FIG. 21— LE BAPTÊME DE CLOVIS
(D'après une toile peinte de Reims, xv« siècle).
vie ordinaire des premières populations chrétiennes (1).
Dans toutes les sculptures, dans les vitraux et les miniatures où est figuré le baptême de Glovis(2), le roi chrétien est représenté à demi plongé dans une cuve, et le haut du corps, seul visible, est entièrement nu, sauf la couronne (3).
(1) M. Maeterlinck {Le Genre satirique dans la peinture flamande ; Bruxelles, 1907) nous rappelle qu'il existe, à la Bibliothèque nationale (ms. n° 7013) « une traduction de l'Apocalypse avec explications, » où est reproduite une amusante scène, représentant saint Jean baptisant une femme nue, par immersion, dans une cuve. Au travers des portes et de la serrure, sept hommes cherchent à voir la femme, dont on distingue la moitié du corps. Celui qui a le moins de chance de réussir s'arrache les cheveux ; un autre s'exhausse sur un de ses compagnons. Paulin Paris a émis l'hypothèse qu'il s'agissait du baptême de sainte Madeleine. Ouant à la composition, M. Maeterlinck croit devoir l'attribuer à un de nos miniaturistes flamands.
(2) Nous reproduisons (fig. 21), d'après P. Lacroix {Les Arts au moyen âge), un fragment d'une toile peinte de Reims, sur laquelle Clovis est représenté, debout et complètement nu, dans une cuve, prêt à recevoir Je baptême.
(3) La nudité était autrefois de règle dans certaines cérémonies, telles que le baptême. Elle n'était pas exigée seulement des enfants, mais des hommes et même des femmes. Qu'on se rappelle Doon, voyant baptiser la belle Sarrasine Fleur d'Épine :
Pour la biauté de li en frémit tout Doon, La charli hericha sous l'ermin pelichon.
{Gaufrey, éd. Guessard et Chabaille, p. 275.)
M. de Montaiglon, à qui nous empruntons la citation, renvoie également à ce que raconte Hansen, dans son Voyage en Sibérie, où il allait étudier le magnétisme terrestre. Les femmes n'y
Les évêques, successeurs des Apôtres, administraient seuls le baptême solennel, dans les deux premiers siècles. Les prêtres, sous l'autorité des évêques, étaient les ministres ordinaires de ce sacrement. Quant aux clercs, ils ne le conféraient qu'en vertu d'une délégation épiscopale. Dans les cas de nécessité, il était permis aux laïques de baptiser, pourvu qu'ils fussent de bonnes mœurs et qu'ils eussent reçu la confirmation.
Dans rÉglise latine, ainsi qu'en Orient, le baptême n'avait lieu qu'aux vigiles de Pâques et de la Pentecôte ; dans l'Église gallicane, à la fête de Noël, comme le baptême de Glovis en est un exemple mémorable. Quant au baptême privé, il pouvait être administré en tout temps, si on le jugeait urgent.
Aux jours de solennité baptismale, les catéchumènes élus se rendaient à l'église vers midi, pour le dernier scrutin d'élection. Ils y retournaient au milieu de la nuit ; on bénissait alors le cierge pascal et Teau, puis l'officiant demandait successivement aux catéchumènes s'ils renonçaient au démon, au monde et à ^e^ pompes. Getix-ci devaient répondre o«/. L'officiant exigeait ensuite une profession de foi chré-
sont baptisées que le matin de leur mariage ; le voyageur assista par hasard au baptême d'une mariée : comme la mer était gelée à plusieurs pieds de profondeur, on scia dans la glace un trou carré et, après avoir mis des cordes sous les bras de la jeune fille, on ia fit descendre nue dans la mer. {LAmanl rendu cordelier, édition de Montaiglon, 1881.)
loO MCÈURS INTIMES DU PASSE
tienne, formulée d'avance, après laquelle chaque candidat avait à subir un court examen sur les articles du Symbole.
Ces préludes achevés, le diacre présentait au prêtre officiant les catéchumènes, dépouillés de leurs vêtements, mais recouverts d'un voile. Alors chacun d'eux entrait dans une cuve d'eau et y était plongé trois fojs ; à chaque immersion, l'évêque invoquait les personnages de la Trinité.
