I .\ VIE D ETUDIANT A LA FIN DU REGNE DE LOUIS XV
lérieur de la maison. Il y a souvent des balcons au second et même au troisième.
Certaines fenêtres du rez-de-chaussée et de l'entresol s'ouvrent à coulisses. Les planchers sont [)our la plupart en pierres ou en carreaux, conséquemment froids et incommodes; c'est pourquoi l'on met dans les chambres des pantoufles fourrées.
Les lit& sont très hauts et très grands, isolés de la muraille, et il y a beaucoup de matelas ; mais la forme cylindrique des traversins ne paraît pas très commode aux cols qui n'y sont pas habitués.
Je ne connois pas de ville mieux éclairée que Paris pendant la nuit. De grandes lanternes, qui ne projettent pas d'ombre, sont suspendues au milieu des rues, de distance en distance et à une hauteur convenable.
On y promène et on y crie des fruits, différentes marchandises et de l'eau, que les hommes vont chercher à la rivière, pour la commodité de ceux qui en sont éloignés.
Dans toutes les places et au coin des rues, les décrotteurs vous offrent leur service, qui n'est pas inutile, parce que les ruisseaux qui coulent au milieu des rues, et le grand nombre de voitures de toute espèce, entretiennent des boues éternelles dans cette ville'. En Suède, ils mourroient de faim pendant les trois quarts de l'année. Quand
il pleut, les rues sont, pour ainsi dire, obstruées par les parapluies, dont les Parisiens ne peuvent pas plus se passer que les Japonais, parce qu'ils ont presque toujours la tête nue.
On commence à prendre les manchons dès le mois de novembre. Ils sont petits, en étoffes ou en plumes, avec des rubans.
Les gens les moins aisés mangent du pain de froment, et par ce moyen peuvent se passer de tout autre aliment,
Quand le froid commence à se faire sentir vivement, les femmes du peuple ont du feu dans des vases de grès pour se chauffer les mains. Dans les dégels, l'eau coule avec tant d'abondance à la Seine, qu'on ne peut passer dans de certaines rues.
Les ventes publiques à la folle enchère se font quelquefois en plein vent, et l'on y trouve du neuf et du vieux. Le crieur, au lieu de frapper avec un marteau ou une massue, comme en Suède, après avoir crié une, deux et trois fois, dit adjugé, et on paie sur-le-champ.
Les tables ne sont pas toujours garnies de couteaux, et les convives en portent sur eux qui se ferment.
La police se fait très-bien; le jour comme la nuit, les patrouilles se succèdent très-fréquemment; il y a presque dans toutes les rues un com-
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missaire chargé d'accommoder les petits différends.
Gomme il arrive, dans une ville aussi immense, que des personnes périssent par divers accidens sans être reconnues, on les transporte dans une petite chambre basse du Ghâtelet, dont la porte a une petite grille. Ceux qui s'aperçoivent de l'absence d'un parent et qui n'en ont pas de nouvelles, vont visiter la Morgue (c'est ainsi que l'on nomme cet endroit) et y retrouvent quelquefois le cadavre de la personne qu'ils cherchent
Il y a dans ce pays des hommes assez complaisans pour attendre dans la rue ceux qui se sont attardés et les reconduire chez eux avec un falot, moyennant une très-faible rétribution.
Le palais marchand est un fort bel édifice, où l'on vend toutes sortes de bijoux et de colifichets. La nuit du nouvel an, il est magnifiquement illuminé, et chaque boutique garnie de marchandises de toute espèce et des plus à la mode.
Le Luxembourg est un superbe palais, avec une grande cour et un vaste jardin, où les hommes ne peuvent entrer qu'en épée et les femmes en robe.
On y voit un cabinet de sculptures et peintures tous les mardis et samedis, depuis dix jusqu'à une heure. D'un côté est l'histoire de Marie de Médicis, peinte en tableaux allégoriques par Ru-
bens; de l'autre côté, une grande quantité de tableaux de différentes dimensions.
La plupart des couvens sont vastes, et ont dans leur intérieur des cours et de grands jardins, où les séculiers vont se promener librement.
Le Waux-hall, situé aux Champs-Elysées, a été construit et est soutenu par des entrepreneurs. Certains jours de la semaine, il y a concert et bal. Tout le monde peut y danser ; le soir on y tire un feu d'artifice. Le billet d'entrée coûte trente sols.
Après Noël, on expose l'image de Jésus-Christ et de sa mère, dans de petites armoires collées au coin des rues, et ornées de lumières et de couronnes.
Dans le carême, les denrées augmentent de prix, parce que les boutiques des bouchers sont fermées ; l'on ne peut s'en procurer qu'à l'Hôtel- Dieu, qui tire un grand avantage de ce privilège exclusif. Les œufs, le lait et le beurre, sont aussi très-chers.
Pendant le carnaval, les Parisiens ont l'air d'avoir perdu la tête, par toutes les extravagances qu'ils font pour s'amuser ; on promène dans les rues un énorme bœuf, avec des cornes dorées, et monté par un enfant. Une multitude innombrable de masques court de tous côtés à pied, à cheval et en voiture.
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A cette rnéme époque, le Prince héréditaire, aujourd'hui roi de Suède, était aussi dans cette capitale; il en partit le 26 mars.
