‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 81 sur 134 · A LA FIN DU RÈGNE DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

A LA FIN DU RÈGNE DE LOUIS XV

{D'après une relation du lemns)

Ayant eu la bonne fortune de découvrir la relation d'un étudiant étranger^ qui séjourna à Paris « depuis le i" décembre 1770 jusqu'au 12 juillet 1771 », // nous a paru que sa publication compléterait le tableau que nous avons, dans le précédent chapitre, esquissé, de ta vie scolaire à cette même époque.

Il est rare, il est exceptionnel, pourrions-nous dire, de retrouver des détails vus, vécus sur de pareils sujets ; c'est pourquoi nous voulons espéren que nos lecteurs nous excuseront de nous effacer, pour cette fois, devant le narrateur, qui va noai conter ses impressions très simplement, sans souc de littérature, ce qui n'enlève à son récit ni so charme, ni son intérêt, bien au contraire.

.-p. THUNliliUG

Voyageur el bolanisle suédois, auteur de la relation que nous reproduisons.

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Séjour à Paris, depuis le l"-- décembre 1770 jusqu'au 12 juillet 1771.

Le !«• décembre 1770, j'arrivai à Paris, vers dix heures du matin. Mes ballots furent visités a l'hôtel même des diligences, et on les transporta tout de suite dans une chambre garnie du voisinage, où je m'installai provisoirement, en attendant un logement plus proche des hôpitaux et des cours publics. J'allai voir le même jour mon compatriote, M. Hesseen, qui me donna plusieurs instructions utiles pour un nouveau débarqué. Je vis aussi en même temps le bel hôpital de la Charité.

Le lendemain, de très-grand matin, mon hôte vint prendre mon nom pour l'envoyer à la police avec mon adresse, et il voulut bien me conduire à l'Hôtel-Dieu, que je ne manquai pas ensuite de visiterions les jours au moins une fois, pendant mon séjour dans cette capitale, parce qu'il s'y présente continuellement des occasions de s'instruire, soit pour les opérations, soit pour les traitemens.

J'allai encore trouver deux autres de mes compatriotes, MM. Rudolph et Lticke, qui étoient

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venus se perfectionner dans la chirurgie. Ils pouvoient m'être d'autant plus utiles, que nous suivions tous trois le même cours, et qu'il y avoit déjà quelque tenïps qu'ils habitoient Paris. En effet, ils me donnèrent des renseignements très utiles ; car un étranger peut résider long-temps dans cette ville immense, sans connoître toutes les facilités qu'elle offre pour tous les genres d'instruction. Gomme ils se disposoient à me conduire, l'après-midi, à l'Hôtel-Dieu et à la Charité, ils furent très-étonnés d'apprendre que j'avois déjà visité ces deux hôpitaux, dans l'espace de vingt-quatre heures qui s'étoient écoulées depuis mon arrivée. Ils me dirent qu'avec une pareille activité, je ne perdrois ni mon temps ni mon ar- ;ent. L'après-midi, je traversai plusieurs églises atholiques, parmi lesquelles je distinguai la cathédrale, sur le plan de laquelle a été construite celle d'Upsal. La plupart de ces édifices ont la forme d'une croix, et se ressemblent beaucoup. Ils sont tous d'une grande beauté : il n'y a pas de bancs dans l'intérieur.

Le 2 décembre, on fit, à l'Hôtel-Dieu, la procession du premier dimanche du mois; les prêtres et les religieuses qui servent les malades y assistent vêtus en blanc, avec des manteaux noirs. Devant l'autel chantoient trois jeunes filles, qui

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avoient une voix très agréable et que je retrouvai dans plusieurs autres églises.

Le 9 du même mois, j'assistai au service divin qui se célèbre dans l'hôtel de Suède. Il y eut seimon en allemand.

Je présentai mes respects à l'ambassadeur, M. le comte de Ruetz, qui, pendant mon séjour à Paris, me témoigna la plus grande bienveillance, et qui, quelques années après, a contribué à ma fortune. Tant de bienfaits lui donnent des droits éternels à ma reconnaissance.

Le 14, j'allai voir le couvent des chanoines de Sainte-Geneviève, leur bibliothèque, leur cabinet d'histoire naturelle et leur beau jardin.

La bibliothèque occupe le dernier étage de la maison, et forme une croix. Les tablettes régnent le long des murs et sous les fenêtres avec des grilles fermées à clef. Les livres sont numérotés. Dans les intervalles des corps de la bil)liothèque, on a placé des statues de rois ou de philosophes. Cette bibliothèque s'ouvre les lundis, mercredis et vendredis après-midi, depuis deux heures jusqu'à cinq. On peut obtenir la permission d'emporter des livres. A côté sont la salle des, antiques, et le cabinet d'histoire naturelle danj deux appartemens séparés. On y voit, à travers des grilles fermées à clef comme celle de la hU bliothèque, divers amphibies et des poissons em-

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paillés, des momies, des minéraux, des coquillages et des coraux, avec une grande quantité d'antiques. Le jardin est charmant et supérieurement dessiné en buis taillé avec le ciseau.

Le 24, veille de Noël, j'assistai à l'office divin qui se célèbre dans les églises catholiques pendant la nuit, avec beaucoup de cérémonies; elles sont très brillamment illuminées avec de gros cierges dans des lustres.

Afin de ne pas perdre de temps, quoique j'allasse une et deux fois par jour à l'Hôtel-Dieu, je m'attachai à M. Dumas, chirurgien de cet hôpital pour les dissections anatomiques, et tout en suivant bien assidûment les leçons publiques de chirurgie à Saint-Côme, celles de l'École de médecine, du Jardin du roi et le cours de physique du I collège de Navarre, je prenois encore des leçons particulières d'anatomie, de chirurgie et d'accouchemens.

Les établissemens où l'on enseigne toutes ces différentes branches de la médecine sont nombreux et excellens; on ne les étudie pas toutes à la fois, mais successivement; les professeurs se succédant alternativement, les auditeurs ne se trouvent pfis accablés de travail.

En hiver, on s'occupe d'anatomie, ensuite de chirurgie, de chymie. d'accouchement; à l'approche

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de l'été, de botanique, de pathologie et autres sciences semblables. On joint toujours la pratique à la théorie.

Outre leurs leçons publiques, la plupart des professeurs ou de leurs adjoints en donnent do particulières, quelquefois gratis.

Dans presque toutes les séances publiques, le professeur a son adjoint ou prévôt; et quand le premier a traité d'un ol)jet, l'autre le démontre aussitôt par la pratique.

M. Sabathier professoit, pendant les mois de janvier et de février, l'anatomie, et opérqit ensuite publiquement à Saint-Côme : il faisoit chez lui un cours particulier d'anatomie et d'opérations chirurgicales, qui duroit six semaines, et coûtoit 36 livres par personne. Il prenoit aussi des pensionnaires à l'hôtel des Invalides qu'il dirigeoit.

De La Faye, vieillard respectable, démontroit parfaitenaent bien, tous les matins, à Saint-Côme, les opérations de chirurgie. L'après-midi, Goursaud,son prévôt, répétoit ses leçons. Il indiquoit, sur des morceaux d'anatomie gravés et enluminés, les différentes parties du corps humain et les sièges des maladies.

Petit, homme aimable et jovial, donnoit, au Jardin du roi, en mars et en avril, un cours d'anatomie, de physiologie et d'opérations chirurgi-

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cales; chaque leçon étoit suivie de démonstrations.

M. Sue professoit l'anatomie à Saint-Gôme, l'après-midi, de la même manière que Sabathier le matin. 11 commençoit par présenter les parties

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