Au sortir du bain, le diacre assistant oignait d'huile sainte le front du catéchumène et l'officiant le revêtait du chrismale^ aube ou. robe blanche traînante, qu'il devait garder huit jours. Ainsi vêtus et tenant à la main un cierge allumé, les nouveaux chrétiens se rendaient en procession du baptistère à la basilique. Gomme les anciens avaient coutume, au sortir du bain, de se frotter d'huile balsamique ou d'onguents plus ou moins précieux, les premiers chrétiens, toujours guidés par la même analogie, ajoutèrent au bain du baptême l'onction de Phuile sainte et du chrême parfumé, pour compléter le système de la purification morale (4), selon l'ordre des choses physiques, qu'on avait pris originairement pour règle.
(1) C'est ce qu'indique assez clairement Tertullien dans le passage suivant : « Après être sortis du bain sacré, nous sommes oints de l'huile sainte... ; et bien que cette onction ne paraisse affecter que le corps, elle produit son effet sur l'âme, qu'elle purifie... >»
Saint Jean-Ghrysostôme compare, du reste, l'onction du baptême au soin qu'avaient les athlètes de se frotter d'huile avant d'entrer en lice : Ungiiar sicut alhleia skidiiim ingressiis (1).
L'onction pleine ne pouvait s'administrer que sur des corps nus de la tête aux pieds. On rapporte, d'après Jean Moschus, abbé du septième siècle, qu'un prêtre demanda la permission de ne plus bap-, tiser, parce qu'il éprouvait des tentations dangereuses, quand il administrait Fonction à certaines femmes : /Jiiolies qaasdam miilieres inungerei^ scandallsabahir (2).
Au lieu de favoriser et d'enseigner les pratiques hygiéniques, on a prétendu (3) que l'Eglise les avait, au contraire, combattues avec énergie. Il nous paraît résulter des textes produits, que si certaines pratiques ecclésiastiques étaient d'ordre rituel, il en est d'autres que l'hygiène moderne ne désavouerait pas.
Mais qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son; voici des arguments d'ordre contraire que notre
il) Nous voyons dans saint Cyrille de Jérusalem, que les catéchumènes d'Orient étaient oints par tout le corps, sans distinction de parties, ce qui rappelle exactement la pratique des lutteurs.
(2) Des cérémonies du sacre, par Lebek, pp. 21, 24.
(3) Malvert, Science et reli(jLon.
impartialité d'arbitre en ce débat nous fait un devoir de recueillir.
Saint Clément d'Alexandrie (1) ne permettait qu'aux femmes l'usage des bains, qu'il appelait une impudente volupté pour les hommes (2).
Saint Athanase enseigne qu'il est défendu aux vierges, qui ont pris Jésus-Christ pour époux, de se laver autre chose que les pieds, les mains et la figure, à condition de n'employer qu'une seule main pour la toilette du visage. (De Virginiiaie, Opéra, t.Il, p. i16.)
Saint Jérôme cite comme modèle saint Hilarion, qui conserva toute sa vie le même cilice.
En 395, dans la haute Thébaïde, existait un couvent de cent religieuses qui ne se lavaient jamais les pieds. Elles^n'avaient pour vêtement qu'un cilice, qu'elles gardaient jour et nuit, jusqu'à ce qu'il tombât en pourriture. (Fleury, Hisi. eccles., t. V, liv. XX, chap. IX.)
Ces quelques faits ne prouvent pas, au surplus, que l'Eglise interdisait les bains d'une façon absolue, mais seulement qu'elle en considérait l'abus comme un plaisir illicite (3).
(1) Clément Alex., Pœdag., liv. III, ch. IX.
(2.) Bahbeyrac, Traité de la morale des pères, chap. X, g 23. Amsterdam, 1728.
(3) Tertullien usait des bains, mais protestait contre l'abus. Il ne se lavait pas la nuit aux Saturnales, afin, dit-il, de ne pas perdre -la nuit et le jour. {Apologét., XLII.) Saint Jean
Ce qui prouve que, loin d'avoir les bains en horreur, l'Église les regardait comme utiles pour l'hygiène du corps, c'est que leur privation est donnée comme une des plus rudes mortifications auxquelles se pussent condamner les anachorètes d'Orient (1). Dans la même pensée, les chrétiens s'abstenaient de prendre des bains durant le carême, surtout dans la semaine sainte et, en général, les vendredis. « Les jeûnes et les bains, dit saint Augustin, ne peuvent aller ensemble. »
Saint Augustin (2) ne saurait être invoqué mieux à propos, lui qui eut recours au bain dans une circonstance où le bain n'est pas indispensable: pour calmer les regrets que lui causait la perte de sa mère, parce qu'on lui avait vanté l'efficacité de l'eau dans des cas analogues. La science moderne ne devait que bien plus tard reconnaître que le bain tiède est un sédatif excellent du système nerveux.
lÉvangéliste fréquentait les bains publics à Ephèse ; il en sortit un jour qu'il y avait rencontré l'hérétique Cérinthe. (Saint Ikénée, Aduers. hœres., 111,3.)
