‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 78 sur 134 · La peine et misère des garçons-chirurgiens, etc · texte numérisé non relu

La peine et misère des garçons-chirurgiens, etc

ces heureux jeunes gens, à qui il était permis d'étudier les merveilles de l'organisme humain.

A la longue, on finit par remarquer ce gros garçon balourd, qui manifestait un si vif désir de s'instruire. Les étudiants entrèrent en conversation avec lui, le laissèrent s'approcher de leurs préparations, lui abandonnèrent le soin d'essuyer leurs scalpels et de repasser leurs bistouris. Bientôt, ce ne fut pas seulement d'une inépuisable complaisance que le néophyte donna la preuve, mais d'une remarquable instruction et d'une grande habileté dans l'art de disséquer. L'année suivante, s'associant avec ceux qui lui paraissaient les plus instruits, le jeune apprenti devint le démonstrateur officieux des nouveaux venus. Il se mit à leur donner des leçons d'anatomie et, grâce aux premiers bénéfices que lui procura sa nouvelle situation, il put quitter enfin sa soupente et louer, au carrefour de l'Odéon, une petite mansarde.

Désormais, il avait fait avec son maître cet arrangement : les dimanches et fêtes, qui étaient de grands jours de barbe, il reprendrait le rasoir; les autres jours, il serait libre de son temps.

Le vivre et le toit lui étant assurés, il pouvait se livrer en toute sécurité à ses études favorites.

Après cinq ans de ce pénible labeur, Boyer obtenait, à l'Ecole pratique du Collège de chirurgie, la médaille d'or, « pour avoir, disait

le programme, suivi avec assiduité les leçons qu'on faisait à l'École pratique, et pour avoir fait, avec intelligence et adresse, sous les yeux de ses professeurs, des dissections et des opérations chirurgicales ».

L'année d'après, il était admis comme élève dans cet hôpital de la Charité, qui devait être, pendant plus d'un demi-siècle, le théâtre de sa gloire ^

A l'exemple de Boyer, deux autres personnalités éminentes de la chirurgie, Dubois et Desault, se sont créé des ressources, en donnant des leçons d'anatomie et de médecine opératoire, et, entre temps, des leçons de latin et de mathématiques.

C'est qu'au dix-huitième siècle, ceux qui aspiraient à être chirurgiens, comme ceux qui se destinaient à la médecine, ne se contentaient pas de suivre l'enseignement de l'Ecole. 190 docteurs composaient alors toute la Faculté de Paris. Celle-ci conservait son prestige plusieurs fois séculaire , mais singulièrement amoindri , tant par l'émancipation des chirurgiens et par la création de l'Académie de chirurgie, que par la fondation de la Chambre royale et de la Société royale de médecine. La Faculté avait dû s'incliner devant l'autorité du roi, qui avait passé

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