Mém. secrets, t. II
grand bonheur d'une nation est que ceux qui la gouvernent soient d'accord avec ceux qui l'instruisent ' ».
Tandis qu'il n'était que prince royal, Gustave III vint, à son tour, à Paris, où il devait apprendre son avènement à la couronne de Suède. Il manifesta, lui aussi, l'intention de visiter l'Académie des Sciences 2. D'Alembert, l'orateur attitré, prononça l'inévitable discours, et comme le prince s'intéressait, disait-on, aux progrès de la chimie, Macquer, Sage et Lavoisier firent chacun une lec
1. Le discours de d'Alemberl se trouve dans la Correspondance littéraire de Grimm, t. VI, 214.
2. En 1777, l'empereur d'Autriche, qui voyageait sous le nom de comte de Falkenstein, voulut également assister à une séance de l'Académie des Sciences, et la chimie, alors fort à la mode, en fît les frais, comme dans la visite de Gustave III. Lavoisier montra à Joseph II comment l'acide carbonique, ou, comme l'on disait dans le langage chimique du temps, l'air fixe, est impropre à entretenir la vie. Il asphyxia un moineau dans un bocal qui en était rempli. L'Assemblée croyait le petit animal mort, et elle fut fort étonnée, lorsque Sage, ayant approché du bec de l'oiseau de l'ammoniaque fluor, le moineau se ranima peu à peu, battit des ailes, puis prit sa volée. Le savant français avait profité de la circonstance pour mettre en évidence la vertu de l'alcali volatil contre l'asphyxie ; c'est à peu près la seule bonne observation que Sage ait faite en chimie. Enfin, en 1782, Paul I", qui voyageait avec sa femme sous le nom de comte du Nord et qui avait reçu à Versailles la plus somptueuse hospitalité, fit à son tour sa visite aux trois Académies. Malgré la sévérité des sujets qui devaient être traités devant lui, la princesse, son épouse, l'accompagna à l'Académie des Sciences. (Cf. Alfred Mauky, l'Ancienne Académie des Sciences, 179 et suiv.)
ture : le premier, sur le flint-glass ; le second, sur la blende ; le troisième, sur la nature de l'eau. La séance se termina par plusieurs démonstrations anatomiques, faites par Mlle Biheron,
Qu'était cette demoiselle Biheron, qui avait eu l'honneur de faire des démonstratioTis devant un souverain, en présence de l'assemblée la plus savante de l'Europe ? Ce personnage vaut la peine que nous fixions en quelques traits sa physionomie falote.
Marie-Catherine Biheron (et non Bihèron, comme on l'écrit quelquefois), était fille et petitefille d'apothicaires parisiens.
Le premier des Biherons apothicaires, Michel, natif de Mamers, avait été reçu maître le 26 décen\bre 1673, puis s'était établi rue Saint-Paul : il fut garde de sa communauté pendant les années 1693 et 1694.
Son fils, Gille, immatriculé dans le corps des marchands apothicaires et épiciers', le 4 novembre 1701, fut reçu maître le 22 mai de l'année suivante et succéda à son père, dans son officine