FIO. 28. — LA VIE AU BAI>, AU XV SIÈCLE
-Mire, barbier, musicien y exercent chacun leur métier.)
comme nous en offre un exemple le bon ménestrel dont nous avons parlé, qui conte ses joyeux devis,
1) Il en était ainsi à Avignon, ainsi que le constate cette curieuse réclame, relevée dans la partie provençale dés Préconisât iones par le docteur Pansier :
« Item que toutes les personnes, de quelque état ou condition que i-<* soit, sachent, que (lenin de Heaume, alias de la Cervelière, a fait construire derrière sa maison de Heaume des
tout en découpant une volaille, au milieu des trois chanoinesses, nues dans leur cuveau (1).
Le plus souvent, ainsi que le montre la curieuse gravure que nous reproduisons (fig. 28), le baigneur se fait servir sur une planchette posée sur le baquet et sur laquelle on disposait un ou plusieurs vases de fleurs.
Appès s'être baigné et avoir soupe aux étuves, puis s'être fait masser et parfumer, on se faisait épiler (2). Des barbiers attachés à l'établissement procédaient à l'épilation.
GoFte coutume fut adoptée par toutes les classes de la société. Quand François l"*" mit à la mode les cheveux courts et la barbe longue, le poète Marot peignit en vers railleurs le désespoir des barbiers réduits au métier d'épileurs.
(( Les femmes et les hommes, au quinzième siècle,,
étuves belles et honnêtes pour baigner les dames honorables et honnêtes ; lesquelles étuves sont complètement séparées des étuves de la Cervelière dans lesquelles se baignent les hommes. Ces étuves pour dames ont leur entrée devant la maison de maître Antoine Carbonel, bedeau des écoles, afin que toute dame honnête à qui il plaira d'aller se baignerpuis^^e y venir, car elle y sera bien et honnêtement reçue et à bon marché par des femmes honnêtes ».
(1) Pour l'histoire, dans tous ses détails, v. les Dits de \V(itriquel de Couvin, par A. Scheler; Bruxelles, 1868.
(2) Cf. le Roman de la Rose, v. 14276; le Banquet des Chambrières ; les Anciennes Poésies françaises, t. II, p. 284 ; les Antiquités de Paris, de Sauval, l. II, p. 465 ; la Description de Vlsle des Hermaphrodites, p. 18.
LA \\i: AUX HAINS 197
écrit P. Lacroix, suivant en cela Tusage des Mahométans, se faisaient épiler ou raser les parties secrètes par les barbiers des étnves ».
Il nV avait que les débauchés et les femmes dissolues qui, au lien de livrer k une tonte périodique ce qu'elles nommaient le poil honteux, le peignaient, le frisaient, et le parfumaient avec mille recherches de sensualité obscène. Une anecdote du Moyen de parvenir est là pour attester que, dans les dernières années du seizième siècle, une femme n'allait pas aux étuves, sans se faire raser ou épiler partout le corps.
Brantôme, dans ses Dames galantes {2^ discours), signale les procédés différents auxquels les femmes de son temps avaient recours, chacune suivant son caprice ou le goût de son amant, pour le soin le plus secret de sa toilette.
« Les unes, dit-il avec son cynisme plein de naïveté et de malice, y ont le poil nullement frisé, mais si long et pendant, que vous diriez que ce sont les moustaches d'un Sarrazin et pourtant n'en ostent jamais la toison, et se. plaisent h la porter telle... Aucunes, au contraire, se plaisent le tenir et le porter raz, comme la barbe d'un prebstre ».
Ces dernières étaient les honnêtes femmes, qui avaient adopté le système le plus radical, afin de s'épargner des soins trop minutieux et trop répugnants pour elles ; les autres devaient être, du
moins ordinairement, des courtisanes ou des mignonnes.
La mode de l'épilation survécut long-temps à l'habitude de se rendre auxétuves.
FiG. 29.
(D'après les tableaux de la vie seigneuriale en Allemagne au xV siècle.)