Le 29 du même mois, j'allai (me) promener an bois de Boulogne, où le peuple danse et trouve différens amusemens.
Au-delà du bois de Boulogne, sur le bord de la Seine, on reucontre la montagne du Calvaire qui est assez élevée, et sur le penchant de laquelle on a construit sept chapelles, où l'on a représenté .sept stations de la passion du Christ. Au sommet, on voit trois croix, une église et le sépulcre. Aux fêtes de Pâques, le peuple y va en pèlerinage ; l'affluence est considérable, et un prêtre donne une croix à baiser aux dévots pèlerins. Deux hermites tiennent des assiettes pour recevoir des offrandes.
Le 30mars,deux de mes compatriotes, MM. Veber et Volstein, m'engagèrent à voir l'école vétérinaire de Charenton, où il y avoit alors environ cent élèves qui logeoient dans des chambres supérieures, quelquefois deux ou trois ensemble. L'amphithéâtre anatomique occupe un côté du bas; l'autre est une immense salle longue, avec trois rangées de bancs, exhaussés les uns au-dessus des autres, pour les séances publiques. Ce jour-là, il y avoit un concours qui a lieu cinq ou six fois par
an. Le préfet et quelques députés s'assirent à une longue table, avec du papier blanc devant eux pour écrire. Sur une table un peu plus petite, on plaça le sujet anatomique.
Tous les élèves démontrèrent successivement, et deux à deux, la myologie d'un cheval. Les deux reconnus pour les plus instruits tirèrent entre eux le prix au sort. Pendant l'examen, on appelloit toujours les élèves par leur nom. L'étage supérieur renferme aussi de superbes préparations anatomiques de différens animaux, dans des tiroirs de verre et dans des armoires à portes vitrées. Le directeur de cette utile et belle école, demeure dans une grande maison voisine ; à côté de cet édifice, il y a une forge avec deux foyers, pour l'instruction des élèves. On cultive, pour les médicamens des bestiaux, des plantes usuelles dans un petit jardin botanique, qui renferme aussi une petite orangerie. L'apothicairerie est fort belle.
Les pensionnaires paient 20 livres par mois.
Je remarquai, entre autres singularités, un mouton turc, qui avoit eu la cuisse coupée, et qui marchoit avec une jambe de bois.
Le premier avril, on vendit dans les rues des œufs peints, nommés œufs de Pâques.
Dès que le carême touche à sa fin, on étale et on vend des pigeons et de la viande.
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Le 25 avril, La Faye présenta à l'Académie de chirurgie une servante, âgée de trente-six ans, qui avoit eu la petite vérole à sept ans. Un abcès et la gangrène, suites trop fréquentes de cette maladie, lui avoient fait perdre la langue par morceaux; elle étoit même restée muette pendant deux ans; mais ensuite, elle avoit repris insensiblement l'usage de la parole, quoiqu'il ne lui restât aucun vestige de langue; les glandules seulement étoient un peu enflées, de manière qu'elle parloit très distinctement etchantoitde même, en serrant les dents et pressant la lèvre inférieure contre la supérieure.
Le 27, il fit une telle sécheresse, que l'on arrosa les boulevards pour abattre la poussière. On conduit l'eau dans des charrettes, sur le derrière desquelles se trouve un tuyau, placé en travers et percé comme un arrosoir, pour laisser un passage à l'eau.
Le 2 mai, les gardes-françaises en uniforme bleu, galonné de blanc, et les gardes-suisses en uniforme écarlate, se rendirent en grande cérémonie à Notre-Dame, avec toute leur musique, pour y faire bénir leurs drapeaux. Ce jour-là, je montai sur les tours de cette cathédrale, où l'on a le plus beau coup-d'œil.
Le 14 du même mois, se célébra le mariage du comte de Provence, avec une fille du roi de Sardaigne. Toute la ville fut illuminée avec des lam-
pions et des chandelles, placés sur le bord des fenêtres. On distribua différens comestibles et du vin sur les places publiques.
Le 25, je visitai le jardin des apothicaires, qui, dans un petit espace, contient plusieurs plantes rares, et une espèce de bosquet qui forme promenade dans la partie inférieure. On y a ses entrées moyennant douze livres et six livres pour boire. Le jardinier vous donne un catalogue, avec lequel il faut chercher les plantes qui n'ont pas de numéro.
Le 30, jour de la Fête-Dieu, les prêtresse promenèrent en procession dans leur paroisse, portant le bondieu dans un soleil placé sous un dais; de la musique, des tambours, des encensoirs, des paniers pleins de fleurs, etc., formaient le cortège. Le devant des maisons, jusqu'au premier, étoit tapissé, et si bien couvert, qu'un étranger avoit peine à retrouver son logis ; les rues étoient jonchées de fleurs, qu'on jettoit devant le soleil, et l'on avoit construit, dans différens endroits, des autels où les prêtres donnoient la bénédiction au peuple. Pendant la procession, l'on quêtoit pour délivrer des prisonniers du petit-Châtelet, et l'on faisoit en général beaucoup de singeries et de pieuses grimaces.
L'après-midi, j'allai voir les tapisseries de l|