(1) Dans leur lettre aux chrétiens d'Asie, les fidèles de Lyon mettent au nombre des (léaux dont la persécution les accable, la privation du bain. (Euseb., Hist. eccles., V, 1.) L'historien de sainte Landrade, fondatrice de Munsterbilsen, signale l'abstention du bain comme une mortification de cette pieuse nonne. Au temps même de sainte Landrade, le pape saint Martin, exilé en Crimée, se plaignait de cette privation du bain, comme de Tune des plus cruelles qu'on lui infligeât. [Bullelin de la Société des Antiquaires de V Ouest, 1878.)
(2) Confessions, IX, 12.
Saint Augustin laisse entendre, dans le même passage, que le bain sert à dissiper les inquiétudes de l'esprit.
En ce temps-là, l'abstention de ce que l'Église tenait pour une «jouissance », passait pour un signe d'ascétisme. Que si l'on veut des faits à l'appui de cette dernière opinion, nous n'aurons que l'embarras du choix.
Adalbert, archevêque de Brème au onzième siècle, (( laissa, dit son biographe, de nombreuses preuves de sa mortification : il n'usa jamais de bains ».
Enl'an J105, Fempereur Henri IV, excommunié, « passa tous les saints jours de Noël sans se baigner, sans être rasé, privé de tout office divin ». Il^est dit aussi de Bruno, archevêque de Cologne, mort en 965, qu'il ne se mêla que rarement à ceux qui allaient chercher au bain l'éclat du corps, quoiqu'il eût été habitué, dès le berceau, en raison de sa haute naissance à se baigner fréquemment.
L'évêque Nithard s'était condamné à la même privation. Agnès, la mère de l'empereur Henri IV, a évitait la douceur du bain et celle de la plume ». Enfin, sainte Marguerite de Hongrie, entre autres mortifications, « usait rarement de bains, plus rarement encore de parfums ».
Tout cela concourt bien à prouver que le christianisme n'a pas réprouvé lusage modéré des
batns, et quil ne les a interdits que dans des circonstances bien déterminées .
Toutes les opinions sont soutenables, certes, mais celle-ci nous a tout l'air de fleurer le paradoxe.
« Les gens qui vivent le plus longtemps, nous disait un jour, sans humeur de plaisanter, un de nos doctes confrères, sont ceux qui ont bien soin de ne se laver jamais. » Cela s'explique, ajoutait-il : « ils se constituent de la sorte un épiderme résistant, que les microbes ne parviennent pas à entamer, étant mis en déroute par l'odeur qu'exhale cette cuirasse sordide. Ceux, au contraire, qui se lavent à grande eau, acquièrent à la longue un épiderme si mince, que les microbes le traversent sans coup férir, et ces infortunés deviennent ainsi accessibles à toutes les maladies. Aussi peut-on poser le principe suivant : voulez-vous être malade, lavezvous au savon ; attaquez votre peau par la potasse et la soude, qui lui retirent son. cambouis normal, sécrété par les glandes sébacées et sudoripares ; faites dissoudre vos cellules épithéliales dans des vinaigres de toilette, afin de vous dégarnir du revêtement imperméable que la Nature vous a donné, en bonne mère prévoyante qu'elle est ; et alors, vous devien-
drez une victime désignée d'avance, une victime « parée » comme disent nos matelots, pour être sacrifiée en holocauste au démon des affections microbiennes, qui sont en germe dans l'air et dans Teau... Consultez les bonnes vieilles centenaires : elles vous rediront à satiété qu'elles noni jamais fait d'excès : entendez qu'elles n'ont jamais pris de bain...
