Nemeitz, Séjour de Paris, t. I
Gomme dans nos musées forains, on ne permettait l'entrée du musée « qu'aux grandes personnes seulement ».
En 1711, le Parlement, sur la demande de l'avocat du roi, fut appelé à réglementer l'exhibition du sieur Desnoues, à qui il fut imposé de ne faire ses démonstrations anatomiques « qu'en plein jour, depuis 9 heures du matin jusqu'à 7 heures en été ; et en outre, à la charge que les femmes n'y seraient point admises, que les parties naturelles de l'un et de l'autre sexe y seraient toujours couvertes ».
Cette réserve ne s'appliquait pas, toutefois, aux personnes « faisant profession de la médecine, de la chirurgie ou de la pharmacie, ou qui s'y destinent », et qui pouvaient se rendre, « pour leur instruction », au musée anatomique, à toute heure qui leur conviendrait, en dehors des heures réglementaires ^
Desnoues mourut vers 1720. Son cousin, qui fut son héritier, montra son cabinet de ville en ville. 11 le fit voir en Hollande, à Hambourg, en Danemark, en Angleterre, où l'on suppose qu'il le laissa 2.
1. Cf. les Nouvelles Archives de VArl français, t. VI, 1890, 163 et suiv. (Chr. méd., 1902, 718).
2. Dict. hisl. des arts, des métiers et professions, par Alf. Frankun; Paris, Welter, 190G, lltt.
Desnoues eut de plus nombreux imitateurs qu'il n'avait eu de précurseurs ^ En 1727, paraissait à Paris une brochure, dans laquelle M. de Rasières, écuyer, donnait, une description détaillée de son cabinet d'anatomie. En tête de l'opuscule, une magnifique gravure représentait ce cabinet, où étaient conservés environ cent sujets savamment préparés, pour la démonstration anatomique des différents organes.
Ce cabinet d'anatomie devait être un curieux musée ; la préparation des différents cadavres, et surtout leur conservation avaient exigé beaucoup de recherches, et non moins de travail ^.
Bianchi, qui se livra aussi à l'anatomie imita- |: tive, avait, en Italie, un cabinet aussi réputé que celui de Desnoues le fut en France; les pièces en furent dispersées à sa mort.
Le cabinet de Fontana était non moins célèbre au delà des monts 3. Douze chambres étaient remplies de ses différentes préparations anatomiques et pathologiques, et reproduisaient à ce point la lature, que des femmes, des hommes même, reculaient de saisissement à l'aspect de tous ces
1. Le Journal des Savants, de 1713, analyse la dissertation de Camenarius, sur les préparations anatomiques en cire. (Cf. Intermédiaire des chercheurs, 10 mai 1893.)