‹ Moeurs intimes du passé (volume 3)Chapitre 83 sur 134 · Solayrès · texte numérisé non relu

Solayrès

LA VIE d'Étudiant a la fin du règne de louis xv 2(n

M. Levret prenoit deux louis pour un cours de six à sept semaines.

Goubelly, Lauverjat, Sue et Pean, opéroienten ville, chez deux sages-femmes.

Le Roi donnoit des leçons d'accouchemens gratuites, afin d'attirer les élèves ; mais il exigeoit un louis pour la manipulation.

Je ne dois pas oublier Didier, qui enseignoit gratis l'ostéologie, et Moreau les opérations chirurgicales quatre fois par semaine, au troisième étage de l'Hôtel-Dieu.

Les prêtres de la Charité donnoient quelquefois des leçons d'anatomie.

Les professeurs n'ayant pas de tableau indicatif de leurs leçons, on répand des cartes pour annoncer aux étudiants les leçons publiques et particulières. Alors on se fait inscrire, et il y a quelquefois un appel nominal.

Outre cela, le jardin royal est toujours ouvert pour ceux qui veulent s'instruire dans la botanique et dans la matière médicale. M. Royer, épicierdroguiste dans la grande-rue du faubourg Saint- Martin, prévient, par des affiches, qu'il ouvre son jardin botanique, les mardis, jeudis et vendredis du mois de mai; les mercredis et samedis, il donne des leçons de botanique. Dans tous les temps, son jardin est ouvert aux sages-femmes et aux élèves en pharmacie. Il laisse voir aussi son cabinet

d'histoire naturelle et de drogues. Barbeu du Bourg ouvroit aussi un cours de botanique.

On peut, moyennant la somme de 18 livres, se procurer toutes les plantes en fleurs dans le jardin des apothicaires.

La longue énumération que je viens d'offrir au lecteur, prouve que l'École de médecine de Paris est la plus complète qui existe en Europe, et qu'on y trouve toutes les facilités imaginables de se perfectionner dans cette science. Aussi le nombre des étudians est-il plus considérable que partout ailleurs. On compte plus de trois mille élèves en médecine.

Les cours se tiennent ordinairement dans des salles rondes, garnies de bancs en gradins sans dossier. Dans le fond, le professeur est assis devant une table, à-peu-près comme dans la salle d'anatomie d'Upsal. Il y a toujours un garde à la porte pour prévenir le désordre et le tumulte, et empêcher d'entrer avec l'épée ou le couteau do chasse, de peur de gêner ses voisins. La salle ne s'ouvre qu'au moment où l'heure sonne ; et pour avoir une bonne place sur les bancs inférieurs, certains auditeurs viennent souvent une demi-^ heure d'avance. On applaudit ordinairement quan< le professeur entre et quand sa leçon est finie.

Les mardis et jeudis on soutient, à l'Ecole de

LA VIE n'ÉTUniANT A LA FIN DU RÈGNE DE LOUIS XV 2ri3

Médecine, des thèses renfermées dans une demipage.

La salle où l'on dispute est divisée en deux parties; en dehors est assis, auprès d'une table, un homme en noir avec un rabat, qui distribue les thèses; en dedans, sont placés les officians sur des bancs et des chaises drapés. Le président et le répondant ont un surplis blanc, et sont assis l'un auprès de l'autre. Ceux qui interrogent sont habillés en noir avec des manteaux de la même couleur et des rabats bleus.

On dispute de même dans l'Ecole de Chirurgie ; les chaises et les bancs sont couverts en velours galonné ; l'enceinte, formée par les gradins qui régnent autour de la salle, est occupée par des chaises. Ces apprêts et ces dispositions donnent à la séance un air de grandeur qui en impose. Les professeurs ont un costume pour donner leurs leçons publiques : c'est une robe noire avec rabat blanc.

Les François, en argumentant, prononcent le latin comme leur propre langue, de manière que, dans les commencemens, un étranger a de la peine à les entendre.

Quoique les encouragemens ne paroissent pas nécessaires dans un pays où l'on a déjà tant de facilités pour s'instruire, on ne les a pas cependant oubliés. Il se fait des examens publics, dans les-

quels les élèves qui se sont distingués reçoivent des récompenses : ce sont des médailles d'or ou d'argent, ou d'autres gratifications. Le 15 février 1771, j'assistai à un concours de ce genre, qui se fit à S'- Côme ; les élèves questionnoient et répondoient tour-à-tour.

Il y en eut un autre au même endroit dans le mois dé mars, où six professeurs furent examinés.

Tout le monde est admis à cet examen, excepte les étrangers et les Parisiens. Ceux qui sont reçus à l'école pratique ou qui remportent quelque prix dans les examens, ont l'avantage de disséquer cl de faire d'autres opérations chirurgicales sur les cadavres, sans le moindre déboursé.

L'Hôtel-Dieu est le plus grand hôpital de Paris, et probablement du monde entier; il a, dit-on, un fonds de six millions, qui ont été formés et accumulés par différentes donations volontaires. Les malades y sont traités et soignés gratis, sans distinction d'état, de nation ou de religion, et quelque nombreux qu'ils soient. On les apporte ordinairement sur un brancard, et on les inscrit dans la chambre de réception. On entre par la chapelle, à la porte de laquelle commence un rang délits, qui ne sont pas cependant toujours occupés ; de-là, on passe dans des vastes salles, qui renferment plusieurs rangs de lits, avec un grand nombre de

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