« Voyez, poursuit notre pince-sans-rire, dans quelle proportion les enfants sont victimes des affections contagieuses et épidémiques : la scarlatine, la diphtérie, la rougeole ; cela tient, croyez-le bien, à ce qu'on leur fait prendre trop de bains. Au reste, les gens de la campagne, qui ne se plongent dans Feau que quand il leur tombe un œil, ne sont-ils pas plus vigoureux que le citadin ? Et pourtant , ils boivent des eaux qui ne valent pas celle de Paris, des eaux crues, séléniteuses, des eaux qui lavent mal le linge et qui cuisent plus mal encore les légumes. Ira-t-on prétendre que les pestes, les épidémies et les endémies, la lèpre et la syphilis, pour ne citer que deux d'entre elles, les plus considérables, il est vrai, ont diminué la population du moyen âge, parce qu'on ne se lavait pas ? Bien au contraire, c'est parce que nos ancêtres se baignaient trop!... Pouvait-on franchir, du reste, le seuil d'une abbaye, sans qu'on vous y lavât les pieds ? Et c'est même ainsi que s'explique la grande consommation de bois qu'on y faisait et qui ne servait pas seulement pour le train de la cui-
sine, mais encore, sans aucun doute, au chauffage de l'eau destinée aux bains. »
Il est certain qu*à côté des restrictions apportées, par esprit de pénitence, à l'usage fréquent des bains, on peut ajouter, aux nombreux exemples que nous avons rapportés, de nouveaux témoignages qui montrent que cette abstention n'était pas universellement pratiquée.
En Allemagne, Othon II s'échappe de prison (1), grâce à son habileté dans la natation, et Frédéric I*"" périt dans le fleuve, où il avait coutume de se baigner.
En Angleterre, des thermes romains existaient et fonctionnaient encore dans le comté de Cambridge au onzième siècle.
(1) Cette escapade en évoque une autre, qui fait ressortir plaisamment qu'on savait, dès le dixième siècle, simuler les maladies qu'on n'avait pas. Un Gallo-Franc, qui gagnait sa vie à contrefaire l'estropié, demande asile au couvent de Saint-Gall : Tabbé ordonne qu'on lui prépare un bain selon l'usage et qu'on lui fasse présent d'un habit. Le mendiant entre au bain et, le trouvant trop chaud s'écrie : « Calt, calt est f » Ov/calt, qui signifiait « chaud ♦> en langue romane, voulait dire « froid » en langue tudesque.
— Si c'est trop froid, répond l'hospitalier, rien de plus facile que d'y remédier, — et il verse dans la cuve un seau d'eau chaude.
— Eya, mi, calt est, calt esit ! s'écrie le Gallo-P'ranc échaudé. Derechef, le moine verse de l'eau, encore plus chaude cette
fois : le malentendu persistait. Alors l'infirme, ébouillanté, oubliant son rcMe, sort du bain et se sauve à toutes jambes. Sans le faire exprès, le moine avait déjoué la fraude. (V. Esprit des journalistes de Hollande ; Paris, 1772, in-12, t. I.)
En France, Charlemagne paraît avoir voulu renouer les traditions de la Rome impériale. Son principal historien, Eginhard (1), nous révèle que ce prince était fanatique des bains, en particulier des bains chauds. Charlemagne, qui fît si longtemps usage des eaux d'Aix-la-Chapelle et en retira de si bons eiïets, ne s'y baignait jamais que dans les piscines et en invitant un grand nombre de personnes de sa cour et même de ses gardes à partager son bain. Il ne sera pas superflu de transcrire ici le passage qui mentionne ce fait ; nous donnons la traduction du texte latin :
« Il aimait les piscines d'eau chaude naturelle et s'y livrait fréquemment à la natation, de sorte qu'il était tellement habile dans cet exercice, que nul autre ne pouvait lui être justement comparé. C'est même là ce qui le détermina à édifier le palais d'Aixla-Chapelle, où il passa les dernières années de sa vie, sans interruption jusqu'à sa mort. Et non seulement il invitait ses fils au bain, mais aussi, de temps en temps, des gardes, des amis et jusqu'à la masse des satellites et des gardes du corps, à tel point que cent hommes et plus s'y baignaient ensemble. »
Même quand il atteignit la vieillesse, l'empereur « à la barbe fleurie » usa du bain. N'oublions pas
(1) Vita Karoli magni per Eginhardum scripla, t. V du Recueil des historiens des Gaules et de la France, par Dom Martin Bouquet, in-f».
que les eaux d'Aix-la-Chapelle sont des eaux chaudes, des eaux minéralisées ; la préférence marquée que Charlemagne montrait pour ces thermes tenait surtout au bienfait qu'il en retirait pour sa santé.
