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La Renaissance à Montpellier, par A. Germain

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d'aune ». Pour maintenir à l'étoffe une certaine rigidité, il avait lui-même composé un empois avec de la farine de riz. Au carnaval suivant, les écoliers se concertèrent et on les vit, parés de fraises en papier, sur le modèle de celle du roi, parcourir la foire Saint-Germain et exciter les rires du populaire, en criant tout haut : « A la fraise on connaît le veau ! » Le roi, qui n'entendait pas la plaisanterie, jugea la manifestation offensante et le soir même, les jeunes écervelés remplissaient les prisons du Châtelet.

Les félcs (le l'Université étaient, d'ailleurs, presque toujours, à la Renaissance comme elles l'avaient été au Moyen Age, prétexte à du tumulte et à des violences. Ainsi, la foire du Lendit^ qui se perpétua jusqu'à la veille de la Révolution fut, jusqu'à l'aurore du grand siècle, troublée par de nombreux désordres. Une grande cavalcade accompagnait le Recteur à Saint-Denis, où se tenait la foire fameuse. Docteurs, maîtres, licenciés et étudiants, suppôts de l'Université, "tous à cheval, se réunissaient sur la place Sainte- Geniève. Tambours et trompettes donnaient le

1. A l'occasion de cette fête, les élèves des collèges payaient à leurs régents, en écu§ d'or, les honoraires qui leur étaient dus. Les écus étaient offerts dans une bourse ou dans un verre de cristal, ou bien placés dans l'écorce d'un citron (Crevier, Histoire de r Université de Paris, VI, 65.)

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signal du départ et le défilé triomphal se poursuivait à travers la ville, bannières et enseignes au vent.

Arrivé au lieu de sa destination, le cortège faisait halte ; suivant l'usage, professeurs et écoliers faisaient leur provision de parchemin, à la foire, puis on leur rendait la liberté. A partir de ce moment, la cérémonie dégénérait en désordres; toute cette jeunesse se déchaînait, au grand efl'roi des paisibles bourgeois qui avaient peine à s'en garer.

Le Pré-aux-Glercs continuait, comme par le passé, à être le champ clos de sanglantes collisions, au point qu'en 1557, le roi dut annoncer qu'il le confisquerait, si les désordres ne cessaient pas^ Peu à peu, tout rentia dans le calme; l'Université fut rétablie dans ses droits sur le Préaux-Glercs, où. de nouveau, les étudiants purent s'ébattre ^ et se battre à l'aise.

En réalité, si parfois quelques émeutes éclatèrent, ce fut surtout dans les grands centres universitaires ; nulle part ailleurs, on ne connut les

1. Voir, sur ces désordres, la thèse de doctorat en médecine de G.-F. Henri de Boyer de Choisy, les Étudiants en médecine de Paris au seizième siècle ; Versailles, 1905, 101 et suivantes.

2. On appelait « esbattement •>, un lieu propre à la promenade et aux exercices, comme on appela « mail » un endroit où on pouvait jouer à ce jeu. (J.-J. Jusserand, les Sports et Jeux d'exercice dans l'ancienne France. Paris, 1901).

batailles entre bourgeois et écoliers, qui ensanglantèrent Paris, Orléans ou Toulouse. On s'y livrait à des jeux moins périlleux.

Qui ne connaît le piquant chapitre oii Fîabelais promène Pantagruel à travers les Universités françaises, criblant, au passage, chncune d'elles de ses traits acérés ? Le fils de Gargantua visite successivement Poitiers, où « les escoliers festoyent aulcunes fois de loysir » ; Bordeaux « auquel lieu ne trouva grand exercice » ; Montpellier, que l'auteur accable de ses quolibets.

D'Avignon, terre papale, son })édagogue doit remmener au plus vite, à cause de la licence des mœurs.

A Valence, les écoliers sont journellement aux prises avec les habitants; mais, dans d'autres villes, Pantagruel s'initie aux jeux familiers des étudiants.

A Toulouse, il apprend à tianser et à jouer de l'épée à deux mains ; à Orléans, à jouer de la paume ; ailleurs, il s'exerce au jeu de boules ^

1. Il est à remarquer que Ualielai.s n'a fait que vulgariser les idées du médecin italien Meicurialis (Giroiamo Mercuriale), dont le livre {De arle gymnaslica Libri...) paru en 1573, eut une si grande vogue. Mercu^rialis étudie, dans son ouvrage, le jeu de paume, le jeu de ballon, la boxe, la lutte, la danse pyrrhique et les etTets de ces ditférents jeu.\ sur la santé. La gymnastique proprement dite (ce qui était nouveau à l'époque)

Nombre de ces jeux ont survécu ; la plupart se sont transformés : ainsi, en dépit de nos prétentions, nous n'avons point inventé les sports. La jeunesse de la Renaissance s'y livrait déjà avec ardeur, et si nous demandons qu'on ne sacrifie pas trop le corps à l'esprit, nous n'avons qu'à jeter un. regard en arrière pour nous convaincre que, sur ce point, comme sur tant d'autres, nos aines peuvent nous donner de profitables leçons.

et Ihygiène ne sont pas négligées par notre auteur, qui parle, en outre, de la marche (le footing nest pas une invention anglaise), de réquitation, de la natation, de la chasse. -Le même auteur célèbre les mérites du « plein air », montre que certaines maladies sont guéries par le mouvement (le saut, par exemple, guérit la pierre !),et examine enfin s'il faut considérer comme un exercice salutaire de se tenir debout, de rire et de crier. Rabelais — qui était, ne l'oublions pas, médecin et s'en souvenait à l'occasion — ne faisait que propager les doctnnes de son confrère italien, en donnant à Gargantua une éducation physique aussi soignée que son éducation littéraire.

LA VIE D'ÉTUDIANT

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