‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 77 sur 134 · CoRLiEU. cité par Babf.au, op. cit · texte numérisé non relu

CoRLiEU. cité par Babf.au, op. cit

lA VIE D ETUDIANT AU TEMPS DE VOLTAIRE 2^5

la Faculté, pour lui rendre la visite obligatoire et consignés à la porte, la Faculté ayant refusé de les recevoir.

L'infériorité dans laquelle les médecins entendaient tenir les chirurgiens, se révélait toutes les fois que les circonstances mettaient en contact les membres des deux corporations. Les chirurgiens subissaient, sans mot dire, ces vexations, attendant patiemment le jour de la revanche. La création de l'Académie de chirurgie devait consacrer leur triomphe. Mais avant de voir se lever cette aurore, quelles tribulations ils eurent à subir!

Le temps n'était pas éloigné où. les garçons chirurgiens, éveillés par leur maîtresse au point du jour, ouvraient la boutique, puis, après avoir vainement attendu la pratique, couraient parla ville faire le poil.

A 10 heures, ils déjeunaient, mais ils jeûnaient le plus souvent.

A 3 heures, avait lieu le principal repas : une croûte flottante dans un bouillon clair comme de l'eau ; un morceau de bœuf, salé ou réchauffé, d'où la graisse était absente; et, les jours maigres, des « harengs sorets », des pois ou des navets, alternant avec la classique merluche.

Le soir, on se couchait bien las, dans des chambres sans feu, et l'on marquait d'une pierre blanche

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les nuits où l'on n'était pas réveillé pour quelque saignée urgente *. Bon nombre de chirurgiens qui ont illustré leur art, à la fin de l'avant-dernier siècle et au commencement du dix-neuvième, ont passé par ce rude apprentissage.

Le titre de maître chirurgien-juré ne s'obtenait qu'après s'être soumis à la dure condition d'apprentif ou garçon chirurgien. Pour n'en citer que deux, et non des moindres, Boyer et Dubois, l'un qui devait occuper le poste de premier chirurgien de l'Empereur, l'autre celui de premier accoucheur de l'Impératrice, Boyer et Dubois étaient sortis de la boutique d'un maître-barbier.

Boyer disait, avec philosophie, qu'il avait dû accepter cette humiliante position comme sa prétare, afin de passer plus tard au consulat, c'est-àdire au véritable apprentissage de la chirurgie. Une seule chose le désolait dans sa nouvelle condition : c'était d'être obligé de coucher dans une soupente prise sur la boutique.

Par une heureuse circonstance, cette boutique était située dans le voisinage des Ecoles de médecine. Le patron, qui était bon homme au fond, autorisait son « apprenti » à sortir quelquefois, et celui-ci en profitait pour se rendre dans la salle de dissection ; là, il contemplait, d'un œil d'envie,

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