Dans la seconde partie du moyen âge, celle qui commence au douzième siècle, ce ne sont plus des exemples isolés qu'on rencontre. Les bains froids et chauds sont tellement entrés dans les habitudes de toutes les classes, que les établissements balnéaires sont soumis à des droits seigneuriaux, à l'instar des moulins, des forges, des débits de boissons. Dans les franchises des villes, on spécifie le privilège de tenir des bains, et sur ceux-ci l'on impose des redevances héréditaires (1).
Au temps des Croisades (2), l'enfant est, dès sa naissance, plongé dans une cuve-baigneresse, où les matrones l'accommodent et le lavent. On le remet ensuite entre les mains de la nourrice, qui l'emmaillote, ou de la chambrière, si la mère est décidée à le nourrir.
Un peu plus tard, on procède au baptême, non plus dans des piscines, comme aux époques anté-
(1) Lecoy de La Mahche, la Société du Ireizième siècle.
(2) Cf. Gautier, la Chevalerie, pp. 102, 105, etc., et les sources auxquelles cet auteur réfère.
Heures, mais dans les fonts baptismaux. Si la cuve est oblongue, on couche l'enfant de façon à l'immerger en entier, à l'exception de la tête.
Se servait-on d'eau froide ou d'eau tiède, la mortalité si élevée des nouveau-nés, au moyen âge, nous laisserait croire qu'on faisait usage d'une eau qui n'avait subi aucune préparation.
Ce qui se pratiquait à la naissance se renouvelait au départ de ce monde. Lorsque mourait un seigneur, on lavait d'abord son corps dans un bain d'aromates, puis on le cousait dans une peau d'animal, avant de l'inhumer ou de le déposer dans un sarcophage.
Le cérémonial, pour les serfs, était moins compliqué ; mais on lavait toujours le cadavre, avant de le placer dans une bière de bois et de l'enterrer dans le cimetière, voisin de l'église.
Outre ces ablutions, qu'on peut dire obligatoires, on se baignait après un exercice ou un combat, au retour d'un voyage, en sortant de prison, dans toutes circonstances, en un mot, où le bain n'avait d'autre but que la propreté ou le rétablissement des forces.
Dans beaucoup de contrées, les fiancés se rendaient aux bains publics avant le mariage (1).
En Allemagne, l'exercice de la natation était
(1) Sur l'usage du bain la veille du mariage, consulter le Chevalier au cygne, vers 4056, 4057 ; et sur celui du lendemain de noces, ibid., vers 4220 et suivants.
très répandu et faisait, on peut dire, partie de l'éducation. Le bain y était regardé comme une des principales jouissances de la vie ; ce qui donna cours de bonne heure à un singulier dicton, qu'expliquent
XÎ-*- •■• ^V/,.,;^
U.NK CLVE-
BAIGNERESSE, TELLE yU ON EN USAIT DANS LE HAUT MOYEN AGE.
les mœurs allemandes et les vieux errements de la médecine : « Veux-tu du plaisir pour un jour ? va au bain ; pour une semaine ? fais-toi saigner ; pour un mois? tue uu cochon... »
La plupart des cérémonies qui élevaient Phoiume
en dignité exigeaient une immersion préalable. On baignait le clerc élevé à la prêtrise ; on baignait l'écuyer qui devenait chevalier.
La cérémonie, bien connue, de la réception des chevaliers était toujours précédée d'un bain (1).
Ce qui n'était qu'une cérémonie préparatoire pour être admis dans un ordre de chevalerie quelconque devint l'acte principal de la réception des chevaliers de V Ordre da Bain ; cet ordre, après avoir été longtemps en honneur en France, en Italie et dans presque tous les pays de l'Europe, ne se retrouve plus aujourd'hui qu'en Angle-, terre.
Voici quel était le rituel suivi pour la consécration des chevaliers.
On faisait d'abord la barbe à celui qui demandait lordre de chevalerie. On le mettait ensuite dans le bain, où on lui jetait de l'eau sur les épaules (2). Après qu'il y était resté plongé quelque
(1) V. Léon Gautier, la Chevalerie, nouvelle édition, pp. 124, 270,280 et passim.
