports ne tardent pas à s'aigrir et l'on en vient aux menaces, puis aux voies de fait.

Le 20 février 1532, se tient à l'École (de MonV pellier) une réunion, où il est décidé que, si |e§ légistes continuent leurs provocations, les étii' diants en médecine s'armeront, « pour repous^ ser leur insultant défi ». Dans cette éventualité,

procureur des étudiants loue six arquebuses,

)s piques, de la poudre à canon, des balles — - et

îs masques !

Ces pré[)aratils belliqueux pouvaient faire craindre une issue funeste; le dernier article nous rassure. Le plus souvent, en effet, la querelle se terminait par quelque mascarade, ou quelchirurgiens, que l'assemblée per fidem, du 2ti septembre lp8, dut mettre la le«;on, pour ces derniers, à 4 heures du matin, et celle des premiers à midi, afln d'éviter les collisions.

.Mf*:URS INTIMES, ÏV. Il

1(52 MœURS INTIMES DU PASSE

ques farces de plus ou moins mauvais goût, comme celle dont se divertissaient les étudiants d'Avignon, en temps de carnaval.

Un Juif était-il, durant cette période de licence, rencontré par le cortège des étudiants, immédiatement il était saisi, traîné de force à la place Saint-Pierre, et là, rasé brutalement et fouetté, au milieu des risées de la foule, à moins que le malheureux ne se rachetât à beaux deniers comptants : c'était ce qu'on appelait le droit de barbe^.

La balaciile était autre chose. Malheur à la femme impudique, putain, piiiante ou insigne niaquerelle, qui se trouve sur le passage de la bande en folie. Quatre étudiants s'en emparent ; chacun se saisit qui d'une jambe, qui d'un bras, et, la tenant ainsi suspendue, l'abaissent par trois fois sur le pavé, contre lequel elle va frapper avec d'autant plus de violence que l'abaissement a été plus subit. A la troisième reprise, chacun lâche le membre qu'il tient, et la patiente, meurtrie et ensanglantée, n'a plus qu'à se relever et à de-

1. En Espagne, subsista longtemps la singulière institution qu'on appelait le jour de barbe. Les nombreuses vacances qui interrompaient les cours, les fêtes multipliées de l'Église, sans compter les circonstances exceptionnelles, ne suffisant plus aux étudiants paresseux, ceux-ci imaginèrent de s'octroyer un congé, toutes les fois qu'ils se rendraient chez le barbier pour s'y faire raser : le jour de barbe devint, de la sorte, et par la volonté seule des intéressés, un jour férié de l'Université.

mander grâce^ tandis que les bourreaux, cléments à leur heure, s'en vont la plume au vent, l'épée au côté, recommencer ailleurs leurs galants exploits. Mais on pouvait se racheter de la bataculc ; le droit de rançon perçu de ce chef rapportait aux étudiants environ cent écus par an : un écu par « putain », tel était le prix taxé par le vice-légat lui-même pour le rachat >.

1. Docteur V. Laval, llisl. de la Faculté de médecine d Avignon, t. I, 45,

vin

Les femmes tenaient une large place dans la vie de cette jeunesse « fantasque, libre, emportée, amie du plaisir' ». Avec les rixes et les bagarres, l'amour fut toujours au premier rang de ses préoccupations. En écrivant à son fils, qui faisait ses études à Montpellier, le Bâlois Flatter ne manque pas de le chapitrer là-dessus.

Bien que Ik distance fût considérable entre Bâle et Montpellier — une lettre ne mettait pas moins de quinze jours pour parvenir à destination — le père et le fils échangeaient d'assez fréquentes correspondances. Ce sont de longues missives, recommandant, avant toutes choses, le crainte de Dieu, l'honnêteté et le travail. Passant à des sujets moins graves, le pater familias, bonhomme au fond, mais quelque peu ragotier, en vient aux petits potins de la ville natale, conte à l'absent la

1. Gust. Reynier, la 'Vie universitaire dans l'ancienne Espagne. Paris et Toulouse, 1902.

LA VIE d'Étudiant a la renaissance 165

méprise de ces deux docteurs, nouvellement installés, dont l'un a tué son client et l'autre a failli se tuer lui-môme, avec des purgatifs dont ils connaissaient mal les vertus. A une autre place, il raille un certain docteur Pantaléon, qu'on a surnommé plaisamment le docteur à V arrosoir, depuis qu'il a prescrit à une femme, tourmentée par l'insomnie, de se faire répandre de l'eau sur la tête pendant la nuit.

La part faite à la chronique locale, les époux Flatter songent aux nécessités de la vie pratique. Pour ne pas être en reste avec leur fils, qui a eu l'attention de leur expédier des caisses d'oranges^ de grenades, de raisins secs et de figues et, aussi — sachant son père collectionneur — plusieurs variétés de coquillages, sans oubliei' quatre grands pots de mithridate, la panacée bienfaisante, les parents du jeune Félix lui envoient deux belles peaux, 'teintes en vert, dont celui-ci se fait faire un vête- I ment, bt*odé de soie de la même couleur. Comme I les chausses en peau sont inconnues à Montpellier, celui qui en est revêtu excite partout l'admiraition et l'envie. Mais, au bout de quelques jours, ■notre étudiant découvre que son tailleur lui a dérobé un morceau de la précieuse étoffe et en a jfait.i. un sac pour sa femme ! Gomme il est trop |tard pour faire opérer la restitution, le jeutte jhomme en prend mélancoliquement son parti.

Il sait, d'ailleurs, qu'il n'en sera pas moins recherché dans la société où Ton s'amuse. Bien que son père ait eu soin de le mettre en garde contre les séductions des femmes françaises, le jeune Félix est de ceux qui pourraient être donnés en exemple à ses camarades. Il n'a qu'une passion, il aime la danse. Beau cavalier, bon danseur, il se plaît à assister aux bals où les riches bourgeois mènent leurs demoiselles : après souper, on dansait, aux flambeaux, le branle^, la gaillarde^ la volte, la iire-chaîne, etc., jusqu'au malin. Ces bals ne prenaient fin qu'avec le dernier jour du carnaval.

Parfois, notre étudiant se mêle à ceux qui vont donner à leurs belles des sérénades, avec accompagnement de cymbales, de fifres et de tambourins.

1. Au début de la Renaissance, on danse principalement la pavane et le branle. « La pavane est belle et grave et bienséante aux personnes honorables, principalement aux dames et demoiselles. Le gentilhomme la peut danser ayant la cape ell'épée... elles demoiselles avec une contenance humble, les yeux baissés, regardant (juclquefois les assistants avec une pudeur virginale. La pavane est facile à danser, car il n'y a que deux simples et un double en reculant et démouchant {Orchésographie, de Thoinot Arbeau). « Le branle est une danse où dames et cavaliers se tiennent en rond par la main; un cavalier et sa danseuse se détachent du cercle et font une figure qui est répétée tour à tour par tous les couples. Notre cotillon est une sorte de branle. Le tableau du Louvre, Un bal à la cour de Henri III, représente des seigneurs et des dames qui dansent le branle. (Cf. Etudes sur la vie privée de la Renaissance, par Edmond Bonnaffé. Paris, 1898)..

Page 1