(2) « Quand un écuyer viendra à la cour (lit-on dans le Glossaire de Du Gange), pour recevoir l'ordre de chevalerie, il sera très noblement reçu par les officiers... Ils enverront chercher le barbier, et accommoderont un bain avec de la toile en dedans et en dehors de la cuve. La barbe et les cheveux du chevalier seront faits et coupés en rond. Les écuyers d'honneur dépouilleront l'écuyer et le mettront tout nu dans le bain, et le
temps, on le couchait dans un lit, au sortir duquel on lui mettait une robe, avec un capuchon, dont il se couvrait la tête. En cet état, il passait la nuit en prières dans Téglise, entendait la messe et se remettait au lit (1).
On le laissait reposer ainsi quelques heures ; puis on l'éveillait, pour recevoir une chemise blanche, une robe rouge (2), des chausses noires et une ceinture blanche.
Ainsi habillé, on le menait à qui devait lui conférer Tordre de chevalerie. Celui-ci lui donnait Tacpremier des chevaliers s'agenouillera par devant la cuve, en lui disant: Sire, à grant honneur est pour nous ce bain ; ensuite, il lui mettra de l'eau du bain sur l'épaule, et feront de même, l'un après l'autre, les autres chevaliers. »
(1) « Chest drois à chevalier nouvel, « Puis l'a fait en un baing entrer.
« Sire (Saladin) tout ensement devez
« Issir sans nulle vilonnie,
« Et estre plein de courtoisie,
« Baigner devez en honesté, etc.
« Après si l'a du baing osté
« Si le coucha en un bel lit
« Qui était fait par grant délit, etc. » [Ordene de C/ieya/er/e, poème attribué à Hue de Tabarie,coniemporain de saint Louis, p. 116, édit. de Barbazan.)
(2) La robe dont on revêtait le chevalier pour entrer au bain et les manteaux des vassaux qui venaient lui prêter hommage restaient aux chambellans chargés de « fournir la salle du comte de feurre (paille, en hiver ; jonc, en été) ; de tenir en bon état le haubert ou la cuirasse dudit comte ; de préparer le bain des nouveaux chevaliers. »>
1(J4 MŒUHS INTIMES DU PASSL
colade (1), quelques coups de plat d'épée sur les épaules, et lui faisait attacher aux pieds les éperons d'or (!>).
L'heure du bain variait: certains le prenaient avant la veillée des armes ; d'autres, le lendemain matin.
Etait-ce mesure de propreté ? Nous serions plus disposé à croire que c'était une sorte de baptême qui, en purifiant le récipiendaire, le préparait à passer de son état actuel à un état de plus grande perfection. <( Ce bain est fait pour effacer toutes nos vilenies de la vie passée, s'écrie un chevalier, et j'en vais sortir tout pur ». Le texte est décisif (8).
Dans certaines circonstances, le bain était accompagné d'une espèce de massage (4), que Ton faisait
(1) Dus qu'il est adoubé, le seigneur prend sa bonne épée et lui (loiuie Taccolade, en Uî louchant sur le cou au nom de saint Michel et de saint Geoi^es.()riii:inairenient, l'accolade était un baiser, suivid'un léj^er coup siu* la joue du candidat (Vaudlanc, la France au temps des Croisades, t. II, p. 213.)
(2) Ainsi fut fait chevalier du bain Saladin, Soudan de Babylone, ordonné par Hugues de Tabarie, prince de Galles, son prisonnier. Ains'i, de niônie, GoDEFHOiD,flls de Foulques, comte d'Anjou, par Henri !"% roi d'Angleterre, en 1128.
(8) « De môme, disait le chevalier consécrateur, que le petit enfanç^on sort sans péché des saints fonts après le baptême, de même vous devez sortir de ce bain sans tache et sans vilenie. » L. Gautikh, op. cit.., p. 292.
(4) Pour endormir les hùtes de leurs pères, les jeunes filles les massent ou les tastonnent. « Douchement le tastonne por endormir», Aiol, v. 2158 (V. également Ciirartde Boussillon, ivad. P. Mkveh, p. 132, etc.). -« Un lel massage pendant le sommeil,
administrer à ses hôtes, le soir, dans le lit. Comme on s'était sans doute aperçu que cette pratique en-